‹ Don Carlos et Philppe IIChapitre 86 sur 172 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

l’égard de son fils, tout lui faisait une loi de montrer, en celte occasion, une grande déférence au saint-père. Sa lettre était ainsi conçue :

« Très-saint-père, l’obligation qu’ont tous les princes chrétiens (et que j’ai en particulier, étant un si dévoilé et si obéissant fils de Votre Sainteté et de ce saintsiège) de rendre compte à Votre Sainteté, comme au père commun, de leurs faits et de leurs actes, surtout lorsqu’il s’agit de choses notables et extraordinaires, me met dans le cas de vous avertir de la résolution que j’ai prise d’arrêter et d’enfermer le sérénissime prince don Carlos, mon fils aîné.

« Il pourrait suffire, pour la satisfaction de Votre Sainteté, et pour qu’elle fit de cet acte le jugement que je désire, de lui laisser considérer, d’abord, que je suis père et que l’honneur, la réputation et le bien dudit prince me touchent au dernier point; ensuite, que, de mon naturel, comme Votre Sainteté et le monde entier le savent, je suis si éloigné de commettre une injustice, et de procéder en une matière de celte importance sans y avoir mûrement réfléchi et sans de graves motifs. Néanmoins il est bien que Votre Sainteté apprenne que , dans l’éducation dudit prince, depuis son enfance, dans le service, la compagnie et le conseil qui lui ont été donnés, dans la direction de sa vie et de scs habitudes , on a eu l'attention et le soin que pour l’institution d’un prince, héritier présomptif de tant de royaumes et d’Etats, on devait avoir; qu’on a employé tous les moyens convenables afin de réprimer quelques excès qui procédaient de sa nature

et de son caractère, et de réformer ses penchants; que, pendant tant d'années, jusqu’à l’âge où il est parvenu aujourd'hui, on a essayé de tout, et que rien n’y a fait ; que les choses, finalement, ont été portées si loin que, pour accomplir ce que je dois au service de Dieu et au bien de mes royaumes et États, je me suis vu absolument forcé, avec la douleur et le regret que Votre Sainteté peut comprendre, puisqu’il s’agit de mon fils aîné et unique, de faire ce changement par rapport à sa personne, et de prendre une telle résolution, fondée sur de si sérieuses et de si justes causes.

« Je suis donc assuré qu’autour de Votre Sainteté, que je désire et prétends satisfaire en tout, de même qu’en quelque autre partie du monde que ce soit, ma détermination sera tenue pour aussi équitable, aussi nécessaire, aussi conforme au service de Dieu et à l’avantage du public qu’elle l’est réellement. Et. attendu que des suites qu’aura celte affaire, et de ce qu’il y aura lieu d’en communiquer à Votre Sainteté, elle en sera informée quand il le faudra, il ne me reste ici qu'à supplier très-humblement Votre Sainteté, puisque, étant son vrai fils, tout ce qui me touche doit cire envisagé par elle comme la louchant personnellement, de la recommander, avec son saint zèle, à Dieu, notre seigneur, afin qu’il la conduise de manière que nous exécutions en tout sa volonté.

« Dieu garde la très -sainte personne de Votre Béatitude, et lui donne de longs jours pour le bon

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