‹ Don Carlos et Philppe IIChapitre 153 sur 172 · DEUXIÈME LETTRE A CATHERINE DE MÉD1CT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LETTRE A CATHERINE DE MÉD1CT

S2 janvier 1568.

Madame, sur le poinct que j’estois prest lundi dernier, dii-neufviesme du présent, de faire partir ma despesche, qu’il ne restoit sinon d'avoir les lettres de la royne, elle m’a mandé, de sa main (’), que le roy catholique l’avoit priée de différer pour encore, et m’advertir que je reteinse mon courrier jusques à ce qu’il me le ferait sçavoir, car luy importoit beaucoup que l’arrestation du prince ne se divulgast si tost, ayant à ces tins défendu que homme ne passastà cheval, ny h pied : qui a esté cause que j’ay attendu h ce matin. Je m’assure que ladicte dame royne vous escript l’occasion de l’arrest dudict prince, lequel n’a polnqtles fers comme l’on disoit, ains est servi comme paravant. mais il est bien gardé par le duc de Fériés. Don Jehan d’Austricc se laisse voir au palais, et ne s’en est pas allé, comme l'on avoit dit. Le bruit est qu’il a descellé à ce seigneur roy tous les secrets dudict prince, lequel roy dit qu'il montrera quarante causes et raisons qui l’ont contrainct d’en user ainsy, et a saisy ses papiers et escritures, et sont esté trouvés environ trente-six mil escutz, dans ses coffres, en or, un diamant qui luy a cousté vingt-cinq mil escutz, et aultres bagues qui n’en vallent pas moins. On dit qu'il s’entendoit avec les Flamands, nommément avec le seigneur de Mnntigny, et qu’il vouloit tuer son père; et tant de diverses choses s’en racontent, que je n’en puis croire le dixiesme.

Les grands seigneurs de ce royaume sont mandez venir afln de leur dire les motifs dudict emprisonnement. Ils pourront , à l'aventure , moyenner une réconciliation entre père et fils : mais flance et amitié croy-je bien qu’il n’y aura jamais. Aussy est croyable, si cette détention ira en avant, que ce roy ne sortira point de Castille, soyt pour Flandres

0) Voy. p. 524.

no Arragon ; et se faict bruit qu’il envoyera son fils en une grosse tonr du chasteau d’Arevalos, qu’il a faict réparer depuis un an. Je pense, quant & moy, qu’il ne l'esloignera pas tant, ains le tiendra en ce palais de Madrid, car il y a des chambres assez fortes pour le garder d’évader. Il ne pourra passer guères de jours qu’on ne fasse entendre aux ambassadeurs quelques mots de ce faict, alln d’en adverlir nos inaistres, et déjà le lundi matin dont il avoit esté arresté la nuict, il le déclaira à celuy de l’empereur, car c’est le plus intéressé, pour ce que, comme jn vous en ay quelquefois escript, le mariage de sa fille, qu’on appelle la princesse d’Espagne, ponrroit tirer en longueur.

La royne et la princesse de Portugal avoient délibéré de solemniser la feste de Saint-Sébastien, pour la mémoire du jour que le roy de Portugal nasquit, lequel a esté déclaré majeur cedict jour, et gouvernera d'ores en avant : néantmoins, ladicte saisie a troublé la feste, et n’y a eu sinon tristesse au palais, et les Portugais sont les plus desconsollez ou en font semblant

Ile Madrid, le ï! janvier 1568.

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