‹ Don Carlos, tragedie en cinq actes et en vers, par feu Lefevre. Representee, pour la premiere fois, par les Comediens du Roi, sur le Second TheatreFrancais, le mercredi, 20 decembre 1820. Dediee a S.A.S. monseigneur le duc d'Orleans, premier prince du sangChapitre 44 sur 65 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

carlos, d'une voix entrecoupée.

Non. — Ce palais est rempli d’assassins. — Un traître.. .Ah ! je succombe à l’horreur qu’il rn’inspire.

( Il s’assied. )

ÉLISABETH, a part.

Dieu puissant! que prévois-je? et que va-t-il inedire ?

CARLOS

Vous connaissez mon père , et quels horribles coups M’apprêtait dès long-temps son injuste courroux.

Il peut frapper ; ma mort semble enfin légitime. — Enfin mes ennemis m’ont su forger un crime.

ÉLISABETH

Quoi ! l’audace et la fourbe?..

CARLOS

Oui , — daignez m’écouter.

( Il est assis durant toute cette narration , qu’il fait d’une voix étouffée, et haletant de fatigue et de colère.)

Philippe, avant la nuit, m’avait fait arrêter.

Mon garde , au même instant , dans sa pitié séduite , Cède aux conseils d’un traître et m’engage à la fuite. — Condamné par vous-même à ne vous voir jamais,

Je vous écris; je sors; j’observe ce palais.

Point de gardes épars ; nul témoin , nul indice’

De mes vils surveillans n’y trahit l'artifice ;

Et plus j’y marche enfin, plus j’ose me flatter Qu’une main secourable a su les écarter. —

Déjà quelques amis qui me servent d’escorte *

Du palais sous mes pas font abaisser la porte;

Déjà nous arrivons, pas cent détours obscurs ,

Aux lieux où de Madrid.se terminent les murs.

Là , d’assassins cachés des torrens m’investissent. Alvar me devançait ; mon garde qu’ils saisissent

Va se perdre en ces flots précipités sur nous. —

Je me vois seul , madame , en butte à tous les coups. Seul, j’ose les braver; mais mon audace est vaine.

Le nombre m’enveloppe ; on me pousse , on m’entraîne Jusque dans ce palais, vers ce lieu retiré,

Voisin de votre asile au repos consacré.

C’est aiiîsi qu’à mon père ouvertement rebelle , Misérable jouet des avis d’un faux zèle ,

Sans pouvoir en nommer l’auteur pernicieux ,

3e viens mourir, madame , et mourir sous vos yeux.

Élisabeth, avec éclat.

Ah! tout est éclairci! frappez, tranchez ma vie.

Votre fuite est mon crime, il faut que je l’expie.

Je vois trop qu’à sa fourbe employant mon effroi , Gomez me perd par vous , comme il vous perd par moi. C’est lui dont à mes yeux l’inimitié subtile Ne vous donna qu’un garde à mes ordres docile;

C’est par lui qu’entouré des pièges du trépas ,

Nuis témoins au palais n’ont éclairé vos pas;

Et lorsqu’à vous servir je me suis résolue,

C’est lui qui m’a trompée , — et c’est moi qui vous tue.

CARLOS

( II se lève. )

Vous ? — Ah ! que cet aveu , qui m’apprend vos bSntés, M’eût fait chérir les coups qu’un traître m’a portes,

Si tant de soins perdus n’exposaient que ma vie! — Mais , que dis-je! à mes maux nul danger ne vous lie. Mon sang pourra suffire; et le roi...

Élisabeth, ï interrompant avec chaleur.

Non, seigneur.

J'ai hasardé Carlos; j’ai comblé son malheur:

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