CHAPITRE XV
conlre son père, et qu’on pouvait s’attendre, à tout instant, à de grands troubles dans les royaumes d'Espagne : mais elle avait à peine prononcé ces mois qu’elle s'en repentit, et réclama le secret de ceux qui se trouvaient là (’). Une autre fois, en présence de Charles IX , elle interpella Alava lui-même, lui demandant s’il savait du nouveau sur le compte du prince ; il répondit qu’il ne savait rien de plus que ee dont il leur avait donné part. — « Connaissez-vous « particulièrement, reprit-elle, le connétable de Castille ( 2 )? » — Il fit une réponse affirmative. La reine et le roi lui dirent alors : « C’est le connétable qui a « engagé le roi catholique à prendre garde à ce qu’il «• faisait à l’égard de son fils , car il était prince juré « de Castille. » Ils appuyèrent beaucoup là-dessus. A la fin ils s’enquirenl d’Alava s’il était informé que la religion fût pour quelque chose dans les motifs de l’arrestation du prince : « Vous n'en devez pas, lui « dirent-ils, montrer de surprise, puisqu'on tient pour « certain qu’un Flamand et deux Allemands attachés
(») Hàme embindo à dezir una persona de bien que discur-
riemlo, pocos dias lia. en presencia desta reyqa, en la detencion de Su Alteza, dixo à nno la di< ha reyna que havia siete 6 ocho meses que el aimiraole le havia cerlilicado que Su Alteza conjurava contra V. M., soplado de muchos personas particulares, y que se podia cada dia esperar nueva de alguna gran tormenta en los reynos de V. M., y que en diziéndolo, se arrepentiô de msnera queencomcndô que no se hablasso en la muteria en ninguna parte; y al que me lo lia embiado â dezir le bon diebo que lo olvidasse y que uo (ratasse dcllo nuuca. • (Lettre d'Alava à Philippe II, du 4" mars 156#, aux Archives de l'Empire, à t Paris, collection de Simancas, U 22 M .)
(*) Voy. p. 526, note 4.
« à la chambre de don Carlos lui ont donné en secret « des livres qui ne lui ont fait aucun bien. » Alava se mit à rire. Catherine de Médicis et Charles IX insistèrent. — « Vous nous avez dit aussi que vous ne « pouviez croire que le prince eût conspiré contre le « roi; or, il a été constate qu'il avait deux petites « arquebuses pour exécuter son méchant dessein . et « qu'il a pensé le faire dans une voiture. » — Alava rit plus fort; mais, comme ce renseignement leur venait, suivant eux. de la meilleure source, ils se moquèrent de lui. Us désirèrent savoir qui était le père du comte de. Lerma ; il le leur apprit. Ils lui demandèrent s’il avait servi le roi ou l’empereur; il répondit qu'il avait été grand maître de la reine dofia Juana(‘). Tous deux éclatèrent à ces mots, s’écriant : Oui! oui! Alava demeura impassible, en les regardant. — « Croyez-vous , poursuivit la reine, que « Montigny ait été impliqué dans cette affaire? » — « Tout ce qu’on pourrait me raconter de mauvais des « parents de l’amiral, je serais disposé à y croire. » — La reine prétendit, tantôt que différentes personnes le lui avaient assuré, tantôt que c’était l’amiral, à l'époque ou il était question du départ du roi d’Espagne pour les Pays-Bas; l’amiral lui aurait dit alors : « Le roi catholique ne se rendra pas de si tôt en
(’) Le père du comte de Lerma était don Luis de Sandoval, marquis de Dénia. Il avait fait Adèle compagnie à Jeanne la Folle, mère de Charles-Quint, durant son séjour au château de Tordesillas. Selon Cabrera (liv. VIII, chap. V, p. 497), le comte de Lerma était très-attaché I è don Carlos.
CHAPITI1E XV.
