‹ Don Carlos, tragedie en cinq actes et en vers, par feu Lefevre. Representee, pour la premiere fois, par les Comediens du Roi, sur le Second TheatreFrancais, le mercredi, 20 decembre 1820. Dediee a S.A.S. monseigneur le duc d'Orleans, premier prince du sangChapitre 40 sur 65 · ACTE III, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VII

Mais quoi! vous balancez, seigneur! et vos soupçons De l’infortune , hélas ! sont les tristes leçons.

Il faut les dissiper ; il faut que tua franchise D’un gage indubitable à vos yeux s’autorise.

( Il regarde autour de lui , de l'air d’un homme qui craint d'étre observé ; et se rassurant , il s’approche du prince et lui dit à voix basse,' mais avec action : )

Recevez donc sur l’heure , au nom de mon pays ,

Au nom de tous nos droits que Philippe a ravis ,

(Montrant Alvar.)

Recevez, sous les yeux de cet .uni fidèle,

Ma foi , mon juste hommage et les vœux de mon zèle. Des états de la Fandre opprimés comme vous Un secret émissaire embrasse vos genoux.

carlos , craignant qu’on ne le voie , et T empêchant de tomber à ses pieds.

Ah! que fais-tu ?

Fernand, avec chaleur et rcqndité .

Cher prince , armez-vous de courage :

Du ciel dans mes destins reconnaissez l’ouvrage. 4 Tandis qu’un roi parjure, au mépris des sermens Que votre illustre aïeul fit jadis aux Flamands , Chargeait d’impôts ce peuple et nous donnait pour maître Un sénat d’assassins présidés par des prêtres ;

Chez notre oppresseur même , à sa cour, près de lui* J’ai su, dans mes malheurs, me former un appui.

J’y possède , inconnu , ce nom , cet heureux titre Qui me «rend de vos pas et le garde et l’arbitre.

Eh ! quel autre qu’un dieu qui combattait pour nous ,

A travers tant d’écueils m’eût conduit jusqu’à vous? Mais ne différez plus ; nos peuples vous attendent ;

Armés contre Philippe , à vous seul ils se rendent. Est-ce assez vous convaincre et fonder notre espoir ? Faut-il une autre preuve ? elle est en mon pouvoir.

( Avec plus de mystère.)

Ce sein cache un traité dont vos veux vont s’instruire,

Si dans des lieux plus sûrs vous daignez m’introduire. Votre austère vertu peut le désapprouver ,

Il peut me perdre enfin:... pourrai-je vous sauver?

(Avec une confiance entière, mais précédée d’un peu de réflexion. )

Citoyen valeureux , je consens à te suivre.

L’intérêt du roi même entre tes mains me livre.

Oui, l’espoir d’accorder sa puissance et vos droits. Mort au sein de Carlos , s’y réveille à ta voix.

Mon aïeul vous aima; votre amitié m’est chère :

Je recevrai vos cœurs pour les rendre à mon père. — Ne crois pas cependant , si quelque obstacle encor, Trompant ici ton zèle, arrêtait notre essor,

Que j’abandonne en lâche à Philippe en furie Le secret des Flamands- que ta foi me confie.

Viens. Sous des murs discrets , avant que de partir Voyons à leur traité si je dois consentir.

Sur mon sort, sur mes vœux tranquillisons la reine.* 1 — Et toi ; si la' vertu n’est pas une ombre vaine ,

Ciel ! permets son triomphe , et qu’en dépit du roi ,

Le chemin de l’honneur s’ouvre encor devant moi.

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