‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 60 sur 358 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

dit à son père que, s'il regrettait de mourir, c'était parce qu'il ne voyait pas d'enfant issu de son mariage avec la reine, et il ajouta, parce que sa mort rendrait les princes de Bohème trop joyeux *. Un des chirurgiens qui le soignaient, le licencié Dionisio Daza Chacon, a rendu, de sa patience et de sa douceur pendant sa maladie, un témoignage que nous devons reproduire : « Son Altesse — dit-il — montra beaucoup de » respect et d'obéissance à son père ; toutes les choses que » le duc d'AIbe et don Garcia de Tolède lui dirent de faire au » nom de Sa Majesté, il les fit sans la moindre observation, » même dans les moments où la raison l'avait abandonné. Il se » prêta de la même manière à ce que sa santé exigeait, étant » si soumis aux prescriptions des médecins que, à l'étonne- » ment de tous, non-seulement il ne refusait pas les remèdes, » quelque désagréables et violents qu'ils fussent, mais en- »> core, quand il était dans son bon sens, il les demandait » lui-même 2. »

L* Espagne entière s'associa à l'affliction de son roi. Partout les églises se remplirent de gens qui venaient demander à Dieu, avec la plus grande ferveur, la guérison du prince. A Madrid, il y eut des processions, de jour et de nuit, où une foule de personnes se donnèrent la discipline, comme il était d^usage de le faire le jeudi saint. A Tolède, on compta jusqu'à trois mille cinq cents disciplinants ^. Mais ce furent

1. Lettres de l'évêque de Limoges à Charles IX, du M mai, et de Paolo Tiepolo au doge de Venise, du 16 mai.

2. « Moslrô S. A. gran obediencia y respeto a S. M., porque ninguiia cosa de las que el duque de Alba 6 don Garcia de Toledo le decian en su nombre, dejô de hacer con gran facilidad, aun en los dias del delirio. Lo que a su salud cumplia hizo de la misma suerte, àicndo tan obedienle d los remedios , que à lodos espantaba, que por fuerles y recios nunca rehusé, ântes, todo el tiempo que estuvo en su acuerdo, él mismo los pidiô.... »

3. Lettre de Tambassadeur de France, du 14 mai. — Lellre de Paolo Tiepolo.

surtout la reine Elisabeth de Valois et la princesse don Juana qui firent paraître la douleur dont elles étaient pén€ trées : ces deux illustres femmes ne se bornèrent pas à assiste aux processions (|ui eurent lieu dans la résidence royale elles passèrent une nuit tout entière à prier et à pleure devant une image de la mère du Sauveur consacrée piété des fidèles, et (|u'elles îivaient fait apporter solennelk ment au palais '. Dona Juana fit plus encore : elle alla soir, pieds nus, par un froid inaccoutumé en Castille, jug qu'au monastère de Nuestra Senora de la Consolacion, fonc par elle ^. A la première nouvelle qu'elle avait eue de lac ( ident arrivé à son neveu, elle avait commandé au licenc Daza de l'informer, jour par jour, avec ponctualité, de l'ét du prince.

Les Flamands et les Italiens (jui habitaient Madrid mèl* rent leurs prières et leurs vœux à ceux de la nation : 1 Flamands s'étaient flattés de l'espoir d'avoir bientôt de Carlos pour gouverneur; les Italiens attendaient de lui '.m amélioration de leur condition politique. Parmi les étrange qui n'étaient pas soumis au sceptre de TEspagne, les p désintéressés appréhendaient quç la mort du prince n'oce sionnàt de grands changements en Europe^; d'autre comme les Portufiais, s'en réjouissaient ouvertement : de Carlos étant l'héritier présomptif de la couronne de Portug

du 16 mai. — Relation envoyée par le secrétaire Coartewille à la duel de Parme le 23 mai.

1 . Lettre de Thomas Gbaloner, ambassadeur d'Angleterre, du là mai 15( (Elle est dans les Appendices de la l^e édition.) — Lettre de Paolo Tiepo! du 16 mai.

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