CHAPITRE IV
Don Garcia de Tolède, dès que le premier appareil eut été mis sur la plaie, dépécha au roi don Diego de Acuna, gentilhomme de la chambre du prince, pour l'informer de ce qui se passait. Philippe, à cette nouvelle, ordonna au docteur Juan Gutierrez, son médecin de chambre etprotoniédecin général, de partir incontinent pour Alcala, accompagné des docteurs Portuguès et Pedro de Torrès, ses chirur'giens. Tous trois y arrivèrent le 20, au lever du soleil.
Ce jour-là, dans la matinée, Daza s'étant présenté pour lever l'appareil qu'il avait appliqué sur la blessure du prince, don Carlos lui dit : « Licencié, il me sera agréable que le » docteur Portuguès s'acquitte de ce soin; ne vous en » fâchez pas. » Le licencié répondit que, puisque telle était ^^ volonté de Son Altesse, il serait trop heureux de s'y conlc>r*Tner. Le pansement fut donc fait par le docteur Portuguès. 1* ^ eut ensuite, en présence de don Garcia de Tolède, ^ri€ consultation des hommes de l'art qui se trouvaient au Palais : tous jugèrent convenable qu'on tirât encore au Prince huit onces de sang.
Après la première saignée, don Carlos avait ressenti un P^^ de fièvre : elle augmenta le quatrième jour, mais elle ^'^inua graduellement depuis, et le septième, qui était
***Ppe II envoya à ses ambassadeurs, pour qu'ils en donnassent com- '^'ïication aux cours près desquelles ils étaient accrédités; elle est inti- ^^® : Relation del successo de la enfermedad y cura del principe nueslro
. ^'^f' hasta los xxvii de mayo 1562, en Alcala. Nous l'avons publiée
^^s les Appendices de la l|*e édition, ^otre récit de l'accident arrivé à don Carlos sera naturellement em-
. ^^^té, pour la plus grande partie, aux deux relations que nous venons
'ïientionner; nous ne saurions puiser à de meilleures sources : mais
^s ferons usage aussi d'autres documents que nous avons à notre dis-
^Hion. Nous citerons ces derniers chaque fois que nous les emploierons.
le 26 avril, elle avait cessé S* seulement le prince se plaignait, par intervalles, de mal de dents, de certaines petites glandes qui le faisaient souffrir au côté gauche du cou, et d'un peu d'engourdissement à la jambe droite.
Philippe II avait suivi de près à Alcala son proto-médecin 2. Les hommes de l'art ne trouvant à la blessure de son fils aucun caractère alarmant ni même grave, il retourna à Madrid.
Mais les médecins espagnols de ce temps-là seniblaîent être restés étrangers aux progrès que les travaux et les ouvrages d'André Vésale avaient fiiit faire à la science: toute leur conduite, depuis Torigine jusqu'à la fin de la maladie occasionnée à don Carlos par sa chute, dénota leur peu d'expérience et d'habileté ^. Le 29 avril, la plaie du
1. «. Dopo l'ultime raie, si hahavuto aviso d* Alcala cli' el sereoissimo
principe sta assai meglio e fuori d'ogni pericolo délia percossa deUa testa, 6 che tosto sarà del lutlo libero. » (Lettre de Paolo Tiepolo, du 27 avril 1562.)
2. Lettre de Févêque de Limoges ù Catherine de Médicis, du 25 avril 1562.
3. « Clii non vede non puô creder la poca pratlica di questi cerujici, •» dit l'ambassadeur de Florence, Nobili, dans une lettre à Come de Médicis, du 1er mai 1562.
Le même ambassadeur, annonçant à son maître, le 8 octobre 1568, la mort de la reine Élisabclli, accusait formellement ses médecins espagnols de l'avoir tuée : « Mi pare a proposito che V. E. sappia come 11 medici es- » pressamenle hanno amazzala la reina, avendole dato la mattina medesima » una medicina, e appiccalo infinité copelte per la vista, e cavato sangae » per U piedi , lanto che si vidde la creatura avère abbrucciato tulto il » comignolo del capo : cosa certo miserabile. v
L'ambassadeur français Sainl-Sulpice , dans ses lettres à Catherine de Médicis, se plaint fréquemment des médecins espagnols attachés au service de la reine Elisabeth, et surtout de leur manie de saigner. Fourquevaulx, son successeur, à propos de remèdes que Catherine de Médicis avait envoyés pour les couches de sa fille, dit : « J'entends que ces médecins » espagnols en ont mesprisé la plusparl, comme grosses bestes qu'ils sont, » n'ayant rien que présomption et arrogance en eux. » ^
L'ambassadeur d'Angleterre, dans une lettre du 12 mai, que noas avons donnée dans les Appendices de la l^c édition, accuse également d'impéritie les médecins de don Carlos.