‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 55 sur 358 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

truire les espérances qu'on en avait conçues, mais encore mettre en péril la vie du prince.

Don Carlos avait pris de Taffection pour une des .filles du

concierge' du palais, et, afin de la voir, il descendait au

jardin par un escalier dérobé, obscur et fort roide. La

plupart des personnes de sa maison qui connaissaient cette

intrigue ne la voyaient pas avec déplaisir; au contraire,

6lles se disaient que l'amour éveillerait et stimulerait l'esprit

du prince, en même temps qu'il lui inspirerait quelque

énergie physique. Son gouverneur, don Garcia de Tolède,

^^ raisonnait probablement pas ainsi, car il fit fermer la

porte par laquelle Tescalier communiquait avec le jardin, et

^on Carlos essaya en vaio de l'ouvrir, aidé d'un de ses

gentilshommes. Le dimanche 19 avril, voulant absolument

P^Her à la jeune fille, il lui fit dire de se trouver en dehors

^^ la porté à midi et demi. Dès qu'il eut dîné, il éloigna

'^^Us ceux qui étaient autour de lui, pour que personne ne

^^ï où il allait, et il courut à l'escalier, dont il franchit les

^^grés avec précipitation. Il avait presque atteint les der-

'^^^res marches quand, le pied venant à lui manquer, il

^^ba la tête en avant K

Aux cris qu'il fit entendre, don Garcia de Tolède, Luis ^'^ijada 2 et plusieurs autres de ses serviteurs accoururent :

^** » (Lettre du même à la même, du 3 avril.) — « Le prince d'Hes-

î^-^^^ne continue en sa santé » (Lettre du même à la même, du

^ ^vril.)

, '* - Lettre de Paolo Tiepolo, du 24 avril 1562. Nous en avons donné le texte ,^^s les Appendices de la l^e édition, — L'évêque de Limoges, écrivant à ^^lieriue de Médicis, le 11 mai, lui mandait que le prince a esloit tombé, *^ teste . la première , dedans une petite viz obscure par laquelle il pen- ^oit, seul et à cachettes, descendre dedans ung jardin, pour avoir la veue ^'une jeune fille du concierge, qui lui sembloit belle. » ^- Philippe II, après la mort de l'empereur, l'avait nommé grand écuyer ^ prince. Nous aimons à consigner ici les expressions de la lettre où le ^i Vinformait de cette nomination : «< En lo que d vos toca , acordàndome

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ils le relèveront et le transportèrent dans son appartement. Les docteurs Vega et Olivarès, médecins de la chambre, et le licencié Dionisio DazaChacon, chirurgien du roi, qui étaient à Alcala, furent immédiatement appelés : Daza reconnut que le prince s'était fait, derrière la tête, à gauche, une blessure de la grandeur de l'ongle du pouce; il se mit en devoir de la panser. Cette opération ayant occasionné à don Carlos une douleur qui lui arracha quelques plaintes, Quijada craignit que le licencié n'osât pas continuer; il lui dit : « Ne pansez pas Son Altesse comme un prince, mais » comme un particulier. » Le pansement achevé, don Carlos se mit au lit; il eut une transpiration d'une heureet demie, à là suite de laquelle on lui fit prendre une médecine , puis on lui tira huit onces de sang *,

» de lo mucho, bien y continuamente que servistes à S. M.^ y d mi, y à » Yuçstros mérites y calidades^ y lo que importa poner cerca del serenisimo » principe, mi hijo, persona tal como ia vuestra, de quien tengo tanta sa- » lisfacion , e determinado elegiros y proveros del cargo de su cavallerizo >» mayor, etc. » (Arch. de Simancas, Eslado, leg. 2.)

1. 11 existe une relation circonstanciée de la chute et de la maladie de don Carlos à Alcala, écrite, à la demande de ce prince lui-même, par le licencié Dionisio Daza Chacon, qui lui donna ses soins depuis le 19 avril jusqu'au mois de juillet 1562. Cette relation, publiée en 1609, dans on ouvrage de Daza devenu très-rare (Pràctica y teôrica de cU^rgia), a été réimprimée en 1851 dans la Coleccion de documentos inéditos para la historia de Espana, t. XYIII, pp. 537-5j63 ; elle est intitulée : Relacion verdadera de la herida de cabeza del serenisimo principe don Carlos, nuestro seiior, de gloriosa memoria, la cual se acabô en fin de julio del ano de 1532.

On trouve, dans le tome YI des Papiers d'État du cardinal de Gran" velle, publié en 1846, pp. 587-607, une relation du même événement attribuée au docteur Olivarès, médecin de la chambre du roi, et q^ii n'est autre que celle du licencié Daza; seulement on en a retranché le préambule et la conclusion.

Il est singulier que les éditeurs de la Coleccion de documentos inédites, qui connaissaient la relation originale, aient, dans Te tomeXY de ce recueil, pp. 553 et suiv., reproduit, à leur tour, comme un ouvrage distinct, la prétendue relation d'Olivarès.

Nous avons recueilli, aux archives de Simancas, une autre relation, que

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