‹ Don Carlos VII et l'Espagne carlisteChapitre 2 sur 50 · ARMÉE DU NORD · texte numérisé non relu

ARMÉE DU NORD

Général en chef : S. Exe. le maréchal D. MANUEL DE LA CONCHA, MARQUIS DEL DUERO.

Chef d'état- major général : le général de La Véga Inclan.

Commandant général de l'artillerie : le colonel D. A. de Pombo.

Commandant général du génie : le colonel D. Carlos Berdugo.

Intendant général : D. Julian Echenigue.

Médecin en chef : D. José Ferrus. #

Garde du quartier général.

Une compagnie de la garde civile.

Un escadron des hussards de Pavie (60 chevaux).

Une section d'Albuera.

Brigade d'avant-garde : le général Blanco.

1 er Corps.

Commandant en chef : S. Exe. le lieutenant-général D. Antonio Lopez de Letona.

l re division : S. Exe. le maréchal de camp D. Manuel Andia. !*• brigade : le brigadier Daban.

2 e brigade : le brigadier Marti.

1 « Orden gênerai del Ejercito del4ia 9 de Mayo de 1874, en BUbao. »

Suit la composition de l'armée du Nord que nous résumons dans le tableau ci-dessus annexé : il est signé du général de La Vega Inclan, chef d'état-major général de l'armée.

2* division : S. Exe* le maréchal de camp D. Meliton Catalan.

!" brigade : le brigadier Rubio.

2 e brigade : le brigadier Ruiz Dana.

Les forces affectées au quartier-général du l w corps comprenaient :

Corps.

l* e batterie du régiment monté (1" section) . . 2 pièces

2 e — dul" — 4 —

i" — du 3 e — 4 —

3 e — du 4 e — 6 —

1 compagnie du génie.

2 compagnies de gardes civils.

2 a Corps.

Commandant en chef : S. Exe. le maréchal de camp D. Morales de los Rios.

l re brigade : le brigadier Barges.

2 e brigade : le brigadier Franco.

3 e brigade : le brigadier Zenarruza.

3 e Corps.

Commandant en chef: S. Exe. le lieutenant-général D. Raphaël Echague.

4" division : le brigadier Beauhont.

1" brigade : le brigadier Espino.

2 e brigade : le brigadier Otal.

2° division : S. Exe. le maréchal de camp D. Arsenio Martin ez Campos.

1" brigade : le brigadier Reina. '

2° brigade : le brigadier Acellana.

3* division : S. Exe. le maréchal de camp D. José de los Eetes.

i M brigade : le brigadier Infanzon.

2 e brigade : le brigadier Molina.

Le maréchal Concha ne se faisait aucune illusion sur la valeur de sa récente victoire et savait que son ennemi n'avait rien perdu de sa puissance en levant le siège de Bilbao. Il comprenait que l'armée républicaine n'était encore qu'à la frontière, pour ainsi dire, du pays carliste, et que c'était à Estella même, au cœur des possessions royales, qu'elle devait frapper le coup décisif.

Pendant qu'il prenait, à Bilbao, des dispositions défensives devant mettre la place à l'abri d'un second siège et d'un autre bombardement, il faisait reconnaître par des hommes sûrs les abords de Durango et apprenait que l'armée royale cantonnée en avant de Zornosa, à 3 kilomètres au sud de Bilbao, avait déjà créé en ce point des lignes défensives assez fortes pour renouveler les succès de Somorostro et d'Abanto.

Le marquis del Duero ne voulut pas courir les hasards d'une nouvelle attaque de positions retranchées, ni compromettre, dans un combat douteux, sa récente victoire. IV résolut de gagner la rive droite de l'Ebre et d'examiner là, s'il attaquerait la capitale carliste par le nord-ouest en prenant Vitoria pour base,ou par le sud et l'est en s'appuyant sur Logrono, Calahorra et Tafalla.

Plusieurs routes s'offraient au maréchal Concha pour

descendre sur l'Ebre : il choisit la plus longue mais la plus sûre, celle qui, passant par Porlugalete et Somorostro, mène à Valmaseda par Mercadillo, Carrai et Sopuerta.

