‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 33 sur 358 · CHAPITRE II .Tr · texte numérisé non relu

CHAPITRE II .Tr

souffrait de là goutte ; il ne s'en vit délivré que pour retomber dans une maladie plus grave, et ce fut celle qui l'emporta, le 21 septembre 1588.

La mort de l'empereur ne fut pas sans exercer de l'influence sur la conduite de don Carlos : il respectait et redoutait son aïeul; au contraire, il n'avait ni crainte ni déférence pour sa tante dona Juana, et les instructions écrites de son père venaient de trop loin pour qu'il en fut beaucoup touché. A partir de cette époque, on remarqua qu'il s'abandonnait de plus en plus à ses penchants : une lettre d'Honorato Juan, adressée au roi pour lui seul, nous fournit là-dessus des renseignements qui méritent plus de croyance que les rapports de l'aumônier Osorio *. Le précepteur s'exprimait ainsi :

« Son Altesse se porte bien, béni en soit Dieu ! Je fais, re- » lativement à ses études, ce que je puis, et plus et avec plus » de peine que ne feraient peut-être d'autres précepteurs. Je » regrette de ne pas réussir autant que je désirerais. La cause » d'où je pense que cela procède. Votre Majesté, par aventure, » l'apprendra quelque jour de Son Altesse *, s'il plaît à Dieu, » ainsi que les efforts que je n'ai cessé de faire pour servir » Votre Majesté et Son AJtesse, au milieu de toutes ces diffi- » cultes, qui n'ont pas été peu nombreuses ni de peu de gravité. » C'est pour moi un chagrin bien sensible, quedevoir le fruit » des leçons données à Son Altesse ne correspondre pas à ce » qu'il fut dans le commencement et pendant plusieurs années,

1 Voy., dans la Colecaion de documentos iTiédifos, etc., t. XXVII, pp. 196, 199, 203, les lettres d'Osoiio à Philippe II, des 10 janvier, 23 avril et 17 mai 1559, où il dit et répète que le prince « gana cada dia en bon- » dad, cristiandad y entendimiento. >»

2. Par So7i AltessCy Honoralo Juan entend évidemment ici la princesse dona Juana : mais est-ce d'elle ou de don G^clos qu'il est question deux lignes plus bas?

3f DON CARLOS KT PHILIPPE il

» comme tout le monde le vit ici et que Votre Majesté en fut » informée là-bas. Mais je ne veux pas donnera ce sujet plus » d'ennui à Votre Majesté, surtout après ce que je lui ai écrit 1» dernièrement : tenant |)our eertaind'ailleurs que cela et beau- » coup d'autres choses ne pourront se redresser qu'à la venue » de Votre Majesté, et après qu'elle aura jugé par elle-même » de ce qu'il convient de faire pour le bon établissement de » U)ut. Je supplie Votre Majesté de me pardonner la hardiesse » que je me i)ermets dans cette lettre, et d'ordonner qu'elle » soit déchirée, car mon intention est qu'elle soit lue de Votre » Majesté seule. De Valladolid, 30 octobre 1558.

» HoNORATO Juan * . »

Philippe II lui repondit de manière à le tranquilliser : ' « Je sais — lui dit-il — que vous avez de mon fils tout le » soin convenable; je vous invite à continuer, quoique le » prince ne profite pas de vos leçons et de vos avis autant D qu'il le faudrait : mais cela servira toujours à quelque » chose ^. » En même temps, il écrivit à don Garcia de Tolède, pour qu'il eût l'œil sur ceux qui fréquentaient le prince, et qu'il soupçonnait de le détourner de ses études *

Malgré la terreur qu'inspirait en Espagne l'inquisition établie, ou plutôt confirmée avec une autorité plus grande par les rois catholiques *, les. opinions de Luther avaient pé-

1. Le texte de cette lettre est dans la Coleecion de documentos inéditoi, t. XXVl, p. 398.

2. u ... He entendido la salad derserenissimo principe mi hijo, y io que passa en Io de sa estudio, de que se que teneys el cnidado que oonviene ; y assi os encargo Io hagays^ aunque no saïga tan bien à ello cemo séria menester, que todavia aprovecharà... » (Lettre da 31 mars 1598, ap. KiRGMER, p. 140.)

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