CHAPITRE XI
par l'ambassadeur d’Espagne à Rome, il lui avait fait exprimer son désir de le voir s’y rendre. Philippe l’avait assuré, à plusieurs reprises, que ce désir s’accordait avec ses propres intentions; mais Pie V n’en était pas persuadé, et les retardements que Philippe apportait à ses préparatifs de voyage entretenaient sa défiance à cet égard ('). La mission de Camajani avait un double objet : il devait solliciter le roi, en des termes pressants, de ne différer plus son départ pour les Pays-Bas; il avait à réclamer de lui, selon la promesse qu’il en avait faite, la délivrance du malheureux archevêque de Tolède, Bartolomé de Carranza, qui gémissait depuis sept années dans les cachots de l’inquisition, et dont le pape entendait se réserver le jugement.
Philippe reçut, peu de jours après son arrivée, l’évêque d’Ascoli, qu'accompagnait le nonce, l’archevêque de Rossano. Soit que levêque suivit à la lettre ses instructions, soit qu’il les outrepassât ( ! ), il usa de
(’) Voy. la lettre du grand commandeur de Castille au roi, du t8 septembre, dans la Correspondance de Philippe II, etc., t. I, p. 463.
(*) Pie V, après que l’ambassadeur du roi à Rome, don Luis de Requeseng, se fut plaint à lui, suivant les ordres de son maître, imputa en partie à son envoyé les expressions qui avaient déplu au roi. Voici en quels termes le cardinal de Granvelle en écrivit à Philippe il, le 23 décembre 1366 : « Su Sanlidad ba tenido y tiene mucha pena ■ dcl justo sentimiento que V. M. tiene de las formas y marieras que ha « tenido et obispo Camayani para persuadir à V. M. cosas queya ténia « delerminadas ; y à la verdad fué indiscrecion grande, y lo imputa
* S. S. parte de la culpa Es verdad que no se disculpa à simesmo del
• todo que no tenga en este ofDcio parte, mas impiitalo al desco, que « tiene tan grande, de la una y de la otra destas cosas, paresciondole « que ambas importun tanto.... - Philippe II n’admit pas cette excuse;
termes qui déplurent au plu§ haut point au roi, déjà blessé du bruit qui s’était fait autour de cette ambassade (') : car elle semblait mettre en doute la foi qu’on devait avoir en ses déclarations sur les deux points dont levèque d’Ascoli était chargé de l’entretenir. Il répondit néanmoins avec calme à l’envoyé du pape, disant qu’il remerciait Sa Sainteté de la sollicitude qu’elle témoignait pour ses affaires publiques et privées , et qu’il se trouvait bien récompensé de l’intention qu’il avait de la servir et de lui obéir toujours ( 2 ). Mais il se plaignit au pape lui-méme, par
il écrivit, à la marge de la lettre de Granvelle : • El obispo de Ascoli so « disculpa con decir que lierie orden y instruccion expresa de lo que « hizo; y à la verdad yo lo creo asi, porque las palabras que Su San- » tidad m’escribe responden mucho à eslo, y las obras que me hace • mucho mas ; y asi ya me va paresciendo que esto no se puede atribuir » â buena iotencion, sino de ruin voluntad, 6 de Su Santidad', o de las « personas à quien créé mas que à nosotros. » (L’évéque d’Ascoli se disculpe, en disant qu'il a en sa possession l'ordre exprès de faire ce qu'il a fait, et, à la vérité, je le crois ainsi : car les termes dans lesquels Sa Sainteté m'écrit correspondent beaucoup il cela, et ses actes y correspondent encore davantage. Il me parait donc qu'on ne peut attribuer ce qui s'est passé à de bonnes intentions, mais plutôt à une mauvaise volonté de Sa Sainteté, ou des personnes qu'elle croit plus que nous autres.)
PBilippe était très-blessé du refus persévérant de Pie V dq lui accorder la bulle de la cruzada.
(') Porque este dicho obispo ba usado aeà de tan malos términos
de procéder, que en la primera audiencia me propuso los dos particulares arriva diehos de tal manera y con tal forma y sombras que me hizo venir en cèlera.... » (Lettre du roi au grand commandeur de Castille, son ambassadeur à Rome, du 26 novembre 1566: Arcb. de Simancas, Eslado, leg. 901.)
(’) Lettres de l'archevêque de Hossano au cardinal Alcssandrino, des 13 et 17 novembre 1566. (Bibliothèque nationale a Madrid, MS. X I7î, pp. 49* et 195.)