CHAPITRE XI
sa présidence, pour délibérer sur le parti auquel il s'arrêtera définitivement. — Discours du comte de Chinchon, de don Juan Manriqite et du duc d'Albe. — Assentiment qu'obtient du roi le langage de ce dernier, auquel il destine le commandement do ses troupes. — Vains efforts du prince d’Eboli pour lui faire préférer le comte de Feriu. — Berghes et Monligny tâchent, avec aussi peu de succès, d’engager le roi à envoyer aux Pays-Bas le prince d’Eboli lui-même. — Doutes sur les rapports que, suivant l’historien Cabrera, les deux seigneurs belges auraient eus avec don Carlos. — Le roi ne donne pas connaissance, d abord, à la duchesse de Parme, du choix qu’il a fait du duc d’Albe, et pourquoi. — Dispositions qu'il prend pour la concentration en Italie d’un corps de troupes considérable. — Lelties aux princes italiens. — Envoi du comte Juan de la Anguisoia aux cantons suisses, de don Juan de Acufia au duc do Savoie, de don Rcrnardino de Mendoza au duc de Lorraine. — Nomination de Francisco d'Ibarra comme provéditeur général. — Explications sur les ressources à l'aide desquelles Philippe II fit face aux frais de cet armement. — Arrivée a Madrid de l’évêque d'Ascoli, chargé par Pie V de solliciter le départ du roi pour les Pays-Bas et la délivrance de l'archevêque do Tolède. — Mécontentement que celle mission cause à Philippe 11 — Plaintes qu’il en fait au pape, dans des termes tiès-vifs, par l'intermédiaire de son ambassadeur à Rome. — Instances vaines de Berghes et de Moutigny pour obtenir du roi la permission de retourner aux Pays- Bas. — Mort de Berghes à Madrid- — Honneurs que le roi lui fait rendre. — Arrestation de Monligny, qui est enfermé d’abord à l'ai— cazar de Ségovie, et ensuite au château de Simancas, où le roi ln fait étrangler secrètement.
Berghes el Monligny devaient se mettre en route le 30 avril. Le 28, le marquis étant au Parc, où des gentilshommes de ses amis jouaient au mail , une boule vint le frapper à la jambe droite. La blessure qu’il en reçut fut assez sérieuse pour le forcer de s’aliter cl
de garder la chambre pendant plusieurs semaines (').
Montigny ne voulait pas partir seul ; il s’y décida cependant sur les instances de la duchesse de Parme cl des autres seigneurs. Il quitta Bruxelles le 30 mai. Le 17 juin, il arriva à Madrid, où, depuis plusieurs
(') Lettres de la duchesse de Parme à Philippe II, des 4 mai et 1t juin 1566, dans la Correspondance de Philippe II, etc., I. I, p. 412, 413, 419.
Dans sa le'tre française du 4 mai, elle s’exprime ainsi :
« Monseigneur, comme sur les choses quant aux seigneurs et genlilzhommes qui naguaires sont venuz présenter leur requeste, ainsi qu’il aura pieu entendre à Vostre Majesté par ce que luy en ay escripl la veille des Pasques dernières, l’on avoit, par advis des seigneurs, gouverneurs, chevaliers de l'ordre et aultres du conseil d'Kslat de Vostre Majesté, trouvé très-nécessaire que Vostredicte Majesté fût bien amplement et particulièrement adverlie de ce que depuis y est succédé, ensemble de l’estât en quoy se retrouvoient les affaires de par deçà, mesmes que à cest effect fussent envoyez devers icelle en diligence et par la poste aucuns desdicts seigneurs ayans esté présens aux consultations que se sont continuellement tenues sur reste matière, j'eslois meuo de prier et requérir les marquis de Berghes et baron de Montigny afin qu'ilz voulsissent entreprendre reste charge, estans mesmes personnages si prudens, discrelz et tant imbuz de tout ce que convient remonstrer à Vostre Majesté, oultre l’affection que tousjours j'ay trouve en eulx, tant addonnée au service d’icelle. A quoy, nonobstant beaucoup de légitimes excuses qu’ilz allégoient, tant pour le fait de leurs charges que aultrement, a la persuasion toutesfois tniesne et des aultres seigneurs, et veuillans en chose tant importante préférer le service de Vostre Majesté et le bien publicque à leur particulier, ilz s'esloient enfin condescenduz. Mais, ainsi que l'on estoit entendant à leur despesche, et eulx comme prestz pour partir, est advenu de malheur que ledict marquis, dimeuce dernier, xxvm« d'apvril (pensant partir le mardy ensuyvant), se pourmenant avec l’admirai et aultres embas de la court de ceste ville, et jouans quelques auprès à la plaine de la Palemaille, ha esté touché d’une pelolle en la jambe droicte, jusques à luy avoir arraiché une pièce de chair et descouvert l’os de la grève : chose dont par raison j’ay prins le dcsplaisir que Vostre Majesté peult considérer, pour le retardement que ce causera à son parlement et celluy dudict de Montigny. »