ACTE II, SCENE IL
Du roi qui les prescrit vous combattez les vœu x : Cependant votre cœur que l’artifice assiège ,
Croit pouvoir s’applaudir d'échapper à soir piège;
Hé ! de quels ennemis l'implacable courroux Vous deviendrait jamais plus funeste que vous?
CARLOS
Qui ? moi, que de mon rang descendu par prudence, Je doive à deux sujets me soumettre en silence !
Tu ne m’as pas suivi: tu n’as pas su l’affront Dont mon père à leurs yeux a fait rougir mon front. Vois si j’ai dû céder au transport qui m’entraîne. — - Plein d’un espoir fondé sur l’appui de la reine ,
Plein d’un amour de fils que, malgré sa rigueur,
Le roi n’a point encore effacé de mon cœur ,
J’allais, devançant l’heure à l’état consacrée,
Aux portes du conseil épier son entrée.
Je pensais, à mon tour , dans mes transports plus doux. Lui surprendre un regard désarmé de courroux :
Qui sait même où m’aurait emporté ma tendresse ? Qui sait si de ses yeux la plus simple caresse ,
' Dégageant mes esprits d’un reste d’embarras ,
Ne m’eût point, tout à coup, fait voler dans ses bras ? Il parut. — Ses regards, son front, tout son visage, Semblaient enveloppés d’un sinistre nuage.
Il ne jetait sur moi que des yeux ennemis.
Majestueux, mais sombre, il observait son fils.
J’ai senti, cher Alvar, à çet aspect farouche, L’accent de la nature expirer dans ma bouche ,
Mon cœur , prêt à s’ouvrir , se refermer soudain ,
Et mesuras étendus retomber sur mon sein.
„ J'ai reconnu Philippe où je cherchais mon père. — - Cependant il m’aborde ; et d’une voix sevère :
» J’ai réglé votre sort. 11 y faut consentir.
» Mes ministres instruits 1 , vous en vont avertir.
» Éceutez-les. » — Il passe, et m’abandonne en proife A deux traîtres remplis d’une insultante joie ,
Qui , de leur maître encore affectant le pouvoir , M’ont du joug qu’il m’apprête osé faire un devoir. Que leur répondre , Alvar? Un dédaigneux silence Leur a dit de mon cœur la juste résistance.
Mais c*étâit pour leur haine un trop faible secours : Ils s’attendaient sans douté à quelques vains discours Qu’aurait empoisonnés leur malice assidue.
C’était dans cet espoir iju’ils recherchaient ma vue.
Et j’ai dû voir encor deux indignes rivaux!
J’ai dû m’offrir peut-être à des affronts nouveaux ! Ah ! dans un rang obscur courons cacher ma vie,
S’il faut flatter la haine et sourire à l’envie.
Si redoutant sans cesse un coup prêt à frapper, Voisin du ràitg suprême, il faut encor ramper!
ALVAR
Oui, vous pourriez vous plaindre, et votre ame offensée
Me Verrait du parti ile sa fierté blessée,
Si vos refus, seigneur , n’avaient eu pour objet Que de ne point souscrire aux ordres d’un sujet.
Mais pour la mieux connaître interrogez cette âme : L’amour n’arme-t-il point le courroux qui l’enflamme î Un hymen digne en tout du sang dont vous sortez. ..
. ,:i ! . -, . .CARLOS. ; . . 1
Ah ! cache à ma raison ces tristes vérités, »