‹ Don Carlos, tragedie en cinq actes et en vers, par feu Lefevre. Representee, pour la premiere fois, par les Comediens du Roi, sur le Second TheatreFrancais, le mercredi, 20 decembre 1820. Dediee a S.A.S. monseigneur le duc d'Orleans, premier prince du sangChapitre 8 sur 65 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

PHILIPPE, seul.

J’affecte de la fuir , quand tout mon cœur l’appelle :

Ce cœur , qui se condamne à soutenir près d’elle L’austère dignité d’un maître et d’un époux,

Est celui d’un amant, — et d’un amant jalqpx.

Trop chère Elisabeth , ta vertu m’est connue ;

Mais si d’un autre objet ton âme est prévenue , Qu’importe à mon amour de compter sur ta foi !

Ta vertu ne m’est rien , si ton cœur n’est à moi , . Ingrate ; et de mon fils les rebelles maximes Ne seraient pas alors le plus grand de ses crimes.

(Sombre et se recueillant en lui-niéme. )

Un seul root de Gomez vient d’aigrir ces soupçons Dont mon âme a long-temps rejeté les poisons.

Quoi ! d’un coupd’œil plus j usteobservant leur tendresse, Ma cour ouvre mes yeux que fermait ma faiblesse ! Quoi ! j’envoie , à mon gré , du fond de ce palais ,

A mes rivaux tremblans ou la guerre ou la paix ;

Des plus profonds esprits je prévois les intrigues , J’entre dans leurs conseils , j’y renverse leurs brigues ; Et par deux jeunes cœurs je me laisse outrager !

( Avec e'clat. )

Je suis maître. Espagnol, et tarde à me venger!

Ah ! si je ne doutais... si le plus faible indice... . Élisabeth s’approche. Un léger artifice Va me servir du moins à sonder ses secrets :

8 « DON CAULOS,

J observerai son front; je lirai dans ses traits.

C’est là que, malgré nous , la vérité surprise Trahit les sentimens que la bouche déguise.

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