Le 1 1 mai, à neuf heures du soir, le marquis del Duero quittait Bilbao à bord du vapeur Los Cualro-Amigos, arrivait dans la nuit à Portugalete et gagnait le lendemain les monts Encartaciones, dans la direction de Valmaseda. Il arriva le 12, dans cette ville que venaient d'évacuer les carlistes, et dont les hôpitaux étaient remplis de volontaires royaux blessés à Las Munecas.

Le 14, à quatre heures du matin, l'armée républicaine reprit sa marche vers le su* et cantonna le soir à Médina de Pomar^à Villasante et dans les villages environnants. Là, le marquis del Duero résolut de faire une pointe sur sa gauche, jusqu'à Orduna, ville importante où les carlistes avaient établi une fabrique de cartouches Remington et des magasins d'habillements. Le chemin par Médina et Osma qu'il résolut de suivre, ne permettant point d'emmener la grosse artillerie ni les bagages, ces impedimenta furent confiés à la garde d'une partie de la division Catalan qui devait les conduire par Trespaderne Ona, Cubo, Miranda de Ebro, Arminon et Puebla de Arganzon jusqu'à Nà'nclarès où viendrait les rejoindre le reste de l'armée au sortir de Orduna.

Une portion du 1 er corps eut l'escorte du convoi de vivres et de munitions, — el, le 16 au matin, le 3 6 corps précédé de la brigade d'avant-garde et la seconde division du i er corps sous les ordres du

e DON CARLOS VII

général de Letona, se mirent en marche surOrduna.

Les troupes carlistes qui occupaient cette place se composaient d'escadrons en formation qui ne tentèrent même point une résistance inutile : après quelques coups de feu tirés à cheval, ces escadrons se retirèrent sur Amurrio emmenant avec eux le matériel de la cartoucherie et la majeure partie des équipements et de l'habillement entassés dans les magasins royaux.

Cette expédition d'Orduna dont l'opportunité est contestable, ne servit en réalité qu'à faire perdre du temps à l'armée républicaine : le 18 au matin, le maréchal Concha quittait la ville et, reprenant la route de Médina de Pomar, gagnait parlSalinas de Arana, Subijana et Nanclarès la place de Vitoria qu'il atteignait le 19.

Vitoria, capitale de la province d'Alava, est une ville forte d'environ 13,000 habitants, bâtie au pied des monts de l'Idiazabal, au milieu d'une large vallée qui court de Pest à l'ouest, sur une longueur d'environ 40 kilomètres, ayant dans sa plus grande largeur, du nord-est au sud-ouest un peu moins de 12 lieues.

Vitoria est reliée à Miranda de Ebro par la voie ferrée de Saint-Sébastien à Madrid et par une large route bien entretenue, qui trouve à 12 kilomètres au sud de la place un défilé difficile courant entre deux pics élevés dits Couchas de Arganzon.

Cette place a une importance stratégique considérable : de ce point, comme base, il est permis d'opérer contre Bilbao etTolosa au nord, contre Esiella au sud, mais, isolée au milieu des populations carlistes, cette

ville a été jusqu'ici presque constamment coupée de Miranda et de l'Ebre, c'est-à-dire, au point de vue de son utilité militaire, perdue pour les républicains.

Au moisde juin 1874,1a plaine d'Alava était exposée, comme elle le sera sans cesse, aux incursions des carlistes dont les éclaireurs venaient jusqu'aux portes de Vitoria. Le maréchal Concha résolut d'assurer d'une façon stable les communications de cette place avec Miranda et s'y ingénia dès les premiers jours de son arrivée.

Il se trouva qu'on avait sous la main un moyen peu coûtpux et fort simple de demeurer maître du défilé des Conchas : il suffisait, pour arriver à ce but, de rétablir les trois tours construites déjà sur les pics qui bordent à droite et à gauche la route, et d'y établir garnison.

