PHILIPPE, CARLOS
CARLOS
Moi , votre fils! — quel nom venez-vous de me rendre ! Qu’après tant de rigueurs je me plais à l’entendre !
Dans quel moment enfin plus doux , plus fortuné, Offrirais-je à mon roi ce sang qu’il m’a donné ?
( Arec véhémence. )
Oui , l’ardeur de la gloire à vos regards m’amène , Seigneur. N’arrêtez plus le transport qui m’entraîne.
A l’ombre de la cour, un indigne repos
Fit languir trop long-temps la valeur de Carlos.
De l’éclat des grands noms mon audace frappée En murmures suspects s’est peut-être échappée.
Souffrez que je vous quitte; et dans peu votre fils,
Aura fait confesser, même à ses ennemis,
Que de tous vos sujets pleins d’un respect fidèle,
Le premiei>par son rang, l’est encor par son zèle.
PHILIPPE. I
Quel est donc ce dessein , prince^? et dans quels climats
Ce zèle autorisé conduirait-il vos pas ?
CARLOS
Me le demandez-vous? Aux lieux où la victoire Avec plus de dangers peut m’offrir plus de gloire ; Aux lieux où l’intérêt et d’un père et d’un roi D' un succès plus utile honorerait ma foi.
De tant d’états, seigneur, dont vous tenez les rênes. Un seul, près d’échapper à vos mains souveraines.
De ses droits violés s’arme contre vos droits:
La Flandre est un théâtre ouvert à mes exploits ; J’irai : j’y forcerai tous les cœurs à se rendre;
Du malheureux d’Egmont j’apaiserai la cendre.
Son sang y crie encor. Mais au lieu de bourreaux. On verra des soldats,... et peut-être un héros. —
Je sens que je m’emporte , et l’ardeur de vous plaire Me fait crpire. ...
\ PHILIPPE
Ecoutez. Je perce le mystère Que cache un vain projet dont on croit m’éblouir. Votre orgueil dès long-temps était las d’obéir.
Chez ce peuple indocile aux décrets de son maître , Politique, ennemi, vous brûlez de paraître;
Et, de son juge enfin devenu son appui,
Vous pensez à mes lois vous soustraire avec lui.
Vous ne me trompez point.
CARLOS
Hé, seigneur! hé, mon père !
L’expression du cœur vous est-elle étrangère ?