« Flandre, car il ne voudra pas quitter l’Espagne dans « la situation où elle est; » et comme elle le pressait de s’expliquer davantage, il aurait ajouté : « Je vous « promets qu’avant longtemps vous apprendrez des « choses qui vous étonneront; » il faisait allusion par là à une conspiration qui se serait tramée contre la couronne et la vie du’roi d'Espagne. A ces paroles de Catherine de Médicis, que Charles IX confirma de son témoignage, l’ambassadeur se leva, tout scandalisé. Il dit à la reine qu’il ne pouvait assez s’étonner qu’ayant reçu de telles informations, elle les eut gardées pour elle; que. si elle n’avait pas assez de confiance en lui, elle aurait dû envoyer vingt personnages à Madrid, pour les communiquer au roi son beau-fils. Charles IX baissa les yeux, regardant sa mère par-dessous son bonnet. Catherine de Médicis était atterrée ; aussi chercha- 1— elle à s’excuser sur le peu d’importance qu’elle avait attaché aux discours de l’amiral. Cette curieuse conversation est racontée par l’ambassadeur dans une lettre du 19 mars au duc d’Albe ('). Il est
(') « .... Esta reyna, en acabando de dezir bienes del de Lorrena, me pregunto por Su Alteza. Dixele que no sahia cosa ciertn mas de la que le habia referido de parte de Su M d . Preguntaron que si conoscia mncho al rondestnble de Castilla : dixeles que si, y la qualidad de su casa. Madré é bijosaltarou juntes, y me dixeron : • Esse es et que ha dicho al « rey catholico que mire como procédé y lo que batte con su hijo, pues « es principe jurado en Castilla...; • y gustavan mucho de hablar en la materia ; y assi fuy en ella caminando con ellos, diziéndoles las cosas generales. Al fin me inquirieron que si yo sabia que fuesse sobre materia de religion, diziéndome que no me espantasse, porquese ténia por ciertoqueun Flamenco y dos Alemanesque ténia en su câmara ledieron Kbros secretamente que no le havian hecho ningun provecho. Héyme dello. Fuéronme a la mano, diziendo : « Tambien nos dixisteis que no
fâcheux que nous n’ayons pas la réponse du duc ; nous y aurions certainement trouvé plus d’une particularité intéressante. Don Francés d’Alava était la créature
« podiades vos créer que fuesse conjura contra el rey, y hase ballado que • ténia dos arcahuzillos para efîeciuar su ruiD ànimo, y que eD un coche « ha pensado exerutarlo. ■■ Réyme mas; y como cosa que la tienen cllos por muy cierla, se burlavan de ml. Pregiiotaronme qué cuyo hijo era el conde de Lenna ; dixe quien era su padre. Preguntarou que si havia servido à Su Magesdad 6 al emperador nuestro senor ; dixe que era mayordomo mayor de la reyna doua Juana mi seûora. Tomoles muy granrisa a entr'ambos, diziendo : « Va. ya. » Quedésereno mirûodolos. Dixome que si yo creya que havia podido Montiûi intervenir en este caso. Respondiles que todo lo que me dixessen de malo de los parientes del almfranle. creeria. Dixo esta reyDa tropecando, diziendo una vez que se lo havian dicho algunas personas, y à el la el almirante diez ô doze meses ha. que hablandoen la venida de S. M. à Flàndes, ledixo el diebo almirante : « El rey calholico no passant tan presto, porque no querrâ « dexar à Espaha en la manera que esté, • y que, apretàndole clla para que se déclarasse mas, le dixo : » Yo os prometo que dotes de » muebo liempo vos oyais cosas que os espanten, » y que se le dio a enlender que havria conjura contra Su M* y sedicion grande cnaquellos reynos. Ya que yo vl que ella se havia vnziado del todo, y su hijo conflrmava lo que ella havia diebo, levnntcme, escandalizàndome mucho, diziendo que no era aquella maleria de qualidad que haviéndosela revelado el diablo, devient encubrirla y cailarla, sino quando no quisiera fiarla de mi, embiar veiote personages à avisar à Su M<t. El rey baxô los ojos, y mirola por la sombre de la gorra. Verdaderamente ella recibio golpe grande del resentimiento que yo hize. Saliôse de la plalica, diziendq. que quien havia que pensasse que eslo havia de ser verdad? que no mu lo avia dicho, paresciéndole que fuesse invention del almirante. » (Arch. de l’Empire, à Paris : collection de Simancas, B îî **.)