La nécessité de faire vite et d'agir rapidement engagea le marquis de! Duero à ne transformer en position retranchée qu'une seule tour : une seconde fut aménagée pour recevoir le matériel du télégraphe aérien qu'il se proposait d'employer, comme il l'avait déjà fait avec succès en Catalogne, en 1848.

Cette idée d'un télégraphe à signaux est une nouvelle preuve de la multiplicité des ressources que fournissait au maréchal Concha un esprit rompu aux difficultés de la guerre, une expérience profonde de la tactique des montagnes et de la guerre de partisans. Le télégraphe électrique avec son matériel fixe, n'est guère utilisable à la guerre, la rupture par l'ennemi du fil conducteur annihilant tout le service des communications. La télé—

graphie par signaux, vieille comme le monde, remplacera souvent encore les inventions plus modernes, et le marquis del Duero s'était décidé à y revenir.

On se tromperait du reste en croyant qu'on n'obtient point par un tel système une rapidité de communication la plupart du temps suffisante. On se rappelle ce que César dit de nos pères, chez lesquels un système de signaux à la voix permettait de transmettre en vingtquatre heures, un cri 'de guerre, d'un bout de la Gaule à l'autre *.

Le maréchal Concha proposa donc au gouvernement de Madrid d'établir au sud des provinces carlistes un réseau de télégraphes optiques n'ayant rien à craindre des incursions de l'ennemi. Diverses lignes devaient composer ce réseau : l'une dite du haut Ebre se serait étendue de Reinosa à Miranda ; une autre de Miranda à Vitoria, à Lodosa, Lerin, Larraga, Puente la Reina et Pampelune, une troisième de Pampelune à Tudela, une dernière enfin de Pampelune à Tiermas et à Jaca.

« l Celeriter ad omnes Gallise civitates fama perfertur (nam, ubi major atque illustrior incidit res, clamore per agros regionesque significant ; hune alii deinceps excipiunt et proximis tradunt, ut tune accidit) : nam, quee Geuabi oriente sole gesta essent, ante primam vigiliam in finibus Arvenorum audita sunt ; quod spatium est millium circiter GLX. »

G. J. CjBSàris Gommentarii de BeUo gallico.

160 milles romains font environ 55 lieues, ou 220 kilomètres.

Ce plan adopté tout d'abord par le gouvernement, ne devait pas survivre au marquis del Duero.

Après avoir consacré quelques jours à l'étude de cet important projet, le général en chef de l'armée républicaine se décida à reprendre l'offensive, résolu à pousser activement les' opérations. Bien qu'Estella fût toujours l'objectif véritable du maréchal, il était important avant d'exécuter devant l'ennemi une marche de flanc, de connaître exactement le nombre de bataillons dont pouvait disposer cet ennemi dans les monts de Tldiazabal et de l'Arato. En conséquence, une reconnaissance sur Villaréal d'Alava fut décidée.

Le 24 au matin, l'armée républicaine se mit en marche sur trois colonnes et entra le soir à Villaréal, après un combat sans importance ; le 26 elle poussa jusqu'à Salvatierra qu'elle reconnut également, mais, dès le lendemain 27, elle rentrait à Vitoria, n'ayant sur les carlistes que des renseignements inexacts et ayant à peu près perdu son temps.

Le jour même, le général Echague quittait l'Alava, dans la direction de la Navarre et était remplacé, dans le commandement du 1 er corps, par le lieutenant général Rosell.

Ce départ du général Echague était le prélude de la mise à exécution du véritable plan du maréchal Concha.

Résolu à gagner Logrono et ayant deux routes à sa disposition, le marquis del Duero choisit la plus courte, c'est-à-dire celle qui passe par Penacerrada et La Guardia, à travers la difficile sierra de Talono. Il ne fut

point inquiété dans sa marche et entra le 2 juin dans Logrono où cantonnèrent la brigade d'avant-garde du 1" corps, la 2 e division du 3 e avec le général Martinez Campos, l'artillerie et le parc de campagne : la division du général Reyes et le brigadier Beaumont occupèrent Fuen-Mayor, etleresle du r r corps Cenicero.

