‹ Don Carlos et Philppe IIChapitre 135 sur 172 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

pria d'accepter une coupe et deux verres en cristal de roche, artislcmenl travaillés, et qui étaient à son usage personnel. II fil des présents du même genre au comte de Lerma, au duc de Médina de Rioseco, au prieur don Antonio de Tolède, à Luis Quijada, à don Pedro Fajardo, fils du marquis de los Vclez, à don Francisco Manrique, frère du comte de Paredès. Il ne. pouvait oublier, dans celle distribution, son ami don Rodrigo de Mendoza et le docteur Suarez de Toledo, qui lui avait montré tant d’attachement : au premier il donna une petite coupe de cristal, à pied d’or, cl une bague en or, ornée d’un rubis, où ses armes étaient gravées; le second reçut une coupe de cristal. Enfin il fit cadeau au docteur Olivarès, son premier médecin . d’une pareille coupe , et à son confesseur, fray Diego de Chaves, d'une croix d’or pendante à une chaîne aussi en or (').

Il avait une dévotion particulière à saint Jacques de Compostellc , dont la fête se célèbre le 25 juillet. Dès qu’il connut, à n’en plus douter, que sa mort était inévitable, il voulut savoir en combien de jours viendrait la vigile de Saint-Jacques; sur ce qui lui fut dit par les médecins qu’elle arriverait en quatre jours, « c’est donc quatre jours, reprit-il, que mes « misères et vos fatigues doivent encore durer. » A mesure que ses forces décroissaient, la constance chrétienne, la résignation aux volontés de Dieu augmentaient en lui. Dans la nuit du 25 au 24, il demanda

(') Colcccian île ilocumentos innlilo », etc., t. XXVII, pp. 95, 9«, Ht.

«10 DON CARLOS ET PHIUrPE II.

l’heure qu’il était: il lui fui répondu qu'il élait deux heuresavanl minuit. 11 en montra un peu d’altération, craignant de ne pouvoir vivre jusqu’à celte veille de Saint-Jacques qu’il avait ûxéc, dans ses vœux, comme le terme de son existence. Il continua d’adorer un crucifix qu'il avait placé sur sa poitrine, de se recommander à la miséricorde de Dieu, de prier qu’on lui pardonnât ses fautes; il déclara qu’il pardonnait au roi son père, qui l’avait fait enfermer, à Ruy Gomez, à Espinosa, à Vclasco et à tous ceux aux eonseils desquels il attribuait sa détention. Après quelque intervalle , il demanda de nouveau l’heure ; on lui dit que minuit venait de sonner. 11 répartit alors : « Le « moment est venu ! » A l’exemple de son aïeul Charles-Quinl, il prit en main une chandelle bénite, et se tournant vers son confesseur qu’il n’avait pas voulu laisser s’éloigner un instant : « Mon père, — fit-il — <• aidez-moi. » 11 invita aussi les assistants à réciter avec lui une oraison que l’empereur avait dite en mourant. Il prononça plusieurs autres paroles, parmi lesquelles on distingua celles-ci : Deiis, propitins eslo mihi peccatori, tandis qu’il se frappait la poitrine, en signe de repentir. Ses forces cependant défaillaient de plus en plus. Enfin, le 24 juillet, à une heure du matin, il expira, sans avoir perdu une seule minute le jugement, et laissant ceux qui l’entouraient édifiés de sa fin toute chrétienne; il était âgé de vingt-trois ans et seize jours. Quelques moments avant qu’il rendit l ame, on avait, à son instante prière, apporté sur son lit un habillement de franciscain et un capucc

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