‹ Don Carlos, tragedie en cinq actes et en vers, par feu Lefevre. Representee, pour la premiere fois, par les Comediens du Roi, sur le Second TheatreFrancais, le mercredi, 20 decembre 1820. Dediee a S.A.S. monseigneur le duc d'Orleans, premier prince du sangChapitre 24 sur 65 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Élisabeth, vivement.

Il est un moyen juste, aisé, magnanime

D’arracher son aveu , seigneur , et son estime. — Vous voyez la révolte et les sanglans débats Qui du sein de la Flandre agitent ses Etats.

Le duc, en vain choisi pour câliner cet orage',

Laissa chez les Flamands moins d’effroi cpie de rage. C’est son pénible emploi, Carlos, qu’il faut briguer. Montrez-vous aux mortels qu’il n’a pu subjuguer ; Contre leur vaine audace armez votre vaillance ; D’un père, au milieu d’eux, consacrez la puissance. Allez plus loin; l’amour fait seul régner les rois ,

Aux décrets d’un monarque assqciez sa voix.

Que la bonté du fils fasse adorer le père ;

Que goûtant les douceurs d’un tribut volontaire, Philippe vous les doive , et vous revoie un jour Suivi de mille cœurs rapportés par l'amour.

Vous obtiendrez alors de sa reconnaissance Quelque autre occasion d’illustrer votre absence,

De vaincre, en vous domptant, ses rivaux combattus , De sentir vos honneurs croître avec vos vertus ,

Et de placer enfin votre heureuse mémoire

Au rang des plus beaux noms que nous vante la gloire.

CARLOS

La gloire ! — Ah ! je l’aimai tant qu’un espoir plus doux M a dit que mes honneurs rejailliraient sur vous.

Aux transports de l’amour cette ivresse ajoutée N’eut qu’un trop grand pouvoir sur mon âme enchantée. Du sort qui m’accabla c’est un nouveau larcin.

Je perdis tout , madame , en perdant votre main ,

Ma vertu , mon bonheur.

éli s abeth , plus vivement encore.

Non , je ne puis vous croire :

Lè cœur qui m’a su plaire est fidèle à la gloire.

Vous m’offrez contre vous des secours superflus;

Et vous l’aimez encore,... ou vous ne m’aimez plus:

Ce mot m’est échappé ; mon devoir le condamne.

Oui , j’attends vos succès d’une ardeur moins profane. Oui , le sang dont il sort doit suffire à Carlos Pour emporter ses pas sur les pas des Héros.

Parlez : de Charles-Quint l’exemple et le présage, N’aiguillonnent-ils plus votre jeune courage îV Où sont-ils ces exploits qu’il vous a tant prédits ? Qu’est devenu l’honneur qu’il léguait à son fils ? Rappelez-vous ces temps où sa main triomphante Aidait votre démarche encor faible et tremblante , Cultivait votre audace , et mêlait à vos jeux L’image des combats qui l’ont rendu fameux.

Votre œil donnait de vous le plus brillant augure.

Ce grand homme y lisait votre valeur future ; ;

Il élevait son fils sur ses bras redoutés ;

Son feu passait, dit-on, dans vos sens agités:

Et d’un cœur déjà grand vos larmes émanées Mouillaient son front chargé de lauriers et d’années.— Mais quoi ! la même ardeur semble vous dévorer. Prince , vous ferez plus qu’il n’osait espérer. . .

Du séjour des héros son ombre descendue ,

Sur vous en ce moment daigne arrêter la vue.

Au sentier de la gloire il vous fraie un chemin ,

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