‹ Don Carlos et Philppe IIChapitre 34 sur 172 · CHANTRE XII · texte numérisé non relu

CHANTRE XII

qui circulaient sur son compte, il crut qu’il ne lui était pas permis de garder le silence : au risque d’encourir son indignation, il lui adressa une seconde lettre plus forte, plus pathétique que la première (').

S’autorisant d’une maxime de Caton, qui veut qu'on donne des conseils à ceux mêmes qui n'en demandent pas, quand on les aime bien, il lui disait : « Je dois aimer Votre Altesse ; je l’aime comme mon « seigneur naturel, et particulièrement pour la faveur « signalée dont elle a toujours daigné m’honorer. « Par ce motif, je ne cesse de m’inquiéter des soucis « que doit nécessairement avoir Votre. Altesse, en « songeant à l’état si périlleux où sont ses affaires, « d’après ce qu’on en rapporte; et je souhaite ardem- « ment quelle finisse par comprendre qu’elles ont « empiré au point que moi , qui désirerais tant les « voir prospérer, je crains qu elles n’aient la pire « issue dont on puisse se faire une idée 0. »

(') Cette lettre, datée du IX mars <567, a été publiée dans Elbibliotecario y et trovador espanol, coleccion de documentas interesanles sobre nuestra historia nacional, etc., Madrid, Sancha, <8il, in-fol., t. II, p. SI.

M. de Castro, qui en a eu connaissance d'après un manuscrit de la bibliothèque nationale de Madrid, lui donne la date du <8 mars <568 [Historia de tos protestantes espaiiotes, p. 367). Il est évident qu'il se trompe sur cette date, comme sur celle de l’autre lettre de Suarez.

Indépendamment du contenu même de la lettre, qui montre qu'elle se rapporte è l'année <567 et non à <568, il y a une remarque décisive qui se présente à l'esprit : c'est qu'a près l'arrestation de don Carlos, le docteur Suarez se serait gardé de l’écrire ; toute relation du prince avec le dehors fut alors, comme on le verra, rigoureusement interdite par le roi.

(*) • Yo debo amarà V. A., y hàgolo como à senor mio nalural, y particularmente por la merced y parlicular favor que siempre ha sido

Il lui rappelait ensuite que souvent, de bouche et par écrit, il lui avait parlé le langage de la vérité ; il lui déclarait qu’il était obligé actuellement de le lui faire entendre avec plus de clarté encore, et de manière que peut-être il ne pourrait pas le souffrir; mais il protestait que cette franchise lui était imposée par son zèle pour le service du prince, dont il regardait la perte comme inévitable, s’il ne changeait pas de conduite : « Votre Altesse — continuait-il — a « commencé de faire quelque chose du plus mauvais « exemple et du plus déplorable effet, en ne se eon- « fessant pas. Que peut-il en résulter qui ne soit '( très-fâcheux pour elle 9 Votre Altesse doit parfai- « lemeut concevoir qu’en se faisant l’ennemi de son « père et en lui désobéissant, elle agit mal; que, « en outre, elle offense Dieu. Et comment veut-elle « ainsi que quelqu’un des plans qu’elle a formés lui « réussisse? C’est ce qui frappe tout le monde; et « Vdtre Altesse elle -même montre quelle en est « frappée autant que personne. 11 y a plus : elle le « reconnaît en ne se confessant point, car. si le cas « ne lui paraissait pas si mauvais qu’il ne souffre ni « confession ni communion, elle ne se tiendrait pas « éloignée de la sainte table ('). » •

servido haccrme ; y ansi siempre tengo cuidado grande de! mucho que entiendo que de fuerza ha de fatigar â V. A., teniondo pus negocios en tan peligroso estado como entiendo que estàn ; y deseo en estremo que eche de ver V. A. que se han empeorado de suerte que à mi, que tanlo deseo la mejoria de ellos, otro tanto temo el suceso que pueden tener y que sea el peor que se puede imaginer. «

(') « V. A. ha comenzado eosa de tan mala nota y egemplo como es no*

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