CHAPITRE XI
lion sur la demande de son maîlre. Quelques jours se passèrent ainsi. Plus d’une raison autorise à croire que déjà Philippe nourrissait des projets de vengeance contre Berghes et Montigny : il lui importait donc que Berghes ne rebroussât pas chemin. Le I er août. il fit délivrer à Aguilcra une lettre, écrite de sa main, où il exprimait au marquis, dans les termes les plus affectueux, le désir de le voir et de prendre son avis sur les affaires des Pays-Bas. Il venait de se refuser aux instances de Montigny pour obtenir son congé (').
Berghes attendait à Bordeaux le retour de son messager. A la réception de la lettre du roi, il se remit en route. Arrivé le 16 à Ségovie, il se présenta dès le lendemain au château de Valsain ; Philippe l’accueillit avec des témoignages de bienveillance non moins empressés que ceux qu’il avait prodigués à Montigny. De même que ce dernier, il fut logé au château, et, comme il était gentilhomme de la chambre, il se vit appelé à en remplir immédiatement les fonctions : c’était lui qui chaque matin réveillait le roi, qui le servait à table quand il dînait en public. Rien dans les paroles ni dans l’air du monarque n’était de nature à lui inspirer des craintes ou de la défiance. Une circonstance toutefois aurait pu exciter son attention : les principaux seigneurs de la cour ne lui avaient pas rendu visite à son arrivée, tandis que Montigny avait reçu d’eux celte marque de courtoisie (*).
(') Lettres d'Alonso de Laloo, du 3 août, et de Montigny, du î août, déjà citées.
(*) Lettre d'Alonso de Laloo au comte de Hornes, écrite de Ségovie,
Berghes et Montigny eurent, le 22 août, une longue audience du roi, qui les reçut encore le 24, et les renvoya ensuite à Iluy Gomez et au duc d’Albe, avec lesquels ils conférèrent pendant plusieurs jours ('). Mais ces conférences ne pouvaient aboutir à riçji, car on voulait seulement amuser les envoyés belges : quand on faisait semblant de discuter avec eux, les résolutions du roi étaient déjà prises, de l’avis de ses ministres espagnols
Les dépêches reçues en dernier lieu des Pays-Bas représentaient la situation de ces provinces comme s’aggravant d’heure en heure Q. Bientôt après il en arriva de plus fâcheuses encore. Elles annonçaient un saccagement général des églises et des monastères. A l’imitation de ce qui s’était passé en France en 1561 et 1562, les calvinistes belges avaient juré la destruction des images cl de tous les autres objets qui à leurs yeux étaient des symboles de l’idolâtrie.
Les premiers avis de ces actes de vandalisme qui parvinrent au bois de Ségovie étaient contenus dans des lettres du 17 et du 18 août qu’y apporta, le 5 septembre, un Espagnol, Lope del Campo, expédié en courrier par la duchesse de Parme ('). Philippe II
le 31 août, dans Monliijny's leven en doexl, Bylage, pp. 19 et suiv.
Fourquevaulx mandait à Charles IX, de Ségovie, le 33 août : ■ Le « marquis de Berghes est arrivé, et n'a esté ny n’est veu de guères bon « œil de personne, et luy sçait-on mauvais gré, entre autres choses, de « la longueur dont il a usé à venir. »
(') Lettre d’Alonso de Laloo, du 3i août, déjà citée.
(*) • Les choses vont, d'heure en heure, et de degré en degré, «le mal en pis, » écrivait la duchesse de Parme au roi, le 8 août.
(*) Correspondance de Philippe II, etc., t. I, pp. 44-7 et 449. — Lettre