ACTE I, SCÈNE III
Je n’ai qu’un fils , madame : et c’est vous dire assez Comment ses attentats peuvent être effacés.
Élisabeth, avec une surprise involontairement témoignée.
Quoi !
PHILIPPE
Je l'avais prévu. Je craignais la réponse Que déjà de sa part votre trouble m’annonce.
Élisabeth, réparant son trouble avec beaucoup de
dignité.
Moi, seigneur? — Votre fils, instruit de vos décrets, Pourra vous confier ses sentimens secrets.
Mais , puisque ma surprise a besoin qu’on l’explique , Qui l’eût cru jusqu’ici que votre politique,
Attentive à borner le pouvoir de l’irifant.
Lui donnât pour beau-père un rival si puissant ?
Des intérêts des rois telle est donc l’inconstance ! D’un nœud jadis suspect vous vantez l’importance; Vous le jugez utile ! — Il suffit. Et vos lois Dans le cœur de Carlos consacreront ce choix.
11 les suivra sans doute. Oui , sa vertu plus pure Va rouvrir votre oreille au cri de la nature.
PHILIPPE
Vous l’espérez ?
ÉLISABETH
Seigneur, craignez-vous d’y compter ?
Philippe , affectant la plus entière sécurité.
Hé bien ! du même espoir je me laisse flatter:
Mon âme, à vos discours dont le charme l’entraîne,
Se dégage aisément du fardeau de sa haine.
Si j’ai paru trembler, c’est d’avoir à punir.
Ciel ! qu’entends-je ? Ah ! Seigneur, que de maux vont finir ! Que Carlos, désormais empressé de vous plaire,
Ya revoler content dans les bras de son père I Ne les lui fermez plus. Non, la haine jamais Ne sépara vos cœurs dont on trouble la paix.
L’artifice et l’envie en brisaient seuls la chaîne :
Dans cette cour perfide , où mon œil se promène A travers cent détours par l’intérêt formés,
Deux ennemis du prince, à sa perte animés,
N’entretenant leur roi que de projets sinistres,
Ont su....
PHILIPPE
Je vous entends. Laissez à mes ministres Tout l’embarras d’un poste entouré de hasards. —
Sur quels tristes objets sont tombés vos regards ! Détournez leur éclat de ces fronts toujours sombres ,
Faits pour la politique, et vieillis dans ses ombres. Brillante à mes côtés de jeunesse et d’appas,
Régnez. — Charmez ma cour, et ne l’observez pas.
Aux seuls plaisirs du trône abandonnez votre âme. —
Le reste exige un soin que je prendrai , madame.
Vous m’avez entendu. — Docile à mes avis ,
Laissez-moi me charger du destin de mon fils.