‹ Don Carlos et Philppe IIChapitre 72 sur 172 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

mer don Carlos (‘). Dans les réunions du conseil intime dont nous venons de parler, l’emprisonnement du prince fut sans aucun doute résolu, ainsi que la manière dont il y serait procédé, afin qu’il se fit sans résistance et sans éclat.

Don Carlos, cependant, apprenant, le 15, que son père était attendu au Pardo, se dirigea de ce côté. Il désirait avoir une entrevue avec don Juan d’Autriche et le prieur don Antonio de Tolède; il les invita à venir secrètement le trouver en un endroit situé à proximité du château. Don Juan et le prieur, après en avoir eu l’agrément du roi, se présentèrent au rendez-vous. Le prince leur parla du jubilé qu’il s’était abstenu de gagner ; il avait quelques inquiétudes à cet égard ; il désirait qu’ils ('instruisissent de la manière dont le roi avait pris sa conduite. Leur réponse fut

{’) Fourquevaulx, après avoir mandé à Charles IX, le 24 ao(5t 4567, la crainte du roi que son fils ne s'en aille en Portugal ou ailleurs, ajoute :

• A occasion de quoy, et autres jeunesses que son fils laict, il en sent « grant ennuy en sod cœur; et y a gens qui pensent que, si 11 'estoit « pour le parler du monde, il le logeroitdans une tour, afin de le rendro

• plus obéissant. • — Il écrit à Catherine de Médicis, le 5 février 4568 : « Madame, le prince d'Evoly.... a esté d'avis que je fuisse entendre à

• Vostre Majesté, sans le nommer en sorte que ce soit, que le propos de « mariage qui a esté quelquefois mis en termes par vous pour le roy

• avec la princesse aisnée de Bohesme, ne pouvuit lors vous eslre satis-

• faict ny respondu, selon vostredésir, par le roy, son maistre.s’il n’eust

• voulu gasler la résolution qu’il avoit prinse d'enserrer le prince son

• fils : car, s'il s'en fust descouvert par la plus petite conjecture, son

« desseing seroit sans eiïect, et en seroient peu sortir grandes incommodité/.... » — Suivant la lettre de l'ambassadeur de Venise du 41 février 4568, l'évôque de Cucnca lui avait dit que le roi pensait, depuis plus de trois ans, à faire enfermer son fils : « rhe era più di tre " anni cheS. C M. stava cun qnesto pensiero. • •

que le roi en avait éprouvé beaucoup dë déplaisir, mais qu’ils n’en savaient pas davantage. Après quelques autres propos, ils se séparèrent : don Carlos reprit le chemin de Madrid; don Juan et le prieur allèrent rejoindre le roi , à qui ils firent rapport de leur conversation avec son fils (').

Philippe H, nous l’avons dit, rentra à Madrid le 17 janvier. C’était un samedi. Scion sa coutume, en arrivant au palais, il sc rendit auprès de la reine, chez laquelle il trouva la princesse sa sœur. 11 n’y était que de quelques instants, quand don Carlos y vint pour le complimenter à l’occasion de son retour. L’attitude du prince était pleine de respect; celle du roi ne décelait ni colère, ni mécontentement.

En quittant l’appartement de la reine, don Carlos emmena don Juan, qui y avait accompagné le roi; il le conduisit dans sa chambre, dont il ferma les portes, et y resta en conférence avec lui pendant plus de deux heures. Ce qui sc passa entre eux, on ne le connaît pas d’une manière bien positive; des relations différentes en existent. D’après celle qui nous paraît la plus digne de créance, don Carlos voulait qu’à minuit don Juan lui apportât les dépêches dont il avait besoin pour

(') Nous adoptons ici, ot dans la plupart des détails qui vont suivre, la version contenue dans une lettre que renferme un manuscrit de la Itihliotliéque nationale do Lisbonne. Quoiqu'on ne voie ni par qui cette lettre a été écrite, ni a qui elle est adressée, la précision des faits qui y sont rapportés et le secret qu’on y demande ne nous laissent guère do doute qu’elle ne soit l'ouvrage d’un des principaux personnages de la cour. On pourra en juger au surplus ; nous la donnons dans l'Appendice I).

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