‹ Don Carlos et Philppe IIChapitre 142 sur 172 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

de ces bruits populaires et les exagérant , accusèrent Philippe II : l'un , d’avoir fait prendre un bouillon empoisonné à son fils (') ; l’autre, de lui avoir fait donner un poison lent (-); un troisième, d’avoir commandé qu’on l'étranglât et chargé des esclaves de cette exécution (*); un quatrième, de l’avoir fait étouffer (‘); il s’en trouva môme qui allèrent jusqu’à soutenir que, dans son cercueil (qu’ils n’avaient pas vu), don Carlos avait la tète entre les jambes, preuve qu’il avait été décapité (*). Les faits que nous avons racontés , d’après les témoignages les plus respectables , montrent le cas que méritent ces accusations, qui d’ailleurs se détruisent les unes par les autres ( s ). Est-ce à dire que Philippe II doive être réputé tout à fait innocent de la mort de son fils? Nous ne le pensons pas. Sans doute, ce monarque avait ou de graves motifs pour priver don Carlos de sa

• De llalia. digo do lloma, se ban escrito tuirtas ruindades y maligni-

• dades sobre la muerte del principe nuestro senor.... » (Arcb. de t’Em- « pire, à Taris, collection de Simancas, B 22

. (') De Tiioii, liv. XLIII.

(’) Llorente, Histoire de l'inquisition, t. III, pp. 472 et suiv.

(*) Pierre Matthieu, Histoire de France sous le règne de François I er , etc., Paris, 4731, in— fol-, t. I, p. 30S.

(*) Bbaktômk, Vies des grands capitaines, t. I, p. 4 2G, édit. Bucbon,

( 5 ) Saint-Simon, Mémoires, édit, in— 4 2, 4840, t. XXXV, p. 208. — Voy., dans l’ Appendice D, une lettre écrile en 4795 sur l'ouverture et la visite du cercueil de don Carlos.

(“) Nous recommandons à ceux qui désireraient savoir comment prirent naissance les fables débitées sur la mort de don Carlos, et comment elles se sont propagées jusqu'à nos jours, la lecture d'une excellente Étude de M. Arendt insérée dans les Bulletins de l'Académie royale de Belgique, 2« série, t. il, pp. 487 et suiv.

fin DON CARLOS ET PI1ILIPPE II.

liberté : il ne pouvait souffrir que le prince appelé à lui succéder se mît en état de rébellion ouverte contre lui et, par des démarches inconsidérées, sinon factieuses, allât porter le trouble et la révolte dans les provinces de la monarchie. Mais ne lui suffisait-il pas d’avoir déjoué ses projets, en s’assurant de sa personne? Fallait-il le traiter en criminel d’Élat? le séquestrer d'avec ses amis et ses serviteurs? lui refuser l’air et l’espace? soumettre à un espionnage de tous les instants, le jour et la nuit, ses actions, ses paroles et jusqu'à ses pensées? Fallait-il enfin, le réduisant au désespoir. Ic pousser à attenter à ses jours par tous les moyens qui restaient en sa puissance? Il n’y a pas que le fer, le poison ou la garrote qui tue ; les tortures morales sont aussi un supplice, et Philippe II pourra difficilement être justifié, auprès de la postérité, de celles qu’il fit endurer à l’infortuné don Carlos.

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