CHAPITRE XII
sait de toute sa confiance, ii eut recours à trois médecins que celui-ci lui désigna. Ces hommes de l’art lui firent prendre un breuvage dont il ressentit de tels effets qu’il donna incontinent de certaines preuves de virilité. La joie qu’il en eut ne saurait se décrire. 11 s’empressa d’informer de ce bel exploit le baron de Dietricbstein, afin qu’il le fit savoir à Vienne; il gratifia les trois médecins chacun d’une rente de mille ducats: il en assigna une de six cents «à son barbier, ainsi qu’à l’apothicaire qui avait préparé le breuvage. La donzellc qui s’était prêtée à cette singulière épreuve reçut de lui un présent de douze mille ducats, et il fit acheter une maison pour elle et pour sa mère (').
Ces prouesses de don Carlos ne se soutinrent malheureusement pas ( J ). Faut-il attribuerai! désappoin-
(') Voy. la lettre du baron deDietrichstein à l’empereur, du 5 juin 1561 (Koch, Quellen, etc., p. !39). Dans celle lettre tout intime et confidentielle, l'ambassadeur donne îles détails qu'il uous est interdit de reproduire ici.
Fourquevnulx mondait, le 30 juin, à Charles IX : ■ Le prince est-main- « tenant en quelque opinion de demi-homme naturel : car trois siens « médecins ont fait ce qu’ils ont peu de le rendre, de deux mois en çà,
• habille et puissant d'habiter avec femme, ainsi qu’il en a faict les
* preuves : à cause de quoy chascun desdicts médecins eu a rapporté « mille escus de rente que ledict prince leur a donné et assigné, au « denier quatorze.... •
L'ambassadeur de Florence, Leonardo de Nobili, écrivant, le î4 juillet, au duc Céme de Médicis, lui parle aussi de cet événement. Voici comment il s'exprime : • A questi giorni tre medici e un barbiere suo « favorito li deltcro non so che bevanda, talchè par che cosl usasse « debolmento con una donna; e porendoli bella cosa, ordino a lei « dodlci mila ducali, e alli mcdici mille scudi d'entrata per ciascuno, «cal barbicre seicento.... »
(*) Le même jour où Fourquevaulx écrivait à Charles IX la lettre dont
tement qu’il en éprouva, l’habitude qu’il prit de courir la nuit les mauvais lieux, armé d’une arquebuse et commettant toute sorte d’insolences? Le fait nous est attesté par les ambassadeurs de Florence et de Venise ('), et les détails qui sont consignés dans les comptes des dépenses du prince, sur (Tes barbes postiches achetées par lui, sur des chemises perdues pendant des nuits qu’il avait passées dehors, ou brûlées par ses ordres dans sa chambre ( 2 ), n’y sont probablement pas étrangers.
Rien de tout cela n’échappait à la connaissance du
nous donnons un extrait à la note précédente, il en adressait une autre à Catherine de Médicis dans laquelle il réduisait à assez peu de chose l'expérience qui venait d’être faite par don Carlos, et cela d'après le dire du médecin de la reine Isabelle, • que, nonobstant lesreccptes que les « trois médecins luy ont faict user pour le rendre habille d’espouser « femme, c'est temps perdu d'en espérer lignée, car jamais il n'aura • enfants, et qu'il le sçait très-bien. •
Nobili fait allusion à la même chose dans sa lettre du 34 juillet : « Pare, dit-il, che non polendo di nuovo usar S. A. carnalmente, corne « feee quelle voila, l’afTezione ai medici vada mancaudo. »
(') » Tulta la notte va in bordellocon poca dignité e molta arroganza, • écrit Nobili le 24 juillet. — Dans sa lettre au doge de Venise, du 22 janvier 1568, qu'on trouvera à l'appendice B, Sigismondo Cavalli dit à son tour: « Tutla la notte andava armalo con arebibuzeti, commetÿndo ■ diverse insoleutie. •
Ainsi se trouve confirmé ce que rapporte Cambra, liv.VII, cbap. XXII , p 469 : • Saiia el principe de noche por la cortc con indecencia. . »
(’) « .... A Felipe Forula, gorrero de Su Alteza, cincueuta reales que Su Alteza le mandé dar por seis barbas postizas, y por el raso en que las forro, y por cintas y etras cosas que les puso ... • (Arcb. de Simancas, Contaduriax geuerales, l« época, leg. H 10.)
• El 4° de agosto (4507) se perdio una camisa de Su Alteza que la dejô una noche que fué fuera.
• El 44 de noviembre (4667), se perdio é quemo una camisa eu la càmara de Su Alteza. » [Ibid., leg. 4070.)