Le lendemain 3 juin, le maréchal Goncha eut la nouvelle que le général Echague se voyait obligé d'abandonner la route de Pampelune, pour aller au-devant du général Lizzaraga, qui par Osa, Lumbier et Sanguesa s'avançait vers l'Aragon.

Cette diversion audacieuse du général carliste eût pu avoir pour les républicains de fâcheuses suites si Lizzaraga eût disposé d'un nombre plus considérable de troupes. Le corps royaliste longeait le canal de Yerdun dans la direction de Jaca, quand il trouva devant lui le corps d'Echague et la brigade Otal envoyée de Logrono par le maréchal Concha : il renonça dès lors à un mouvement dont le succès se trouvait compromis dès le début, et rentra en Navarre sans qu'il y eût entre les deux partis un seul coup de fusil échangé.

Pendant ce temps, vers le nord, l'armée royale faisait sur Hernani, un mouvement offensif qui, bien qu'énergiquement conduit, ne put amener la reddition de ce poste important de la route de Saint-Sébastien. Comme toujours, le manque d'une artillerie puissante devait entraver les opérations, en ne permettant pas de donner au bombardement l'intensité nécessaire pour forcer la population à une capitulation immédiate.

. ET L'ESPAGNE CARLISTE il

Hernani reçut un* millier de projectiles sans ressentir trop de dégâts : une sortie de la garnison de Saint- Sébastien fut même repoussée par les carlistes qui semblèrent un instant menacer la capitale du Guipuzcoa : mais les lenteurs d'un siège qui ne pouvait réussir que par la rapidité de l'attaque, permirent au gouvernement de Madrid d'envoyer au secours de la place assiégée 3,000 hommes qui contraignirent à la retraite les 4 bataillons carlistes cantonnés autour d'Hernani.

Ces diversions opérées au nord et à Test du théâtre des opérations de l'Ebre supérieur, n'avaient point empêché le maréchal Concha de poursuivre l'exécution de son plan d'enveloppement d'Estella.

Tout en s'occupant de renforcer la garnison et les ouvrages de Saint-Sébastien ', il comprenait à merveille que le meilleur moyen de contraindre l'armée royale à lever le blocus resserré par Cevallos autour de cette place , était d'appeler cette armée dans le sud, en se dirigeant sur 1$ capitale même du pays carliste.

1 No en balde el gênerai en jefe, desde el momento en que se hizo cargo del mando, habia fijado su atencion sobre el critico estado de aquella plaza que con una guarnicion de 1 ,800 nombres del ejército, 2,100 voluntarios, 400 migueletes y 400 volantes, que componien un total de 4,700 h ombres, debia defender una linea tan extensa corne la de Hernani a Irùn ; y, à fin de que se estudiara la' manera de poner la al abrigo de cualquier golpe de mano, enviô al entendido brigadier Zenarruza con el encargo, ademâs, de informarle de todo lo conveniente al efecto. »

Relation historien de la xâtima campaha del marqués del Duero.

Le 4 juin, l'avant-garde de Tannée républicaine s'avança jusqu'à Viana et y entra sans résistance ; en même temps la division Catalan et le 1 er corps prenaient la route de Tafalla par Lodosa, Lerin et Olite : le \ 2 juin , le marquis del Duero écrivit au général Martinez Campos, d'avoir à reconnaître le versant méridional de la chaîne qui joint Muruzabal à Oteiza et Lorca et, en outre, de relever les distances exactes séparant les divers villages, de telle sorte que l'artillerie arrivant sur le champ de bataille, pût dès le premier coup de canon, disposer ses haussés avec exactitude l .

