ACTE III, SCENE IV
Dans mon âme, à ce prix, vous obtenez des droits;
3e bannis mes soupçons, et permets vos exploits.
CARLOS
( il se fait un moment, et laisse voir l'effort qu’il se fait pour répondre avec modération. )
S’il était vrai , seigneur, qu’en secret mon absence D’un coupable süccès m’eût ofTert l’espérance ,
A ces conditions vous me verriez partir Et je vous trahirais jusqu’à vous obéir.
Certes, du rang de prince un assez long\tsage M’en ferait au besoin saisit tout l’avantage.
La faveur d’un regard, d’un mot, d’un doux accueil, Des cœurs que j’effarouche apprivoisant l’orgueil ,
Est un piège où bientôt j’engagerais peut-être Ces tigres caressés par le fils de leur maître;
Et l'art de présenter son front sous un faux jour N’est pas une vertu qu’on ignore à la cour.
Mais je cherche un triomphe obtenu sans bassesse. Loin du cœur de Carlos cette indigne faiblesse De mendier ma 'gloire aux pieds du vil mortel Qui d’horribles bûchers entoure ici l’autel.
Dont le' glaive envahit les droits du diadème,
Et sappe , en la vengeant , la religion même ! — Quant à vos favoris , je ne saurais penser Qu’un père ait devant eux prétehdu m’abaisser.
Vous m’éprouviez, seigneur, et j’ai dû le comprendre. Toutefois, permettez qu’un fils Vous fasse entendre Que s’il faut les flatter, ou subir le trépas,
Un mot me sauvât-il ,... je ne le dirai pas.
• PHILIPPE
Prince !
CARLOS.-
A ce franc aveu montrez moins de colère.
(La suite avec beaucoup de ménagement et de respect. )
Il est d’autres refus plus faits pour vous déplaire, Seigneur; et je n’attends que de votre bonté Le généreux pardon de ma témérité.
( Philippe observe son fils avec pins d’attention que jamais.) <■
Sur l’hymen qu’on m’impose il faut que je prononce. — Jadis l’obéissance eût été ma réponse ;
Mais, de soims et d’ennuis surcjiagé chaque jour,
Moq cœur n’a plus de place à donner à l’amour.
(Philippe, à ce dernier vers, montre, par un mouvement trèsmarqué , sa colère et ses soupçons. )
Souffrez, sans m’asservir à des nœuds que j’abjure , Qu’il soit tout à la gloire et tout à la nature. .
(PhUippe , qui durant le cours de ces deux derniers vers a préparé sa sortie, jette sur son fils un coup d'oeil d'indignation-, et le quitte sans lui -répondre. O
; SCÈNE y.
C A R L O S , seul.
Voilà mon père. — O honte ! ô dernier coup du sort !
Il fuit ; et son silence a prononcé ma mort. —
Mais quel doute effrayant aggrave encor ma peine l Ai-je dans ma ruine enveloppé la reine ?
Le ciel a-t-il permis qu’un mot mal entendu Ait aux soupçons du roi livré tant de vertu ?
Qui m’en éclaircira ? — Je suis seul. — Ma disgrâce Agit sur tous les cœurs , les écarte ou les glace; Aucun d’eux aujourd'hui ne m’est-il donc resté? Hélas! j’en avais tant dans ma. prospérité !
Je n’en ai plus. — Hé bien! à toi seul je m’adresse ,