CHAPITRE XI
« entendre qu’en nous' pressant hors de saison et sans « considération (la mission donnée à l’évêque d’Ascoli « a ce double caractère, surtout par la manière dont il « s’en est acquitté), elle me mettrait dans l'impossibi- « lité de me conformer en tout à ses désirs : ce que je <( regretterais extrêmement, et voudrais éviter de tout « mon pouvoir. Vous insisterez là-dessus avec tant de « fermeté que Sa Sainteté comprenne , comme nous « le désirons, à quel point nous ressentons la façon « dont on a agi envers nous, qui est si opposée à notre « condition, et que ne méritaient point l’amour, le « respect et la déférence avec lesquels je me suis « conduit et me conduis toujours envers elle. Vous « voyez, en effet, de quelle importance il est que ni « Sa Sainteté ni ceux qui sont auprès d’elle et la con- « seillent ne s’imaginent que c’est là le moyen de nous « faire faire ce qu'ils voudraient, mais qu’ils recon- « naissent, au contraire, combien l’on s’est trompé cl « l’on a risqué en cela, et qu’à l’avenir il y ait, ainsi « que l’exigent le .service de Dieu , le bien de la « chrétienté et le remède aux maux présents , une si « bonne correspondance, un respect et un amour si «• réciproques entre nous, que l'on n’en arrive jamais « à de tels termes et l'on ne donne lieu à de pareils « déplaisirs : car il n’en peut résulter qu’un grand « desservice envers Dieu et un grand contentement « de tous les mauvais, lesquels ne désirent autre «< chose que de faire entrer la défiance dans nos « esprits et nos volontés, de l’union desquels dépen- « dent leur châtiment, le recouvrement de ce qui
« est perdu , la conservation et l'accroissement du « saint-siège ('). »
P) Hablareis asimismo à Su Santidad sobre todas estas cosas. mostràudolc gran sentimiento en todas ellas. con las palabras que para este effecto veruis couvenir, y preveniendo en todo lo que pudiéredes, con vuestra prudencia y destreza, para que Su Sanlidad lise de medios convenientes de aqui adelanto, y ho violentos como estos, diciéndole las mismas palabras como aqui se os dicen, y dàndole à entender que, apretàndonos fuera de tiempo y sazon y sin considération (que todas estas partes ba tenido la négociation que e! dicho oliispo nos ha propuesto, por la via y en la forma que lo ba beebo), no podré seguir en todo la voluntad de Su Sanlidad : que séria cosa que yo sentiria en gran manera y querria escusar por todas las vias possibles. Y en todo ello baveis de cargarla ma no tan de véras que entienda Su Santidad, como deseamos, quau sentidos quedainos de que se baya usado con nosotros una tal forma de procéder, y tan agena de nuestra condicion, y no dévida al amor, respelo y observancia con que yo be tratado y trato siompre con Su Sanlidad, pues veis de la importance que es que ni Su Santidad ni los que estùn cerca y le aconsejan pieusen que este es et camino pordonde nos podràn llevar adônde quisieren, y que conozcan quanto se ha aventurado y errado en esto, y se prevenga para lo de adelante, por lo mucho que importa ai servicio de Dios, al bieu de la ebristiandad y al rcmedio do los mules présentes, que haya Lin buena corresjiondeneia y un respecto y amor Lan reciproco entre nosotros, que no se lleguejamàsâ taies términos ni dé lugarâsemejantessentimienlos, pues dellos no puede resullarsino mucho desservicio de Dios y gran conteDtamicnlo à lodos los rftatos, que no desearao otra cosa sino ver puesta sombra en nueslros ànimos y voluntades, de cuya conjonction y conformidad dépende el castigo dellos, el reparo de lo pérdido, y el augmento y conservacion dessa sanla sede.. . » (Lettre du 26 novembre 1566.)
Dans sa lettre du 23 décembre, dont nous avons déjà donné un extrait, le cardinal de Grauvelle dit au roi : « Le grand commandeur * s'est très-bien acquitté de la charge que Votre Majesté lui a donnée; » il a mis sous les yeux de Sa Sainteté la lettre originale de Votre « Majesté, avec une traduction en italien, parce que Sa Sainteté n'en- » tend pas bien l'espagnol.... A la vérité, c’est un grand ministre et qui .. sert avec beaucoup de zèle » (El comcndudor mayor hizo muy bien el olïicio en loque V. M. le mandé sobresto. y le llevô la carta original y la translation délia en ilaliano, porqtie et espaiiol no le enlicnde bien.. . I à la verdad cl es gran ministro y sirvo cou gran zelo;.
