SCÈNE PREMIÈRE
CARLOS, un Garde; d’autres Gardes.
carlos , au Carde.
Est-ce enfin au tombeau que vous guidez mes pas;
Ou dois-je encor long-temps mendier le trépas?
Quoi qu’on vous ait prescrit, vous pouvez m'en instruire.
LE GARDE
Près de ce lieu, seigneur, chargé de vous conduire, J’attends qu’un mot du roi m’explique ses desseins. Mais ma vive douleur vous dit cé que je crains.
CAR LOS
Ne peut-on m’éclaircr sur le sort de la reine ?
LE GARDE
Non ; et sa destinée est toujours incertaine ,
Seigneur.
CARLOS
Ah ! si du moins les ombres de la nuit Pouvaient soustraire Alvar à la mort qui le suit!
• L E G A R DE
Hé bien! à vos regrets mêlez donc quelque joie.
Le ciel dérobe Alvar aux maux qu’il vous envoie ;
Et d’objets plus cruels les ministres frappés t A découvrir ses pas ne sont plus occupés.
0 CARLOS
Puissent les justes cieux récohipenser son zèle !
C’est le seul courtisan que j’éprouvai fidèle.
Oui , j’îivais un ami.
(Ici tous les gardes s’approchent du prince, l'entourent, et lui donnent des marques de leur pitié. )
Je vous vois fondre en pleurs.
Vous comparez sans doute à l’éclat des grandeurs A ces biens dont le sort environnait ma vie ,
]^e supplice oit je cours , les affronts que j’essuie.
On nous plaint d’autantplusqu’on nous croyait heureux! Et du trône an cercueil le chemin semble affreux.
Il ne l’est point pour moi : les maux ou je succombe M’ont fait d’un œil tranquille envisager la tombe.
Dès long-temps mes esprits sont faiblement touchés De tous ces vains honneurs à mon rang attachés.
J’en ai vu les biens faux et Je» peines réelles. —
11 est, je l’avoûrai, des pertes plus cruelles.
L’amitié, les doux nœuds des cœurs qui sont à nous, Quand la mort frappe, hélas! nous font sentir ses coups. — Malheureux! cette idée affaiblit ton Courage.
( II attache ses mains sur son front , et reste un moment consterné j puis se relevant, il continue avec force. )
Gardes, conduisez-moi , sans tarder davantage,
Au terme où l’homme échappe aux caprices du sort. Ma vie eut quelque éclat ; ne souillons point ma mort,'