Le 21 juin, le maréchal Concha fit remettre aux généraux commandant les corps et les divisions , un plan du terrain sur lequel on allait opérer, la description minutieuse de ce terrain et des instructions pour le combat, suivant la topographie et la forme naturelle

1 « Importa practique V. E. con la caballeria un reconocimiento para conocer el bosque que existe en la vertiente méridional de la cordillera que desde Muruzabal corre despues entre Oteiza y Lorca ; y a fin de no llamar la atencion, avanzarâ V. E. solo lo necesario para adquirir las noticias siguientes : la clase de ârboles, si estân espesos ô claros, sitiene matorral de jaras, ù otros arbustos que haga dificil el acceso â la cordillera caso de que estuviese ocupada por los enemigos : â que distancia empieza de Oteiza el monte, y â cuânta queda del Arga. Como la cumbre es limpia, ver si el bosque esta solo en la vertiente ô baja hasta el llano ; cuânta es su extension en ambas dimensiones, y â que distancia de la cumbre llega el moute. » '

Relation historica de la ultima campana del marques del Duero.

des lieux. L'expédition en Aragon du général 'Echague était terminée; les généraux Martinez Campos et Blanco étaient à Larraga et dans les villages environnants ; tout était prêt pour le mouvement direct sur Estella.

Le 22 juin, le général en chef, accompagné d'un babâillon de Gérone, et d'une escorte de cavalerie et de garde civile, coucha à Lerin et partit le surlendemain 24 pour Larraga ; en même temps le général Rosell s'établissait à Sesma avec le premier corps; tout était prêt pour Pattaque suprême.

Il est temps de revenir un peu sur nos pas et de voir ce qu'avait fait l'armée carliste depuis la levée du siège de Bilbao.

Nous avons dit que cet échec, important au point de vue de l'effet moral sur les troupes et sur l'opinion publique, n'avait fait perdre en réalité à l'armée royale ni un homme ni un canon. Dans la supposition que le maréchal Concha pouvait dès les premiers jours de mai, tenter un mouvement vers Durango, c'est-à-dire vers l'intérieur du pays carliste, le maréchal Elio avait choisi en avant de cette ville une ligne de positions redoutables qui eussent vraisemblablement renouvelé pour l'armée libérale ses échecs de Somoroslro. Nous avons vu que le général républicain ne se crut pas assez fort pour tenter la poursuite d'un ennemi auquel la retraite n'avait rien fait perdre de son enthousiasme ni de ses forces, et cette prudence que plusieurs militaires ont qualifiée

de mollesse blâmable fut, à n'en pas douter, une trèssage et très-^louable lenteur.

Ce qu'on peut reprocher au maréchal Concha au point de vue de la conduite des opérations, c'est le temps considérable employé à exécuter son mouvement tournant par le sud, mais là encore ses détracteurs devront savoir que le déplorable état dans lequel se trouvaient la plupart des services dans l'armée républicaine fut la cause unique de l'interruption des mouvements militaires. Au surplus, nous avons dit que l'armée du marquis del Duero, composée d'éléments hétérogènes et mal unis, avait été tellement bouleversée, malgré ses succès, par une campagne de cinq jours, qu'il fallut plusieurs semaines pour la reformer, lui rendre son assiette et songer à une nouvelle marche en avant.

Les mois de mai et de juin furent habilement employés par don Carlos, à augmenter l'effectif des divers corps de l'armée royale et améliorer l'organisation, l'armement, la discipline des volontaires, à rendre plus puissante encore cette petite armée dont les combats de Somorostro avaient attesté la force redoutable.

L'armée royale du Nord fut portée vers la fin de mai, au nombre d'environ 26,000 hommes dont 1200 chevaux : elle ne disposait encore que de seize pièces de canon, mais outre un débarquement qu'on attendait d'u n moment à l'autre, la manufacture d' Aspeytia s'était engagée à doubler ce nombre pour la fin de juin.

Ces 26,000 hommes répartis en 3 corps, furent placés sous le commandement du général Dorregarayque don. Carlos avait chargé en l'absence du maréchal Elio des importantes fonctions de chef d'état major général.

En Biscaye, le marquis de Valdespina devait avec 6,000 hommes reprendre dès le départ du maréchal # Concha, le blocus de Bilbao, de Portugalete et de Santona ;il disposait de 6 pièces de canon.

