CHAPITRE VII
certainement bien des défauts qu'on remarque en lui auraient pu être corrigés par Téducation. Jusqu'ici il n*a manifesté aucun penchant à nulle chose en particulier. Il est fort glouton ; pourtant on a su le plier à une sorte de régime : ordinairement il ne mange que d'un mets, qui est tout un chapon bouilli coupé en petits morceaux, et sur lequel on a versé le jus exprimé d'un gigot de mouton * ; il ne boit qu'une fois pendant son repas, et de l'eau ^ : car le vin lui répugne.
M II. est extrêmement pieux et grand amateur de la justice et de la vérité ^. II déteste le mensonge, et ne pardonne jamais à celui qu'il a surpris une fois à mentir. Il affectionne les personnes intègres, probes, vertueuses et distinguées. Il veut qu'on le serve bien et exactement ; il aime et favorise ceux qui le servent ainsi. Il est hospitalier. Quant au commerce avec les femmes, il n'a pas encore fourni d'indice de ses inclinations à cet égard, et au fond il n'y a personne qui puisse affirmer qu'il est inhabile à la génération
» Conclusion : don Carlos est un prince infirme et faible;
1. Dans une lettre du ^ octobre 1565, Dietrichstein disait que don Carlos ne prenait presque rien le matin, mais qu'il se dédommageait le soir, engloutissant alors une quantité d'aliments qui suffirait à d'autres pour deux ou trois repas. (Kogh, Quellen, etc., p. 149.)
2. En ce point il ressemblait à son quatrième aïeul , Charles le Téméraire, qui, selon M. Michelet, a était buveur d'eau. » (Voy. Louis XI et Charles le Téméraire, 1461-1477, Paris, 1853, in-12, p. 120.)
Dans la lettre du 22 octobre 1565, que nous venons de citer, Dietrichstein répète que don Carlos ne buvait que de l'eau, et qu'il voulait qu'elle fût 'passée à travers la neige et refroidie dans la neige ; encore la trouvaitil à peine assez froide.
3. Antonio Tiepolo, en confirmant ce témoignage, ajoute que don Carlos détestait les bouffons ; qu'il se montrait assidu aux sermons et aux offices divins; qu'y était charitable et libéral dans ses aumônes, ayant coutume de dire que cela convenait à un prince tel que lui : « È amico di verità, » inemico de' buflfoni.... îlî religioso e perô soUicito aile prediche e ai divin » offici, ed è pietoso a' poveri, dandone segno con la limosina che sempre ec- » cède la mediocrità, perché è solito dire cosi convenirsi a principe suo » pari... Si (Albèri, sér. I, t. V, p. 148.)
mais, en revanche, il est le fils d'un puissant monarque*, i»
Quelques jours après, l'ambassadeur revint sur le j)oint le plus délicat de ceux qui concernaient la personne de don Carlos : « Je me suis informe avec soin — écrivit-il — si » le prince est ou non capable de procréer des enfants; ») mais il n'y a "personne qui puisse rien dire de certain à » cet égard. L'opinion générale est qu'il n'a pas vu de » femme jusqu'ici. On a, dit-on, conseillé à son père de lui » faire faire une épreuve; mais le roi n'a pas voulu y con- » sentir ^. Lorsqu'on lui parle de rapports avec les femmes, » il répond qu'il n'en veut connaître d'autre que celle qui » sera son épouse, diit-on le traiter d'eunuque et faire des » plaisanteries sur son compte, etc. ^ »
A côté du portrait de don Carlos que vient de nous donner l'ambassadeur d'Autriche, nous croyons devoir placer ceux que faisaient du prince des Asturies, vers le même temps,les ambassadeurs do Venise envoyés en Espagne : ces diplomates, on le sait, étaient des observateurs judicieux et exacts.
Andréa Badoaro et Agostino Barbarigo, que la republique, en 1560, chargea d'aller complimenter Philippe II sur son mariage avec Elisabeth de Valois, s'expriment ainsi dans le rapport dont ils donnèrent lecture au sénat, au retour de leur mission :
« Le prince don Carlos est âgé de seize ans Il est petit
de taille. Il n'est pas beau. Sa figure dénote de l'inclination
1. Celle seconde dépêche est aussi dans Kocn, Quellen, etc., p. 124.
2. L'ambassadeur vénitien Gio. Soranzo, dans sa relation de 1365, raconto, au contraire, que ce fut don Carlos qui ne voulut pas se prêter au désir du roi. Voici ses paroles : a .... Mi è stato detto per cosa verissima cho, » per ordine di S. M., gli è slalo menato délie giovani belle par vedero » corne si porlava, ma non ha mostralo alcun segno di volontà no alcun » appetilo di loro.... » (Albëri, Belazioni, série I, t. V., p. 120.)
3. Lettre du 11 juillet 1.564, dans KocH, Quellén^ etc., p. 131.