CHAPITRE XVI. 58!l
roi ; que lesdils gentilshommes agiraient en cela avec beaucoup de circonspection et de prudence, sous la foi du serment qu’ils avaient prêté ; que, si quelqu'un d’eux contrevenait à celte règle, les autres, dès qu’ils en seraient instruits, seraient tenus de le dénoncer ;
Qu’ils ne porteraient ni épée ni d’autres armes ;
Que la messe serait dite pour le prince, dans l’oratoire joignant à sa chambre, par les chapelains désignés à cet effet; qu’il l’entendrait de sa chambre même, au moyen de l’ouverture qui y avait été pratiquée, et en présence de deux desdits gentilshommes au moins ;
Qu’on lui donnerait les Heures, Bréviaires, Rosaires, qu'il désirerait avoir pour prier, ainsi que les livres de dévotion et de bonne doctrine, mais non d’autres, qu’il voudrait lire ou se faire lire;
Que les mets destinés à sa table, apportés jusqu’à la première salle par les monteros qui avaient été mis à la disposition de Ruy Gomez, lui seraient servis par lesdits gentilshommes, et qu’un montero attendrait en la seconde salle, afin de reprendre les plats ;
Que lesdits gentilshommes auraient chacun, pour leur service personnel, un seul domestique, qui devrait être digne de toute confiance.
* Plusieurs autres articles concernaient les devoirs spéciaux des monteros et des hallebardiers.
Tout ce qui n’était pas prévu dans ce règlement était laissé à la disposition du prince d’Eboli, dont les ordres devaient être exécutés comme ceux du roi lui-même.
L’aclc contenant les instructions que nous venons de faire connaître fut lu par le secrétaire Iloyos aux gentilshommes et aux monter 08 attachés à la garde de don Carlos : tous jurèrent de s’y conformer ponctuellement (').
Don Carlos, cependant, n'avait pas renoncé au dessein de mettre fin à ses jours; il en était, au contraire, de plus en plus préoccupé. Il avait entendu dire que le diamant introduit dans reslomac était un poison mortel ( J ) : sans réfléchir que, pour qu’il produisit cet effet, il fallait au moins qu’il fût résolu en poudre, il avala un anneau qu’il portait au doigt, et dans lequel un gros diamant en tahle était enchâssé. L'anneau lui sortit du corps quelques jours après, sans lui avoir occasionné aucune lésion intérieure ni aucune souffrance ( 3 ).
(') Cabrera, Felipe U, liv. VII, chap. XXII, p. 476.
(’) Cette opiniou avait cours, en effet, au xvi« siècle; mais elle ne parait pas avoir jamais été admise par la science. Voy. Van Helmont, Orlus medicinae, et Paili Zaccoiae Quaeslioncs mcdico-legalei.
( 5 ) « .... Ilavendo sentito a dir che il diamante mangiato amazzava l'uomo, ne ingiotl uno chc porlava in dito legato in annello ; ma per esser cosa soda, et non in polvere, in due giorni li usci del corpo senza nocerli in parte atcuna (Lettre de Sigismondo Cavalli, du 24 juil-
let! 568.) —Fourquevaulx, dans une lettre du 26 mars à Charles IX, parle aussi du diamant avalé par don Carlos ; mais, moins bien informé qup Cavalli, il en parle comme d’une des extravagances qui étaient habituelles au prince, et prétend qu’il garda le diamant dans le corps durant dix-sept jours, ce qui n’est certes pas vraisemblable. Voici comment il s'exprime : « Au regard du prince d’Espaigne,.... il luy eschappe tous « les jours de faire quelque folie. 11 tenoit naguères et avoit mis en sa
• bouche un sien gros diamant eu table qu'il porte en l’un de ses doigts, « et, sans qu'il s’en prlnt garde, il avala ledict anneau comme une
• pillule ; puis a esté un nombre de jours à le chercher et songer ce