CHAPITRE V
Mais cette amélioration ne se soutint pas : au contraire, bientôt la fièvre augmenta, accompagnée de mal de tête, d'insomnie, de vomissements, de flux de ventre, d'inflammation du visage, d'ophthalmie, de paralysie de la jambe droite et d'une prostration extrême; la blessure devint livide et infecte; le malade avait les lèvrçs pendantes et comme déjà frappées de mort *. Le 5 mai, il commença à délirer. A la vue du danger que courait son fils, Philippe II ordonna que des prières publiques fussent dites journellement dans toute TEspagne, et qu'on fit, dans chaque ville, dans chaque village, des processions où Ton porterait le saintsacrement, avec les reliques que les fidèles avaient le plus en vénération 2. Lui-même il passa des heures entières, les . genoux fléchis, à prier et à demander à Dieu qu'il lui conservât son unique enfant •'^. Il voulut présider à4outes les consultations des médecins, quoiqu'il y en eût qui ne durè- ''ent pas moins de quatre heures *. Il avait entendu parler ^'un vieux chirurgien morisque de Valence qui, au moyen ^ onguents de sa composition, faifeait des cures merveil- '^^ses : il lui envoya Tordre de se rendre sur-le-champ à
[i » Poi che hanno aperta la ferita, S. A. se sente raeglio.... » (Lettre de ' ^ïubassadeur de Florence, du 1er mai 1562.)
^* Lettre de Paolo Tiepolo, da 16 mai loô^.
*• Voy., dans le tome XXVI de la Coleccion de documentos inéditos J^^tt la historia de Eipana, p. 443, sa lettre du 2 mai 1562 aux prieurs , ^Uadalupe et de Notre-Dame del Pilar, et aux abbés de Valvanera et ^ ^onserrale..
. ^- Lettre de Paolo Tiepolo, du 16 mai. — Relation jointe à une lettre ,^*'^*e, le 23 mai , à la duchesse de Parme, par le secrétaire Cour-
^' Il y en eut quatorze auxquelles il assista. Elles se faisaient de celle
îXnière : le roi se plaçait dans un fauteuil, ayant à sa droite le du
'^^be, à sa gauche don Garcia de Tolède, et derrière lui les personnes
^ Sa cour; les médecins et chirurgiens étaient rangés circulairement vis-
. *^s, sur des sièges. Don Garcia donnait la parole à celui que le roi vou-
^^^ entendre. (Relation de Daza.)
Alcola *. Dès le 2 mai, il avait pourvu à ce que le prince se eonfessàt et rorùl la roiumunion ^.
Pendant toute cette crise, le roi prodigua à son fils les soins les plus tendres, les attentions les plus affectueuses. Le comte Annibal d'Altaemps, neveu du pape Paul IV ^, qui (Hait présent, disait à l'ambassadeur de Florence, quelques jours après, que voir le prince dans son lit, la pâleur de h mort sur le visage, avait été certes un sujet de grande compassion , mais que voir le roi servir incessamment son fils. les yeux remplis de larmes, avait été un spectacle à faire pleurer les pierres \ Le duc d'Albe aussi fit preuve d'ur rare dévouement à son jeune maître. Depuis le jour de soi arrivée avec le roi, il ne quitta pas la chambre du prince; 1 ne se dépouilla de ses vêtements que pour en changer; s'i prit quelque repos, ce fut en se jetant tout habillé sur un li dans les moments où le prmce sommeillait ». Don Garcia d Tolède n'apporta pas moins de zèle dans Taccomplissemen de sa charge. Luis Quijada se donna des fatigues încroya blés. Honorato Juan, quoiqu'il relevât à peine d'une longu et grave maladie, ne manqua pas d'assister un seul jour ai pansement de son élève et aux consultations des médecins Tous les serviteurs de don Carlos, en un mot, rivalisèren de diligence et de sollicitude pour lui. Le pauvre prince dans un des intervalles luci'des qu'il eut pendant son délire
1. Lettre de lambassadeur de Florence, da 14 ma»^ déjà citée. — Letli de Paolo Tiepolo, du 16 mai.