CHAPITRE XVI
contre la vie de son père, mais encore l’idée seule d’un pareil attentat ne lui était jamais venue. Il ajouta que don Carlos avait scs défauts, lesquels il ne voulait ni nier ni excuser, mais que, à son avis, on devait plutôt les attribuer à l’éducation trop libre qu’il avait reçue, à la dureté de cœur et à l’entêtement qui le caractérisaient, qu’à un manque de raison ; qu'il espérait que le châtiment qui lui était infligé lui servirait de correctio morum et de moyen de se connaître mieux luimême ; enfin que, si cela se réalisait, comme lui, fray Diego de Chaves, en avait la confiance , il était persuadé que don Carlos deviendrait un prince bon et vertueux : car, déjà maintenant, à côté de plusieurs vices, on remarquait en lui de belles qualités ('). 11 est à noter que le confesseur de don Carlos, et plus lard de Philippe II, est ici d’accord avec un écrivain
(’) • Dersein pcihtvater ist .... der hat mier boh und teweraffirmierel, das ich gewislich glauben soll, so vill die Religion betrifTt, das der priutz ie und albeg ain so gueter Catolicq, und davon so cbrisllich gehalten als imer ainer halten kbunde. So hab er wider seines valern person, wie man gesagt, nit allai n nix tatliches zue bandeln prelendierl, sunder nit in sin genumen. Der prinlz hab seine mengel. die wol er nit vernainen noeb entscliuldigen ; dieselbigen awer wurden mer verursabl das er in aller freiheit ertzogen, und aines erstorten herten gemuets und aigensunig, als das er sunsten an vernunft ain mengel baben soll. VerhoITt dise haimbsuchungund zihtigung die soll ain correction sein morum und das er sich selber pas lerne erkhenén; do das, wie er goit traw, bescheh, hoff er das er ain tuyentsamer gueter furst sein werde, dan, ob er schon etlich unlugent, so hab er beineben gar grose tugenten. » (Lettre de Dietrichstein à Maximilien II, du 22 avril 1568.)
Nous suivons, dans cet extrait, la copie, faite sur l'original, qui nous a été communiquée par la direction des Archives impériales, à Vienne. Le texte reproduit par M. Koch ( Quellen , etc., p. 214] offre quelque différence ; le passage que nous donnons en italique y manque.
qui ne se pique pas toujours d’une exactitude scrupuleuse dans ses récits, mais dont les observations sont parfois frappantes de justesse : « Je crois — « dit Brantôme — qu’après que ce prince eusl bien « getté sa gourme, comme ces jeunes poulains, et « passé tous ses grands feux de première jeunesse, « qu’il se fust rendu un très-grand prince et homme « de guerre et homme d’Estat ('). »
En Espagne et hors d’Espagne, la mort de don Carlos donna lieu à beaucoup de rumeurs ; il y eut une foule de gens à qui l’on ne put persuader qu’elle avait été naturelle (•’). Plus lard, des écrivains, s’emparant
(') Œuvres île Brantôme, t. 1, p. 127, édit. Bucbon, 1838.
(*) Tisnacq écrivait à Viglius, le 24 juillet : « Les langues sont icy fort « desbridées et plus, ii mon jugement, que ailleurs, et les discours fort
• imptidens.... »— Hopperus lui mandait le mémo jour :• De morbo, nihil « certe per parum auditum, nisi abhinc tribus aut quatuor diebus. Pie
• et sancle mortuum ferunt. Reliqua quae vulgus fert, missa fado; « nequaquam enim sunt vera. » (J- llopperi ad Viglium Epistulae, p. 184.)— Daus sa lettre du 10 juillet à CômedeMéJicis, Nobili s'exprime en ces termes : < Le cicalerie e novellacce che si dicono sono molto « indigne d'essere ascoltate non che scritte, perebè in vero il salisfur al « popolaccio in queste simili coso è molto difficile ; e meglio è faro i siccome porta il giusto e l’onesto, senza curarsi del giudicio d'uomini
• iusani, e che parlano senza ragione di coso impertinent! c impossibili,
• di autori incerti, dappoebi e maligne » — La relation italienne tirée des livres de Bersoza constate aussi les rumeurs qui avaient cours dans le public : • L'occasioni dalle quali è proccduto il suo male non sono . quelle ch'il volgo publica. » — L’ambassadeur d’Angleterre, John Mann, qui se trouvait à Saint- Sebastien, où il attendait un vent propice pour mcltre b la voile, écrivait, le 5 août, au secrétaire Cecyll qu’on soupçonnait fortement que don Carlos élait mort d'un breuvage empoisonné : • The prynce of Spayne dyed n duvs before my deparlure from
• their, not wilhout gieat suspylion ns ys re[iorled, of a taste » ( State paper Office, papiers d'Espagne). — Enfin don Frnncés d’Alava, ambassadeur d'Espagne à Paris, mandait au secrétaire Zuyas, le 30 septembre :