CHAPITRE XII
n’était pas inaccessible à des sentiments généreux. Ainsi nous apprenons, par ses comptes, qu’il pourvoyait à l’entretien et à l'éducation d'enfants qui avaient été abandonnés (*); nous y remarquons encore qu’un malheureux, prisonnier pour dettes, ayant eu recours à lui, il lui lit tenir la somme dont il avait besoin pour sortir de prison ( 2 ). C’est que ce prince, comme le remarque Brantôme, était plein de bizarreries. Ne fit-il pas un jour dire des messes pour retrouver des pierres précieuses qu’il avait perdues ( 3 )?
La scène faite par don Carlos aux représentants de la nation, ses démêlés notoires avec le roi, sa conduite brutale envers les officiers de sa maison, les actes de violence auxquels trop souvent il se laissait aller, tout cela était commenté à Madrid d’une manière qui n’était rien moins qu’à son avantage. Dans le même temps, le public s’émut d'un bruit dont la ville était remplie : on disait que le prince n’accomplissait plus avec régularité ses devoirs religieux, qu'il ne s’était pas confessé à l’époque où il avait coutume de le faire ( 4 ). Ce bruit était-il fondé? On comprend que les
(') Voy. les extraits donnés dans la Coleccion de documentes inédites, etc., t. XXVII, pp. 44, 45, 84, 89, 90, (04. — Nous ppssédaus d'autres extraits du même genrl.
(’) Voy. le tome cité de la Coleccion, p. 100.
(*) » El dicho dia (ïï de mayo 1566), à /ray Diego de Ovando dos escudos en oro por las misas que hizo decir, porque pareciesen las piedras que se perdieron. * (Ibid., p. 110.)
(') Voy. plus loin la lettre du docteur Suarez do Toledo, du 18 mars 1567.
éléments nous manquent pour le confirmer ou le démentir (').
Le lecteur n’aura pas oublié le docteur Ilernan Suarez de Toledo, cet alcade de casa y carte, qui s’était acquis, à Aleala. l’affection et la confiance de don Carlos (*). Le docteur Suarez n’avait cessé d’y répondre par un véritable dévouement à la personne du prince; il était du très-petit nombre de ceux qui s’intéressaient à sa gloire et à sa prospérité : aussi voyait-il avec la peine la plus vive les sujets de plainte qu’il donnait continuellement au roi et les actes par lesquels il s’aliénait l’opinion publique. Déjà, après ce qui s’était passé aux cortès, il lui avait écrit pour lui faire des représentations : s’efforçant de le détourner, par de nombreuses et de solides raisons, d’un chemin qui devait ctre celui de sa perte et de sa ruine ; lui mettant devant les yeux la chute D’Icare; l’exhortant à suivre l’exemple de son père, qui avait toujours montré autant de respect que d’amour à son aïeul Charles-Quint ( 3 ). En apprenant les bruits fâcheux
(’) Nous savons cependant, d’une manière positive, par les comptes de ses dépenses, qu’il s'était approché de la sainte table le 22 mai <566 : « En Madrid el dicho dia (22 de mayo 1566) diô à los mozos de capilla un « escudo de oro que cllos prestaron para la olrenda de la comuuion del « jubileo que gané S. A. en San Gerénimo. » ( Coleccion de documentas inéditos, etc., t. XXVII, p. 110.)
(’) Voy. p. 125.
(*) M. de Castro, ftistoria de los protestantes cspanoles, p. 377, rite cette lettre d’après un manuscrit existant à la bibliothèque de l’archevêché de Tolèdo ; mais il lui assigne à tort la date de décembre 1567 : c'est de décembre 1566 qu'elle doit être.
Prf.scott, Hislory of the reign of Philip the Second, en dit aussi quelques mots.