ACTE IV, SCENE II. 5i
Aux regards de Fernand n’a paru qu’en secret. Fernand respectera ce scrupule sévère Qui de vos tendres soins fait au prince un mystère \ Mais avant de partir, madame, il m’a laissé Cet écrit par Carlos à vous seule adressé;
Et , pour hâter leur fuite , il m’a fallu promettre Que mes fidèles mains yous remettraient sa lettre.
ÉLISABETH
Donne. A l’entendre encor je veux bien consentir: D’un malheureux amour c’est le dernier soupir.
(Elle lit.)
« J’étoufle , à votre exemple , une afdeur criminelle.
» Ouhliez-moi. Je pars ; et presque au radine instant u Du plus fatal traité je reçois la nouvelle.
» Si je veux des Flamands épouser la querelle,
» Ils m’en nomment 4’arbitre , et leur sceptre m'attend.
(Elle s’arrête, et dit avec indignation : )
Ciel!
( Elle continue de lire. )
» Cachez bien au roi ce billet important.
(Le reste avec une joie très-marquée. )
» Vos leçons , toutefois , vivent dans ma mémoire •
» Pour l'état et pour lui je cours les signaler.
» Vous , rendez à son cœur, fier un jour de ma gloire, u Cette paix qu’en notre Ame il se plut à troubler. »
( Avec transport. )
Hé bien ! chère Eugénie , un cœur si magnanime A-t-il assez du mien justifié l’estime?
Quel départ! — quel écrit! qu’il est plein de sa foi! Pourquoi me défend-il de le montrer au roi ?
D’où vient qu’il se dérobe une preuve assurée Du zèle?...
(Jetant les yeux sur la lettre du prince , encore ouverte, mais ne les y laissant que le temps qu’il faut pour indiquer au spectateur qu’elle n’en a pu relire que le commencement. )
5a DON CARLOS,
Ah ! je l’entends ; ces mots m’ont éclairée.
L’aveu de notre amour, que contient cet écrit,
Aura sur mes périls alarmé son esprit.
C’est pour moi qu’il s’oublie, et c’est ainsi qu’il m’aime! — Mais apprends un dessein qu’il avoûrait lui-même.
Sa fuite à l’accomplir enhardit ma candeur.
Chère Eugénie! au roi je veux ouvrir mon cœur ,
Et des yeux d’un époux instruit de ma faiblesse. M’entourer, me combattre, et me vaincre sans cesse.
O devoir ! ô vertu! que ce cœur égaré Se range avec plaisir sous votre joug sacré!
Que la paix qui vous suit est consolante et pqre !
Vous éteignez mes feux; vous fermez ma blessure. Carlos , en s’échappant de ce fatal séjour ,
Emporte au loin ma crainte et m’arrache à l’amour. — Viens m’aider, Eugénie , à soutenir ma joie;
Viens... Mais quel est ce bruit ? que faut-il que j’encroie?
Il redouble ; on s’avance. — Ah ! cruelle , tes yeux Se sont-ils abusés sur l’objet de mes vœux?
Je rentre au sein des maux dont je sortais à peine.
( Carlos parait , tout en désordre , l’épée à la main , de l’air d’un homme qu’on poursuit et qui se défend.)