CHAPITRE XII
Suarez disait sans détour au prince que le nombre de ses ennemis devenait de jour en jour plus grand, et qu’il n'avait point d’amis : comment pouvait-il en avoir, alors que chacun était instruit de la mésintelligence qui régnait entre lui et son père (')? « O seigneur très-éminent! — poursuivait-il — par « vos pauvres domestiques qui y° us ont servi si « longtemps sans récompense ! par ces royaumes « auxquels, à votre naissance, vous avez coulé tant « de larmes! par le saint fray Diego qui vous a « sauvé miraculeusement la vie! par Dieu lui-même « qui vous la donna, et à qui Votre Altesse doit « d’étre appelé à gouverner un jour une si grande <* monarchie! votre esclave soussigné supplie très- « humblement Votre Altesse de se convertir à ce « Dieu , de l’invoquer , de se' soumettre à sa loi. « Elle remportera ainsi la vraie et la plus belle vic- « toire; elle seca assurée de réussir dans ces affaires « qui lui causent lant de soucis. En se soumettant « la loi de Dieu, Votre Altesse gardera ses comman- « dements, elle honorera son père et lui obéira, elle
confesarse i Y qué suceso puede de esto salir que no sea de malisima ralidad como esello? Y V. A. entiende muy bien que cunnto pretendo por via de enemistad y desobediencia cou su padre, es malo y demas ofeusa de Dios i Pues como quiere V. A. que cosa de cuantas desea tenga buena salida? Y eslo se ve por todos, y V. A. déclara que lo ve mejor que nadie, y aun lo confiesa en no confesarse, pues si no fuese vieodo que es tan malo que no sufre coufesion ni comunion, no se habria V. A. apartado de olla. •
(') • .... V. A gana cada dia enemigos deelarados.... Aficionados no se los veo ni quien tenga ocasion de servirle, y viéndole cnemigo de su padre, nadie lo ha de hacer »
SS
« suivra en tout sa volonté et aura plaisir à la suivre. -< Et il en résultera que tout se fera selon les désirs « de Votre Altesse ; que Dieu lui-même en favorisera « l’accomplissement, comme il le lit toujours pour « les enfants obéissants à leurs pères (').... ••
Suarez avait. souvent demandé au prince sur quoi il se fondait pour espérer qu’en désobéissant au roi et en agissant contre son gré, il parviendrait à ses lins; il le lui demandait encore. De tels moyens, s’il en avait, ne pouvaient qu’être en opposition avec les préceptes de Dieu et contraires à toute bonté f); s’il n’en avait pas, il fournirait un prétexte à scs ennemis de le taxer de folie et d’incapacité (’). Suarez en venait alors aux actes qui avaient, en dernier lieu, excité l’animadversion publique, au soufflet donné par le prince à don Alonso de Cordoba, à la menace qu’il
(') ■ Oh senor muy alto ! por sus pobres criados que tanlo tiempo le ban servido siD prcminl por estos rcynos que lantas làgrimas le coslo su vida ! por el santo Cray Diego à quien tanto deseu honrar por el milapro de ella, y por el mismo Dios que se la did, à quien V. A. debe de babcrle hecbo sucesor de tanta monarquia, suplica bumilisimamente este su siervo à V. A. se convierta à él, y se llame à él, y se deje vcncer de solo él : con que ganarà la verdadera y mejor Victoria, y con ella tenerla cierta en eslos negocios que tan cautivo, y con vida de peor, içaen à V. A. ; y dojàndose venccrde Dios, guardarà V. A. sus mandamientos, reverenciarà y ohedecerà a su padre, seguirâ en todo su voluntad y gustarà de seguirla ; y seguiràse de ello que todo se baga à la de V. A. y que Dios lo encamine à ella, como siempre lo hizo con losbijos obedientesa suspadres ... »
(*) ■ .... Aunque tenicndolos, serian tan contra Dios y su ley y loda bondad.... »
(*} « .... Pensarlo, no habiendo alguno, es tan de todo punlo condenado y ocasionado â que baya atrevimiento, como para que los enemigos deV. A. le tengan de decir que es locuray fallu de capacidad.... ■>
CHAPITItE XII.