En Alava, Velasco avait ordre d'inquiéter Vitoria et de couper cette place de ses communications avec l'Ebre ; enfin don Carlos en personne et Dorregaray devaient, avec les Guipuzcoans, les Navarrais, la cavalerie et presque toute, l'artillerie, rejoindre Estella qu'on savait être l'objectif du maréchal Concha.

Dès le 1 5 mai, d'importants travaux de défense furent commencés autour de la capitale de l'Espagne carliste.

Estella est une ville, d'environ 8,000 âmes bâtie sur la rive gauche du Rio Ega au pied de hauteurs élevées qui, diposées en cercle autour d'elle, en font une position stratégique de premier ordre.

Si d'Estella comme centre, avec l'Ega pour base, on décrit vers le nord-est une circonférence ayant de 5,500 à 3,400 mètres de rayon, on trouvera que la ligne tracée se confond sensiblement avec le cours d'un ruisseau torrentueux dit el Arroyo Iranzo sur la rive droite duquel viennent mourir les pentes septentrionales et orientales de la série de hauteurs dont nous avons parlé. L'arroyo Iranzo passe au nord à Abarzuza, coule vers l'est pendant 10 kilomètres jusqu'à Zurucuain,

. 16 DON CAftLOS VII

puis s'infléchit vers le sud en baignant le pied des hauteurs de Grocin, de Villatuerta, de Legardeta, sur la rive droite, d'Arandigoyen et d'Arenzano sur la rive gauche.

Il se jette dans l'Ega entre Legardeta et Arenzano.

Ce ruisseau sert de premier fossé à la place et ce sont les hauteurs de la rive droite qu'avaient fortifiées avec habileté les ingénieurs carlistes. Ces tranchées s'étendaient sur une longueur de 10 kilomètres environ, de Legardeta au sud au Caserio de Muru au nord, par Villatuerta, Grocin et Murugarren ; en avant de Muru, elles franchissaient l'Iranzo et se continuaient au nord d'Abarzuzaen arrière de Zabal, Arizala etArcinuela. En avant de cette ligne, une autre ligne enveloppaute avait reçu quelques ouvrages peu importants et passait par Allô, Dicastillo, Morentin, Aberin, La Venta d'Echavarri, les monts qui dominent Villatuerta : elle atteignait là la ligne principale et se continuait au nord d'Abarzuza jusqu'à Eraul et au port d'Echavarri.

L'extrême droite de la ligne carliste était défendue dès le 22 juin par: les bataillons 1, 2, 5 et 7 de Navarre, sous les ordres des brigadiers Zalduendo et Valluerca, les bataillons 3 et 4 d'Alava sous les ordres du brigadier Alvarez, la brigade cantabre et les bataillons des Asturies sous les ordres des brigadiers Yoldi. « — Le régiment de cavalerie Bourbon et 4 compagnies du 1 er de Navarre étaient à Allô,* à l'extrême droite : deux pièces de la première batterie de Navarre furent placées à la venta d'Echavarri : total neuf bataillons d'infanterie, un régiment de cavalerie, deux pièces d'artillerie.

Le centre qui s'étendait de l'ermitage de Santa Barbara jusqu'à Muru /ut occupé par les bataillons 3, 4 et 6 de Navarre, aux ordres du brigadier Perula et du colonel du 6 e ; le 1 er et le 2 e de Castille, les forces du colonel Zariategui, les bataillons de Munguia et de Bilbao étaient sous les ordres du brigadier Fontecha. Total des forces défendant le centre de la ligne : 10 bataillons.

Enfin l'aile gauche était défendue par le 9 e bataillon de Navarre, le 2 e d'Alava, le i" et 2 e de Guipuzcoa, le 3 e et le 4 e de Castille, sous les ordres du brigadier Costa et du commandant de la demi-brigade guipuzcoane : en tout, à l'aile gauche, 6 bataillons.

En réserve, étaient le bataillon des guides, le 1 er d'Alava , les 3 e et 4 e de Guipuzcoa, le bataillon de Durango, enfin une batterie de montagne :

Total général 30 bataillons donnant un effectif d'environ 18,000 hommes.