Pour qu'on comprenne bien l'attitude d’Alava dans la conversation dont il rend compte au duc d’Albe, il ne sera pas inutile de dire que, pendant toute sa mission, cet ambassadeur avait montré, dans ses rapports avec Catherine de Médicis, beaucoup d’arrogance et de hauteur. La reine-mère s’en plaignit plusieurs fois a son gendre : il y a même une lettre d’elle, en date du (9 janvier 1S68, à l’ambassadeur Fourquevaulx, où elle accuse en propres termes Alava de lui avoir manqué de respect.
CUAPITHE XV.
Si'
dcFcrnando Alvarez (le Tolède; avec lui le duc devait s’exprimer à cœur ouvert. Quant à nous, nous ne pouvons, sur les prétendus rapports des seigneurs belges avec don Carlos, que persister dans l’opinion que nous avons énoncée en l’un des chapitres précédents (').
Les premiers avis qu’on eut à Rome de l’hrrestation de don Carlos y parvinrent le 26 février, par la voie de Lyon et de Gènes. Don Juan de Ziiiïiga, qui avait récemment remplacé son frère le grand commandeur de Castille dans le poste d’ambassadeur de Philippe II près le saint-siège , ne voulut pas y croire ( 2 ). Le lendemain, l’ordinaire de Lyon apporta des lettres qui confirmaient la nouvelle : alors don Juan envoya à la poste la plus prochaine, afin que, à l’arrivée du courrier d’Espagne, on lui expédiât inconlincnt ses dépêches, et on retînt toutes les autres. Le 28, le pape lui fit dire qu’il venait d’èlre averti, par le cardinal de Santa Croce, que le prince avait été arrêté pour avoir machiné contre la personne du roi son père, et avoir eu dans sa chambre des livres hérétiques. Pie V était triste et soucieux ; il désirait savoir si l’ambassadeur avait quelques renseignements. Don Juan de Ztîniga répondit à son messager qu’il n’en
(') Pag. 365-367 — On lit, dans des avis secrets envoyés d’Anvers an gouvernement anglais, le 29 février 4568 : « Il errore del principe » si tienc celato, ma è forza cb'l sia criminale, né sino a qui pare cbe « havessi intelligentia alcuna con niuno di quelli signori. » ( State paper Offire, papiers de Flandre.)
(') « Tûbelo por hurla, » dit don Juan de Zùiïiga dans sa lettre au roi du" 5 mars 1568. ( Coleccion dr dommenlM inéditos, etc., t. XXVII, p. 14.)
avait aucun , et que les bruits répandus devaient être une invention des huguenots(').
Lç 29, à la réception de ses dépêches, l’ambassadeur alla trouver le pape, en compagnie du cardinal Pacheco ; le cardinal de Granvelle était, en ce moment, absent de Rome : il rendit compte au souverain pontife de la détention du prince d’Espagne en conformité des instructions qui lui avaient été données. Pie V se montra très-ému : l’amour qu’il portail à Philippe II , la confiance qu’il avait dans son saint zèle et dans sa prudence, le persuadèrent que le roi catholique avait eu des motifs sérieux pour agir ainsi qu’il l’avait fait; il éprouva d’ailleurs quelque consolation en apprenant que ce monarque n’avait été déterminé par aucune des raisons dont on parlait en France ( 2 ). Après sa visite au saint-père, don Juan de Zùîïiga instruisit de ce qui s’était passé à Madrid les membres du sacré collège, à l’exception des cardinaux qui étaient français déclarés (*).
Des relations très-diverses circulaient dans Rome sur les causes et les circonstances de l’arrestation de don Carlos. Pie V, que ces récits contradictoires tourmentaient, voulut envoyer quelqu’un au roi ; l’ambassadeur obtint de lui qu’il y renonçât, et il le détourna
[') Coleccion de documentas inéditos, etc., t. XXVII, p. H.
(’) • .... El papa lo sinliô lernamente, como quien de veras ama à Vuestra Mageslad, y confia de su celo y prudencia que havrà havida lan sulicienles causas como le représentâmes ; y quedô algo consolado de que no obiese ninguna de las que en Francia havian levanlado.... • [Ibid.)
( 5 ) Ibid.