ACTE III, SCÈNE IV
Le doute éclaire un roi; je ne puis le nier :
Mais de son propre sang se doit-il défier?
( Après une pause préparatoire.)’
Seigneur, aucun des yeux qui vous gênent peut-être Ne compromet ici la dignité d’un maître :
D’un jour nouveau pour nous saisissons les appas. Nous sommes seuls, seigneur; daignez m’ouvrir vos bras. Plus de roi; soyez père, un fils vous en conjure. Essayez, un instant, de sentir la nature.
Priverez-vous ce fils de tant de souverains D’un bonheur qu’elle accorde aux derniers des humains, Du charme universel, du droit saint et vulgaire De rencontrer du moins un ami dans son père ?
Le mien m’abandonna jusqu’à ce jour heureux.
Ma mère est dans la tombe et se joint à mes vœux. » Sa gémissante voix vous appelle , vous crie :
« Aime pour moi l’enfent qui m’a coûté la vie. >i Dieu! j’ai cru voir vos pleurs! ne cachez point...
Philippe, pressé par la compassion , et s' ejforcant d'y résister.
Mon fils !
c a r i»o s , tombant aux pieds du roi.
Ah ! mon père ! . • •
• philippe, a part.
Où laissé-je égarer mes esprits 2
• > , CARLOS
Mon père ! *
Philippe, a part.
Est-ce bien moi qu’on s’efforce à surprendre? CARL OS.
Mon père , ouvrez vos bras à l’ami le plus tendre.
PHILIPPE
( D’une voix forte, et surmontant Sa pitié. )
Levez-vous; je l’ordonne, ou je quitte ces lieux. —
( Carlos se relève avec précipitation , et le roi dit les vers suivans avec un reste d’émotion qui s’affaiblit par degrés. )
Mon fils, des pleurs, sans doute, ont coulé de mes yeux. Mais ce cœur incertain , que votre absence alarme , Ne vous en croira pas sur la foi d’une larme. Remettons nos esprits, pour écouter la voix De la seule raison , souveraine des rois ;
Et vous laissant enfin guider par mes lumières , Méritez qu a mon tour je cède à vos prières.
( Il prend un maintien plus calme, et il doit, dans le resle de celt» tirade, allier ;1 une sorte-de dévotion hypocrite l’air de vouloir pénétrer dans le coeur de son lils. )
Depuis douze ans je règne, et rends grâce aux destins Qui de sceptres sans nombre ont enrichi mes mains; Mais, prince, à m’agrandir quelque soin que j’applique. Moins fier, de mon pouvoir que du nom catholique , Je dois au saint pontife, au monde, à mes aïeux, D’être digne , avant tout, d’un nom si glorieux,
Et d’honorer l’emploi de ces juges austères A qui Rome a commis ses rigueurs salutaires. — Vous, dont l’aveugle orgueil s’obstine à les haïr; Vous, né pour commander,,., mais fait pour m’obéir. Prince , allez voir leur chef; quelque pieux hommage De vos torts aisément réparera l’outrage.
De leur haine affranchi , ménagez avec soin Deux sujets éprouvés dont Philippe a besoin.
( Il doit marquep le vers suivant. )
Et'si de vos refus la cause est innocente,
Acceptez le beau nœud que l’hymen vous présente.