CHAPITRE XVI
Ceci se passait peu de temps avant la solennité de Pâques ('). Don Carlos, que le roi et ses ministres accusaient de manquer de raison, et dont quelques personnes suspectaient la foi, donna, à l’approche de cette grande fête, un démenti éclatant aux uns et aux autres il fit appeler fray Diego de Chaves, lui témoigna spontanément l’intention de se confesser, et il accomplit cet acte religieux avec les marques de contrition et de repentir les plus édifiantes ( 3 ) ; il se disposa ensuite,
« qu’il en pouvoit avoir fait. Finalement on a deviné ce qui esloil,
• pour ce que, une fois, il y a trois ou quatre ans, il engloutit, par « mesme inadvertance, une perle de la grosseur du poulce; et à force « do médecines, il a rendu le diamant au xvn« jour après qu’il l’avoit
• avalé. »
( l ) Pâques tomba, en 1668, le 18 avril.
(’) C’est l’observation que fait Dietrichstein, dans une lettre du 22 avril 1868 à Maximilien II. ( Quelle n, etc., p. 213.)
{*) Dans sa lettre citee à la note précédente, Dietrichstein dit que le prince s'est confessé pendant le temps pascal, et qu'il a reçu, le 21, en grande dévotion, le saint sacrement. — L'archevêque de Rossano écrit, le 1" mai, que don Carlos s'est confessé le mercredi saint, et a reçu le saint sacrement la semaine suivante, après une nouvelle confession. — Cavalli, le 7 mai, mande au doge que le prince s’est confessé et a communié. — On verra, plus bas, la lettre de Fourquevaulx du 8 mai. — Nobili et Sauli ne parlent point de ce fait, du moins dans les lettres que nous avons d’eux. — Cavalli ajoute que don Carlos fit demander pardon à son père; que, selon ce qu'il a appris, le roi lui pardonna, et lui fit savoir que, s’il désirait avoir plus d’espace dans sa prison, on le lui donnerait : sur quoi le prince répondit que, comme prison, la chambre qu’il occupait lui était plus que suffisante, mais que, s'il devait être libre, toute l’Espagne ne lui suffirait pas : « Il principe di Spagna richicsedi
• volersi confessar et communicar, il che li fit permesso; elcosi S. A. « l’esegul, facendo chieder perdon al padre di ogni offesa. Intendo che « S. M. lobenedi et li concesse il perdono, con farli sapere che, desidc-
• rando di essor allargalo, li daria comodilà di più stantie : al che ris- « pose il principe, che per prigionc li bastava assai quella che havea, ma
par plusieurs jours de jeûne et d’abslinenee. à recevoir le corps de Jésus-Christ. Lorsqu’il s’y crut dignement préparé, il requit son confesseur de l’admettre à la communion. Fray Diego de Chaves avait demandé sur ce point les ordres du roi, qu’il attendait encore : il pria le prince d’avoir un peu de patience. Don Carlos, à ces mots, se figura qu’on avait quelque raison de lui refuser les sacrements ; il se mit à pleurer et à gémir. Fray Diego, pour gagner du temps, lui objecta qu'il manquait de différents objets nécessaires à l’ornement de la chapelle; qu’il les avait réclamés et ne larderait pas à les avoir : mais don Carlos répliqua que, si c’était là le seul motif, ce ne devait pas être un obstacle; qu’il suffirait d’en agir avec lui comme avec le plus simple particulier. Sur ces entrefaites, fray Diego de Chaves reçut l’autorisation du roi. Don Carlos communia le 21 avril, après une nouvelle confession, en présence de Ruy Gomez, de don Juan de Borja, qui servit la messe, et de don Gonzalo Chacon. Comme fray Diego l’engageait à passer dans la petite pièce qui avait été convertie en oratoire, il s’y refusa, disant qu’il ne sortirait point de la tour où il était enfermé sans l’exprès consentement de son père, et que la sainte hostie pouvait lui être donnée entre les barreaux du treillis par lequel il assistait à l’office divin. La chose
• che per liberté manclio quesli regni sariano baslanli. » Ce qui nous fait douter de l’exactitude de ces renseignements donnés par Cavalli, c'est qu’ils ne sont confirmés ni par Diclrichstein, ni par le nonce, ni par Fourquevaulx, qui entre pourtant dans beaucoup do détails, et parait les avoir puisés à une bonne source.