CUAPITRE XI.
Depuis longtemps déjà, Berghcs et Monlignys’élaicnt convaincus que leur présence en Espagne n’était d’aucune utilité aux intérêts de leur patrie; plusieurs fois ils avaient supplié le roi de trouver bon qu’ils prissent congé de lui. Berghes avait des raisons particulières et graves d’insister sur cette demande : tandis qu’il se trouvait au château de Yalsain, il était tombé malade au point que, pendant plusieurs jours, on avait désespéré de sa vie ('); il ne s’était rétabli qu’avec peine; sa faiblesse était encore extrême ( 3 ); l’air natal, au jugement des médecins, pouvait seul le rendre à la santé. Lui et Montigny renouvelèrent leurs sollicitations auprès du roi; ils écrivirent à la duchesse de Parme, afin qu’elle intercédât en leur faveur, rappelant à la gouvernante les promesses qui leur avaient été faites, lorsqu’ils avaient consenti à venir en Espagne (*). Vaines prières! Réclamations infructueuses ( 4 )! Le
(') Voy. la lettre d'Hopperus à Viglius, du 4 octobre 1560, dans Joach. Iloppcri Epislolae, p. 104, et celle d'Alonso de Laloo au comte de Homes, du 20 septembre , ci-dessus citée. — Tisnacq écrivait à Viglius le 24 septembre : » Monsieur le marquis de Berghes a esté à l’extrême et « jà condamné par les médecins
(*) • Sire, dernièrement que je fus chez le roy voslre frère, le marquis de Berghes et le sieur de Montigny venoient de parler à Sa Majesté pour leur congé, duquel ils eurent bonne espérance.... Ledict marquis ne se peut guères bien remectre en sa première santé, ains chemine avec le baston en la main... » (Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, du 18 janvier 1567.]
(”) Correspondance rie Philippe II, etc , t. I, pp. 498, 504, 513, 518.
(*) La duchesse de Parme, qui, dans ses lettres en français, expédiées par le canal des secrétaires d'Êlal belges, sollicitait le roi de laisser retourner Berghes et Montigny, l’engageait, dans ses lettres confidentielles en italien, à les retenir auprès de sa personne. ( Correspondance de Philippe II, etc., t. I, pp. 486, 501 .) Le cardinal de Granvclle lui
sort des deux seigneurs belges était décidé dans l’esprit implacable de Philippe II ; ils étaient voués l’un et l’autre à une mort ignominieuse. La Providence voulut toutefois que leur destinée fût différente. Le marquis de Berghes eut le bonheur de succomber à la maladie qui le minait ('), avant le temps où Philippe II s’était proposé de jeter le masque; et ce monarque artificieux, qui lui avait permis de retourner aux Pays-Bas après s’être assuré qu’il n’avait plus que quelques heures à vivre, lui fit faire des obsèques solennelles, pour montrer — ce sont scs mêmes paroles — l’estime en laquelle lui et ses ministres tenaient les seigneurs des Pays-Bas (*). Monligny,
donnait le même conseil dans des lettres du 6 décembre 4566 et du 44 mars 4567. Mais ni lui ni la duchesse ne songeaient certainement à des mesures violentes contre les deux seigneurs.
(>) Dictricbstein, dans une lettre du 26 septembre 4567, où il annonçait à Maximilien II l'arrestation de Monligny, lui disait que le marquis de Berghes était mort à temps : « Hoc rerum statu ist der Margraf von « Berges zue rcchter Zeit gestorben. » ( Quellen , etc., p. 195.)
On lira avec intérêt, croyons-nous, l'extrait suivant d'une lettre que, le 24 mai 4567, l’ambassadeur Fourquevaulx écrivait à Charles IX : « Le povre marquis de Berghes est trespassé ce malin, lequel, à ce qui « m'a esté rapporté, a dict clairement que le roy catholirque est cause ci de sa mort, pour ce qu'il l’a détenu si longtemps par force, et avec « grand détriment de sa réputation, comme s'il fût suspect de sa « loyaulté. Il fut si marry de quoy cesle Majesté s'en alla d'icy dernièo rement, sans luy donner son congé (le roi était parti le 43 pour « l’Escurial), qu'il se coucha au lict, dont il n'est jamais relevé. Et « encore que ledict seigneur roy luy eût envoyé le congé deux jours <■ après son parlement, toutesfois la passion du marquis fut si grande, • que la licence de s'en aller ne luy a de rien profilé, ains fit response « à celluy qui lu luy portoit, que c'esloil trop tard envoyer le remède « au mal. »
(*) Correspondance de Philippe II, etc., t. I, p. 536.