‹ Don Carlos, tragedie en cinq actes et en vers, par feu Lefevre. Representee, pour la premiere fois, par les Comediens du Roi, sur le Second TheatreFrancais, le mercredi, 20 decembre 1820. Dediee a S.A.S. monseigneur le duc d'Orleans, premier prince du sangChapitre 19 sur 65 · ACTE II, SCÈNE II. ai · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II. ai

Cruel. Épargne-moi la lumière imprévue Du flambeau qu’avec soin j'écartais de ma vue;

Et s’il me reste encor quelque agréable erreur ,

Crains d’en priver ton maître : il en faut au malheur. — Le malheur, cher Alvar , dès ma plus faible aurore, Viutme frapper d’un trait qui ine déchire encore: Mes yeux à peine ouverts, dans cette cour en deuil, N’ont, pour premier spectacle , aperçu qu’un cercueil. J’ai des faveurs du ciel perdu la plus chérie;

Une mère : sa mort fut le prix de ma vie.

Hélas! rien ne remplace un bien si précieux,

Et mon père est celui qui m'en instruit le mieux. Charle eut des droits, saris doute, à ma reconnaissance. Les bontés d’un grand homme honoraient monenfance : Mais, victime à son tour de la commune loi,

Il laissa son élève à la merci d’un roi.

A ma jeunesse enfin l’ainour offrant ses charmes,

Me tendait son bandeau pour essuyer mes larmes; On m’ordonnait d’aimer : qu’ai-je fait qu’obéir? Dépendait-il de moi d’étouffer, d’amortir Ce feu trop allumé lorsqu’on voulut l’éteindre?

Que dis-je? à le nourrir tout semble me contraindre. Dis-moi, d’Élisabeth les charmes enivrans Trouvent-ils à la cour des cœurs indifférons? Regarde, en quelque lieu qu’elle vienne à paraître, Le plaisir de la voir, l’amour meme peut-être,

D’un peuple admirateur précipitant les flots,

Tout Madrid pour sa reine a le cœur de Carlos. Alvar, un plus beau titre à mes yeux la décore :

Sur les plus nobles cœurs le sien l’emporte encore.

•Oui, si ses droits au trône étaient moins absolus,

Elle y devrait monter par le droit des vertus. —

O sort ! c’était à moi que ta faveur première - Donnait... Que de larcins qui condamnent mon pèr^!

A cette perte, hélas! s’il bornait mon malheur!

Mais m’offrir une main que repousse mon cœur !

A l’amour qu’il immole ordonner l’inconstance!

Vouloir commander même à mon indifférence!

Promener mes esprits de la crainte à l’espoir !

M’écraser à loisir sous le joug du devoir !

Lier toujours ma foi, lorsqu’il veut tout enfreindre !

C’est ainsi qu’il me traite; et tu crains de me plaindre!

ALVAR

Je crains de vous flatter. J’aurais voulu, seigneur.

Que , d’un monarque encor ménageant la grandeur , Vous parussiez contraint, sans vous montrer rebelle. Peut-être il ne voulait qu’éprouver votre zèle.

D’ailleurs, voyez les maux dont je frémis pour vous.

, Quoique Philippe encor n’ait point paru jaloux ,

Philippe est soupçonneux, et d’autant plus à craindre Qu’aux fureurs des soupçons unissant l’art de feindre, Prompt à les concevoir , mais sans les confier,

11 n'offre aucun moyen de se justifier. *

Averti des refus qu’à ses lois on oppose ,

Doutez-vous que bientôt il n’en cherche la cause ? L’amour laissé aisément échapper son secret ;

Un seul regard, un geste, un soupir indiscret,

De vos persécuteurs peut seconder la haine.

Je crains jusqu’à l’appui que vous prête la reine.

Unie à vos périls d'un éternel lien,

Sa funeste pitié...

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