CHAPITRE XVI
d’un régime moins absolu et moins despotique. Ou trouve le sentiment populaire à son égard énergiquement exprimé dans des poésies du temps (').
Cabrera, historiographe d’un des plus tristes monarques qui se soient assis sur le trône de Ferdinand et d’Isabelle, s’écrie avec un accent d’admiration serv ile : •• L’Espagne put appeler un bonheur ce grand malheur « de la perte de l’héritier de la couronne, puisqu’elle « eut, pour le remplacer , le roi don Philippe III, <> notre seigneur, sur qui la libéralité céleste répandit » à pleines mains tous ses dons, le faisant religieux, « juste, libéral, constant, bienfaisant, fidèle, magni- « üque, digne de gouverner un plus grand empire, « fils enfin des mûres et plus sages années de son « père, rare exemple à tous les siècles de vertu et
(') Fray l.uis Ponce de Leon, de l'ordre de Saint-Augustin, docteur en théologie do l'université de Salamanque, mort on (891 , à l'Age de 63 ans, composa pour lui cette épitaphe :
Aqiii v.irrn He Carlos lot despojos :
l.a parts principal votridsc al cielo;
Con «lia fué el valor, quedôle al gudo Mudo en el coraion, Uanto en le» ojos.
Le même religieux fit, sur la mort de don Carlos, une cancioi i dont le dernier couplet était ainsi conçu :
No temaa que la murrte Vnja de tu» drspojos vitoriota ;
Antes irà medrosn |)e tu espirilu fuerte.
Las inclyta* hazniïas que hicicras, l.o» trinnfos que envieras,
Y ?i6 que à no prrdcrte se perdis,
Y aai el mismo lemor le diô osadia.
Ces poésies ont été publiées dans la Cdeccion de don Ramox Febnandez, t. X, Madrid, (790, p. 74. C’est coque nous apprend un savant article de M. Seipemami, inséré dans le Scrapeum de (888, pp. 1(3 et suiv.
« d’obéissance (')! » Un historien de notre temps, qui n’est pas, lui, suspect de courtisanerie ni de prédilection pour Philippe 111, M. Lafuente, dit àson tour : « La mort du prince don Carlos ne fut pas un mal « pour l’Espagne : car, vu son caractère, la nation ne « pouvait espérer de lui aucun bien ; clic devait, au « contraire, en attendre de grandes calamités, à moins « qu’il ne se fût amendé beaucoup avant de succéder « au roi son père (*). »
L’opinion de M. Lafuente, malgré le correctif qu’il y met, est peut-être empreinte encore de trop de sévérité. Quelqu’un qui connaissait bien don Carlos, qui avait été à même de lire dans les replis les plus cachés de son âme, son confesseur, fray Diego deChaves, peu de temps avant sa mort, entretenait le baron de Dietrichstcin des bruits qui avaient couru sur les causes de son arrestation : il l’assura que cc prince était aussi bon catholique et aussi convaincu des vérités chrétiennes qu’on pouvait l'étre, et que non-seulement il ne s’était point rendu coupable d’une entreprise criminelle
(’) • Pudo Espaûa llamar venlurosa esta gran desgracia de la falta do su eredero varon, pues lo fué el rey don Felipe 111, nuestro senor. en quien verlio à ma nos llonas la celestial largeza sus dones de religioso, juslo, libéral, constante, bencRco, fiel, magnifico. digno de mayor imperio, hijo al fin du los aiios maduros y mas sesudosde su padre, raro cxemplo à todos los siglosde virtud y obediencia. • [Felipe II, liv. VIII, chap. V, p. 497.)
(*> • La muerte del principe Carlos no fuiS un mal para Espana, pues, alendido su caràcter, ningun bien podia esperar la nacion, y si murhas calamidadcs, si bubiera llcgado, por lo menos antes de corregirse mucho, à succder à su padre en cl trono.... • ( llisloria yeneral de Espana, l. XIII, 1854, p. 335.)