Le 25 juin 1875, jour choisi par lie maréchal Concha pour son attaque générale, à quatre heures du matin, l'armée républicaine partit de Larraga, dans la direction d'Estella, marchant sur trois colonnes.

La première composée de 8 bataillons du troisième corps et d'une batterie de six pièces Placencia, sous les ordres du général Martinez Campos, prit le chemin de Maneru jusqu'à Muruzabal, d'où elle obliqua vers la droite dans la direction de Lorca, Lacar et Alloz, en suivant la cime du mont Esquinza.

La seconde colonne forte de 12 bataillons du troisième corps et de quatre pièces Placencia, aux ordres II. 2

du général Echague, descendit par les pentes méridionales du mont Esquinza, appuyant sa droite aux troupes de Martinez Campos.

La troisième colonne commandée par le général en chef en personne, comprenait la brigade d'avant-garde Blanco, la seconde brigade de la première division du troisième corps commandée par le brigadier Otal, deux bataillons de la division de la Ribera, toute l'artillerie montée et la cavalerie : elle suivit. la grande route de Larraga à Estella par Oteiza.

Pendant que ces trois colonnes sortaient de Larraga, le 1 er corps sous les ordres du général Rosell, quittait Lerin et se mettait en mouvement également vers Oteiza, ne comptant pas moins de 16 bataillons d'infanterie, toute sa cavalerie et son artillerie, donnant un total d'environ 12 à 14,000 hommes.

La marche de ces quatre colonnes s'opérant dans un pays difficile et par des routes défoncées, s'effectua avec une précision remarquable.

Le, 25. à six heures du soir, le premier corps prononça son attaque sur Vtllatuerta, sur deux colonnes, et après une heure de combat s'en empara : Arandigoyen fut pris également sans résistance, pendant que le brigadier Blanco s'emparait de Murillo 1 .

1 Le 25 au matin, les républicains recommencèrent leur mouvement à Oteiza, continuant ensuite par les pentes du mont Esquinza et laissant de gros détachements sur toute la ligne dés opérations . Et ainsi, de proche en proche, ils vinrent occuper enfin les villages

A l'aile droite, les troupes des généraux Echague et Martinez Campos s'étaient avancées, sans trouver plus de résistance, vers les villages de Lorca, Lacar et Alloz. La plupart de ces points furent enlevés par l'armée républicaine avec une facilité qui montrait à l'évidence que les carlis'es gardaient pour les combats du lendemain leurs cartouches et leur sang.

Le nombre relativement faible des troupes de l'armée royale imposait au général Dorregaray de ne porter qu'à une faible distance d'Estel la ces lignes de défense ; ces imprudences sont permises à la guerre quand le général en chef sait qu'il peut compter sur ses troupes et qu'il dispose de soldats aguerris et solides ; le cas se présentait ici, et l'événement devait donner raison au général carliste \

de Villatuerla, Lorca, Murillo, Lacar et Alloz, sans que de notre côté nous songeassions à les inquiéter, quelques coups de feu étant seulement tirés par les postes avancés. »

Rapport du générai Dorregaray sur la bataille d'Abarzuza.

* « Votre Majesté connaît les difficultés de tout genre contre lesquelles nous avions à, lutter pour résister à des forces si extraordinairement supérieures aux nôtres et à une si puissante artillerie. Notre cavalerie, qui, grâce à l'activité et à l'intelligence des chefs qui la commandent, est en train de prendre un développement inespéré, manquait toutefois de quelques éléments indispensables pour tenir tête aux nombreux escadrons ennemis.

Grâce à ces circonstances, il nous était impossible de porter la défense à une grande distance d'Estel la ; et ce fait contribua du reste à rendre l'ennemi courageux ou téméraire, parce qu'il put croire que, vu le court trajet qui le séparait de la place, »il pourrait s'en emparer sans grande difficulté. »

Rapport du général Dorregaray sur la bataille d'Abarzuza.

