CHAPITRE XII
à don Alonso de Cordoba. gentilhomme de sa chambre, fils du marquis de las IN’avas, en lui disant qu’il y avait plus de six mois qu’il en avait envie, et cela sous prétexte de certaines paroles de don Alonso qui lui avaient déplu ('). Une autre fois il menaça de son poignard don Fadrique Enriquez, son majordome ( 2 ). En présence de ces faits bien constatés, et lorsque nous voyons figurer, dans les comptes des dépenses de don Carlos, des indemnités payées ù des personnes dont les enfants avaient été battus par ses ordres ( 3 ), nous ne trouvons rien d’invraisemblable à ce que
(’) Cabrera [Felipe II, liv. VII. chap. XXII, p. 470) raconte ce fait d’une autre manière; il dit que don Alonso de Cordoba, qui couchait dans sa chambre, n'ayant pas répondu à un coup de sonnette, don Carlos se leva furieux, prit don Alonso par les bras, en intention de le jeter dans le fossé du palais, et qu’aux cris de ce gentilhomme, des serviteurs du prince accoururent qui l'empêchèrent d’exécuter son dessein. Nous avons préféré la version qu'en donne l'ambassadeur de Florence, Leonardo de Nobili, dans une lettre du 24 juillet 1567 au ducCôme de Médicis; voici comment il s’exprime : « A don Alonso di Cordova, figliuolo « del marebese de las Navas, pur délia sua caméra, dette uno schiaflo,
* con dire che ne aveva patito voglia più di sei mesi, per cerle parole « che aveva dette.... * D’après une lettre du baron de Dietrichstein à l'empereur, du 10 mars 1507 (Kucu. Qucllen, etc., p. 183;, la choseavait eu lieu quelques jours auparavant.
;*) « .... Minnccio a questi giorni di pugnalata D. Federigo Enri-
ebes, suo majordomo e fratello del prior don Antonio (Lettre do
Nobili, du 24 juillet 1567 ) — Voy. aussi la lettre du docteur liernando Suarez de Tolcdo dont nous donnons plus loin, dans le texte, la traduction.
(*) « El 15 del dicho mes (octubre 4566), diô à üamian Martin, padro « de las ninas pegadas por mandado de Su Alteza, cien reales de
• limosna. » (Arch. de Simancas : Conlatlurlas generales, leg. 4 4 4 0.) Dans la Coleccion (le documentas inédilns, etc., I. XXVII, p 104, on
lit : pagadas, qui u'a pas de sens, au lieu de pegadas, que nous trouvons dans la copie qui nous a été délivrée aux Archives de Simancas.
raconte Cabrera, qu’un peu d’eau lui étant tombé sur la tète de la fenêtre d’une maison devant laquelle il passait, il commanda qu’on brûlât la maison et qu’on en mil à ntort les habitants : eet historien ajoute qu'il fallut imaginer l’entrée du saint viatique au moment où l’on allait exécuter sa volonté, pour se justilier auprès de lui de ne l’avoir point fait (').
Le caractère violent et cruel de don Carlos se manifestait jusque envers les animaux. 11 s’enferma un jour, pendant cinq heures, dans ses écuries, et lorsqu’il en sortit , une vingtaine de chevaux étaient en l’état le plus déplorable, par suite des mauvais traitements qu’il leur avait fait subir ( J ). Son père avait un cheval qui lui plaisait au point qu’on l’appelait le favori : don Carlos demanda au grand écuyer, le prieur don Antonio de Tolède, de le voir, jurant qu’il ne lui ferait aucun mal. Le prieur céda à son désir : il traita ce cheval de façon que la pauvre bête mourut peu de jours après ( 3 ).
A côté de ces actions où la méchanceté le dispute à l’extravagance, il nous faut pourlanl placer quelques traits qui prouvent que le cœur de don Carlos
(') « Porque le cayo de una ventana un poco de agua, enbio la guarda para quemarla i malur los moradores; i bolvieron diziendo (para satisfazelle) eutraba el santissimo sacramenlo del viàtico en ella, i respetaron por estosus paredes. » (Liv. VII. chap. XXII, p. 470.)
(*) Voy. la lettre du docteur Suarez.
(“) . El rey ténia un cavallo Lan para si que fué llamado el privado, i el principe le pidiô al prior don Antonio, cavallcrizo mayor, para vcrle, jurando por la vida de su padre que no le haria mal. Forçadocon tal protesta i jura, so le dio, i tratole de mancra que bievfmcnte marié. » (Cabreiu, I . c .)