ACTE III, SCÈNE VII
Mais quoi! vous balancez, seigneur! et vos soupçons De l’infortune , hélas ! sont les tristes leçons.
Il faut les dissiper ; il faut que tua franchise D’un gage indubitable à vos yeux s’autorise.
( Il regarde autour de lui , de l'air d’un homme qui craint d'étre observé ; et se rassurant , il s’approche du prince et lui dit à voix basse,' mais avec action : )
Recevez donc sur l’heure , au nom de mon pays ,
Au nom de tous nos droits que Philippe a ravis ,
(Montrant Alvar.)
Recevez, sous les yeux de cet .uni fidèle,
Ma foi , mon juste hommage et les vœux de mon zèle. Des états de la Fandre opprimés comme vous Un secret émissaire embrasse vos genoux.
carlos , craignant qu’on ne le voie , et T empêchant de tomber à ses pieds.
Ah! que fais-tu ?
Fernand, avec chaleur et rcqndité .
Cher prince , armez-vous de courage :
Du ciel dans mes destins reconnaissez l’ouvrage. 4 Tandis qu’un roi parjure, au mépris des sermens Que votre illustre aïeul fit jadis aux Flamands , Chargeait d’impôts ce peuple et nous donnait pour maître Un sénat d’assassins présidés par des prêtres ;
Chez notre oppresseur même , à sa cour, près de lui* J’ai su, dans mes malheurs, me former un appui.
J’y possède , inconnu , ce nom , cet heureux titre Qui me «rend de vos pas et le garde et l’arbitre.
Eh ! quel autre qu’un dieu qui combattait pour nous ,
A travers tant d’écueils m’eût conduit jusqu’à vous? Mais ne différez plus ; nos peuples vous attendent ;
Armés contre Philippe , à vous seul ils se rendent. Est-ce assez vous convaincre et fonder notre espoir ? Faut-il une autre preuve ? elle est en mon pouvoir.
( Avec plus de mystère.)
Ce sein cache un traité dont vos veux vont s’instruire,
Si dans des lieux plus sûrs vous daignez m’introduire. Votre austère vertu peut le désapprouver ,
Il peut me perdre enfin:... pourrai-je vous sauver?
(Avec une confiance entière, mais précédée d’un peu de réflexion. )
Citoyen valeureux , je consens à te suivre.
L’intérêt du roi même entre tes mains me livre.
Oui, l’espoir d’accorder sa puissance et vos droits. Mort au sein de Carlos , s’y réveille à ta voix.
Mon aïeul vous aima; votre amitié m’est chère :
Je recevrai vos cœurs pour les rendre à mon père. — Ne crois pas cependant , si quelque obstacle encor, Trompant ici ton zèle, arrêtait notre essor,
Que j’abandonne en lâche à Philippe en furie Le secret des Flamands- que ta foi me confie.
Viens. Sous des murs discrets , avant que de partir Voyons à leur traité si je dois consentir.
Sur mon sort, sur mes vœux tranquillisons la reine.* 1 — Et toi ; si la' vertu n’est pas une ombre vaine ,
Ciel ! permets son triomphe , et qu’en dépit du roi ,
Le chemin de l’honneur s’ouvre encor devant moi.