avait faite à don Fadrique Enriquez de le poignarder, aux vingt-trois chevaux qu’il avait accablés de coups cl criblés de blessures (') ; il ajoutait : « Que Votre ■« Àllesse songe à ce que feront et diront les gens, « lorsqu’ils apprendront qu’elle ne va pas à confesse, « et lorsqu’on découvrira, de plus, certaines choses « qui sont terribles ( a ) au point que le saint-office « aurait à s’en mêler, s’il s’agissait d’une autre « personne , pour savoir si elle est chrétienne ou « non (’). »
Enfin il lui faisait entendre qu’il s’exposait à perdre son état et, ce qui était pire encore, son àme (‘) ; que lui, Suarez, n’y voyait pas de remède, et qu’il s’en affligeait. 11 lui réitérait le conseil de se tourner vers Dieu et vers son père; il l’engageait à se mettre en rapport avec des hommes sages et sincères, et particulièrement avec le président du conseil de Castille, qui l'éclaireraient sur la conduite qu’il devait tenir.
Il concluait en le suppliant d’employer à réfléchir sur un sujet aussi grave un peu du temps qu’il con-
(') « Con esto bace V A. cuanto les paresce que no paresee bien à las genles ; y soletnnizan los bofetones, y lo de don Fadrique, y el encerrarse V. A. cinco horas y hacer mal à veinte y très caballos y no dejar cosa sana.... *•
(*) Quelles pouvaient être les choses terribles dont Suarez parle ici ? Toutes nos recherches sur ce point ont été infructueuses.
( 3 ) « Vea V. A. qué haràn y diràn todos, cuando se entienda que no se confiesa, y se bayan descubriendo otras cosas terribles, que lo son tanto que llegan à que el santo oficio tubiera mueba entrada con otro, para saber si era cristiano 6 no. »
(*) • Finalmente yo declaro à V. A. que corre peligro del estado y, lo que peor es, del aima.... »
sacrait à discourir à sa fantaisie, d’une manière préjudiciable à lui aussi bien qu’aux autres ('j.
Cette épitre, non moins hardie que respectueuse, ne dut pas déplaire à don Carlos, puisque, quelque temps après, il signa une cédule où il promettait au docteur Suarez, « son très-grand ami, » dix mille ducats pour le mariage de ses, liiles (•). Mais elle ne le fil modifier en rien ses sentiments non plus que ses actions.
Après la déclaration solennelle que Philippe II avait faite de son intention de se rendre aux Pays-Bas, comment ce voyage pouvait -il encore être mis en question? Bien des gens cependant, en Flandre, à Rome, en Espagne même, persistaient à douter qu'il se réalisât. Au mois de février, l’archevêque de Rossano eut ordre de sa cour de provoquer du roi catholique des explications à cet égard. Afin de les faire naître, l’archevêque, dans une audience où il présenta au monarque un bref du saint-père sur les affaires des Pays-Bas, lui dit que, s’il fallait en croire un bruit assez répandu, quelques-uns des seigneurs de Castille, qui n’aimaient pas à le voir s’éloigner de Madrid,
(') « .... Torno à suplicar à V. A. que de cuanto liempo gasta en discurrir à su voluntad y apétilo, en dano suyo y de todos, que V. A. lo haga algun rato eh esto en qne va tanto proverho.... »
(’) M. de Castro nous.a fait connaître cette cédule, que nous croyons devoir reproduire ici : • Digo, el principe don Carlos, que por esta « cédula, firmada de mi nombre y scilada con mi sello, os daré à vos, > el doctor Suarez, mi grandisimo amigo, diez mil ducados para quando
• pudicre, para casamienlo de vueçtras 1res hijas. Y por verdad lo
• flrmo con mi firma. De Madrid, à doce de agosto de 4567. Yo el « Principe. » ( Historia de los protestantes espanotes, p. 345.)