ACTE IV, SCÈNE VIII
Tentait de se soustraire à votre autorité.
C’est tout ce qu’on m’apprend.
PHILIPPE
Vous ignorez son crime. — La reine... un même esprit tous les deux les anime :
La reine l’aime.’
LE DUC
O ciel ! qu’osez-vous présumer ?
PHILIPPE
Ce que ses pleurs ici m’ont trop su confirmer.
LE DUC
Seigneur, vengez l’état; mais rejetez l’injure D’un soupçon...
PHILIPPE
Votre doute irrite ma blessure.
Que leur sang, qu’un supplice épouvantable, affreux !..
LE DUC
Qu’entends-je? et quels transports étrangers à mes yeux ! Philippe , est-ce bien vous qui , maître de vous-même...
PHILIPPE
Non , c’est un homme en proie au désespoir extrême. Duc , mon cœur va s’ouvrir. Dans l’abîme où je suis, Qu’espéré-je, après tout, en cachant mes ennuis?
* Que m’importe et ina gloire et cet art si pénible
* De masquer ses tourmens d’un front calme et paisible?
* Quoi que feignent les rois, tôt ou*tard découverts,
* Leurs cœurs n’échappent point aux yeux dè l’univers. On m’a vu , jusqu’ici déguisant ma tendresse ,
D’un maître avec la reine affecter la rudesse ;
Hé bien! mes feux couverts en redoublaient d’ardeur. J’adorais ma victime , et je sens que mon cœur Vers elle encore ici s’élance en traits de flamme. — Une femme à ce point peut donc changer notre âme , Et ravaler Philippe à ces vils Sentimens,
A ces dépits honteux des vulgaires amans!
C’est peu de ma faiblesse, il faut donc qu’on la sache! Je lui vendrai bien cher l’aveu qu’elle m’arrache.
Il la perdra. — Qui? moi! je pourrais déchirer!... Tout son cœur à mes yeux cherchait à se montrer. Vous même avez cru voirqu’un motifinoins coupable... Parlez : faites-moi perdre un soupçon qui m’accable. — Trompcz-moi : j’y consens.
LE DUC
Vous ne le craignez pas , rniLirPE.
Mais vous la défendiez. Vous blâmiez mes éclats. — Oui , j’aurais dû l’entendre , et. percer le mystère Des aveux importans qu’elle est prête à me faire.
11 en est temps encor.
LE DUC
Quoi?...
PHILIPPE
Qu’on l’amène ici.
Vous-même, allez...