‹ Don Carlos et Philppe IIChapitre 151 sur 172 · A CHARLES IX · texte numérisé non relu

A CHARLES IX

19 janvier 1568.

Sire, le retour du roy catholique a esté le dix-septiesrae du présent, et despuis les Roy s l’on l’a attendu de jour en jour, et la royne vostre sœur a esté toujours d’advis que je le devois attendre devant que de renvoyer le courrier qu’il plus! à Vostre Majesté me despescher du sixiesme de décembre : de sorte que je me trouve maintenant avoir & respondre à ladicte despesche, ensemble à celtes du vingt-sixiesme dudict moys et deux du présent.

De toutes lesquelles lettres j’ay toujours donné bon conte à la royne d'Espagne, et elle au roy son seigneur pendant qu'il s'est tenu à Escurial ; et touchant ces dernières lettres, je n’ay failli lendemain de luy en aller dire le contenu, et a esté très-aise d'entendre premièrement la bonne santé de Voz Majestez et que les ennemis soient esté poussés de vostre royaume ; toutesfois le voyage que la royne est allé faire au camp l’a mise en grand souci.

Uuantaux nouvelles, j'avolssccu quece roy avoit faitdire, le Ireiziesme du présent moys, aux esglises et monastères de ceste ville, qu’ils feissent prière, en toutes les heures canoniellcs et aux messes, qu’il plust & Dieu l'inspirer et conseiller sur certaine délibération et desseiug qu’il avoit en son cœur, laquelle chose a donné assez à discourir aux espéculatifs de ceste court.

Or, ne sçaurois-je asseurer si c’estoit à cause du prince son fils, mais il est vray que, longtemps devant qu’il soit party pour Escurial, Sa Majesté ne parloit point h luy, oins y avoit très-mauvaise satisfaction entre eulx, comme j’ay quelque foys cscript à Vostre Majesté. Et ne sçavoit ce prince couvrir la rancucur qu’il porte à son père, ains en parloit indiscrètement , et de cinq personnes à qui il disoit vouloir mal extresmement, ledict seigneur roy estoit le premier, et aprez Ruy Contés, auquel il impute tout ce qui luy succède contre son désir.

On sçait qu’il n’a pas faict ses Pasques à Noël ny guigné jubillé à cause de ladicte rancucur, pour ce qu’il n’a voullu pardonner ny son confesseur luy donner absolution : h la dénégation duquel, il s’est adressé à d’autres

docteurs en théologie, qui ont faict le mesme refus de l'absoudre ; et y en a qui veulent dire qu'il avoit deslibéré de faire un mauvais tour au seigneur roy son père.

Quoy que soit, sire, ceste nuict passée, ce roy est entré en la chambre dudict prince, a trouvé une pistole bandée soubs le lict d’icelluy, et a baillé ledict prince en garde à Ruy Gomès, duc de Fcrie, prieur don Anthonio et Louys Quichade, leur delfendant très-eipressément qu'il ne puisse parler à créature vivante qu’ils ne l'entendent et voyent.

J'entends aussi que don Jehan d’Austriche s'est absenté depuis sabmedy ('), et ne sçay si c’estoit doublant le roy ou le prince, jaçoit qu’il a tousjours demeuré à Escurial avec Sa Majesté jusques à son retour; et depuis, estant don Jehan allé chez le roy en compagnie du prince, ledict seigneur roy ne feit conte aucun dudict prince, mais si feist bien de don Jehan, auquel il parla amiablement. Il pourroit estre, que de jalousie ou de soubçon qu’il ait descouvert ses secrets à son père, que le prince luy aura bravé nu partir de là, et don Jehan se sera retiré, ou soit pour autre raison : on ne le voit plus depuis ledict soir, et toute ceste court ne parle plus que de l’arrest fait sur la personne dudict prince.

Les autres particularitez, sire, sont que ledit don Jehan d’Austriche s’appreste à voyager par mer, qui dict que c’est pour aller commander les galères au Levant, comme vicaire général.

De Madril, le 19 janvier 1568.

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