PRÉFACE V
que le negocwdo de France est aux archives impériales, à Paris, où il fut transféré en 1811, quand les Français occupaient la province de Valladolid.
Une belle récolte de pièces diplomatiques fut le fruit de ces investigations.
J*eus le regret cependant, en visitant le negociado de Portugal, d'y constater l'absence de la correspondance tout entière de Philippe II avec la reine douairière Catherine d'Autriche, grand'tante et aïeule de don Carlos. Nul doute que cette correspondance ne renfermât, sur le caractère, les habitudes, la conduite du prince des Asturies, bien des choses particulières ; ce devait être même le motif pour lequel elle n'avait pas été déposée aux archives. Les papiers de cette nature, Philippe II avait pour principe de les garder dans son cabinet, sous sa clef, et quand il sentit approcher ses derniers instants, il prit des mesures afin qu'après sa mort on livrât aux flammes ceux qu'il n'aurait pas détruits lui-même.
Ce qu'il y a de singulier, c'est que la correspondance de Catherine et de Philippe manque aussi aux archives royales de la Torre-do-Tombo, à Lisbonne, comme j'en fus informé, quelques années après, à la suite d'une vérification provoquée par la légation belge dans cette capitale.
En résultat, je revins d'Espagne avec quantité de documents, restés ignorés des historiens, sur la vie et la mort de don Carlos*.
Pendant une dizaine d'années, occupé de publications assez considérables ^, je laissai dormir dans mes cartons tous ces documents; j'étais même indécis sur l'usage que j'en ferais. Les
1 La plupart de ceux dont j'avais pris copie ou extrait furent publiés, en 1855, dans la Coleccion de documentos inéditos para la historia de Espafla, t. XXVI et XXVll
2. La Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas y dont 4 volumes in-4o ont paru jusqu'ici ; les Actes des états généraux de 1600, in-40 de CLi et 1018 pages, publié en 1849; les Actes des états généraux de 1632, iii-40, t. I, 1853; Correspondance de Guillaume le Taciturne y prince d'Orange , dont le 6^ volume est aujourd'hui sous presse; les Lettres sur la retraite de Charles V au monastère de Yuste 3 vol. in-80, qui ont vu le jour en 1854 et 1855, etc.
mettrais-je en lumière tout simplement, en me contentant d'y ajouter quelques notes , ou en ferais-je la matière d'une composition historique? Telle était l'alternative qui s'offrait à moi A la persuasion de mes amis, ce fut le dernier parti que j'adoptai
Mais alors je reconnus que, si précieux que fussent les matériaux dont mes recherches à la bibliothèque de Madrid et aux archives de Simancas m'avaient mis en possession, il y avait encore plus d'un point important de la vie de don Carlos qu'ils laissaient dans l'ombre ou qu'ils n'éclairaient pas d'un jour suffisant. Sur les rapports, par exemple, qui avaient existé entre le prince d'Espagne et son père antérieurement à la catatrophe, sur les faits qui furent la cause immédiate de celle-ci, les actes officiels étaient, pour ainsi dire, muets; les dépèches du nonce soulevaient seules un coin du voile dont ils restaient couverts : or, sans connaître et ces rapports et ces faits, comment comprendre , comment apprécier l'arrestation de don Carlos ? Cette arrestation même et la mort du prince, ne fallait-il pas, pour les raconter, pouvoir comparer, avec les relations émanées de la chancellerie de PhiUppe II, d'autres récits encore que ceux de l'archevêque de Rossano ?
De nouvelles recherches devenaient donc nécessaires ; je me décidai à les entreprendre.
Je consultai, dans le fonds de Simancas, aux archives de l'Empire, à Paris, le negociado de France dont j'ai parlé il y a un instant. J'y recueillis, entre autres pièces intéressantes, les lettres qui furent écrites à Philippe II par son ambassadeur, don Francés d'Alava, sur l'impression que l'emprisonnement et la mort du prince d'Espagne produisirent à la cour de Charles IX.
A la bibliothèque impériale , je parcourus une à une les dépêches de Sébastien de l'Aubespine, évèque de Limoges, de Jean- Évrard baron de Saint-Sulpice et de Raymond de Pavie, seigneur de Fourquevaulx , qui représentèrent successivement la France à Madrid dans les années 1561 à 1568*. La position des ambas-
1. Les lettres de Véyèqjae de Limoges, transcrites par son secrétaire, sont contenues dans le MS. Saint-Germain Harlay 2^; elles commencent au 3 juillet 1561 et finissent au 11 mai 1562.
Le <c Registre des despesches de M. de Sainct-Sulpice, ambassadeur