Le soir du 25, l'armée carliste occupait toutes les hauteursqui dominent Tarroyo Iranzo, ayant devant elle, au pied de ces hauteurs, les têtes de colonnes ennemies déjà prêtes à l'attaque.

Le général Dorregaray fit replier dans Eslellale 1 er bataillon de Navarre qui, placé à l'extrême droite, n'aurait pu rendre aucun bon service: en même temps il expédia l'ordre aux bataillons 2 et 3 de Guipuzcoa qui ne devaient arriver que dans la nuit, de s'établir au # nord, à l'extrême gauche, en avant d'Abarzuza, au village d'Azcona. %

A la nuit, l'armée républicaine campa sur les positions suivantes :1e premier corps à Villatuerta, Arandigoyen et sur les hauteurs qui dominent, à l'est, ces villages sur la rive gauche de l'Iranzo;

Le maréchal Concha avec la colonne Echague, l'artillerie de campagne et la cavalerie à Lorca, la brigade d'avant-garde à Murillo, la colonnedu général Martinez, Campos à Lacar et Alloz.

Le lendemain 26, le combat recommença par une vive canonnade : la droite républicaine prit seule part au combat, se contentant de simuler une attaque sur les hauteurs de Villatuerta et Grocin. L'objectif du maréchal Conchn dans cette journée était la série de positions de Abarzuza, Zabal, Murugarren et le Caserio de Muru. Maîtres de ces hauteurs, on plongeait facilement dans Estella dont rien n'arrêtait plus la vue : on enfilait les tranchées de Zurucuain, Grocin, Noveleta et Legardela, et l'on en rendait la défense impossible aux carlistes.

Un obstacle imprévu vint retarder jusqu'à quatre heures du soir, le 26, l'atlaqued'Abarzuza et Zurucuain, fixée d'abord à six heurefcdu matin. Le convoi de vivres destiné à l'armée républicaine se perdit dans les montagnes, fut obligé de rentrer à Oteiza et ne put rejoindre les troupes que vers midi. m

Les distributions faites, et comme l'on n'avait point de temps à perdre, le marquis del Duero résolut d'engager néanmoins le feu, et fit canonner vivement Zurucuain:

L'attaque commença vers cinq heures du soir par la prise du village de Montelvan en face de Zurucuain par le régiment républicain de Ramales et la brigade Infanzon. En même temps, le général Echague avec 2 bataillons de la brigade d'avant-garde, la division Reyes * et les troupes de sa colonne marchait à l'attaque d'Abarzuza, ayant avec lui quatre batteries Krupp. Non content de forces aussi considérables, il envoyait demander au général en chef le reste de l'artillerie, 2 bataillons d'infanterie et le régiment des lanciers de Numance.

A sept heures du soir, Abarzuza et Zurucuain étaient emportés, mais c'est tout ce que put faire l'armée républicaine dans cette journée qui était en somme un trèsréel échec pour l'armée royale. Malheureusement pour la mémoire du maréchal Concha, cette journée devait marquer la date de représailles terribles, qu'il n'ordonna

1 3 e Division du 3 e corps.

pas peut-être, -mais dont la responsabilité doit néanmoins tomber sur lui qui ne sut ni les prévenir ni les réparer.

Au milieu de la nuit, le 27, le feu se déclara dans le village d'Abarzuza connu pour son attachement aux carlistes et dont toutes les maisons avaient été abandonnées par leurs habitants.

Il n'est pas permis de douter que l'incendie n'ait été allumé sciemment, non point par les obus, mais par des soldats agissant froidement et animés d'un criminel désir de destruction et de pillage.

Dans la relation historique de la dernière campagne du maréchal Concha, ouvrage officiel publié à l'imprimerie du dépôt de la guerre de Madrid et dû au général de La Vega Inclan, chef d'état-major général du marquis del Duero, le fait n'est même pas dissimulé. Bien que l'auteur, mû par un sentiment assurément louable, essaie de disculper son général en chef de l'accusation de connivence, ou tout au moins de faiblesse, qu'ont portée contre lui les honnêtes gens de tous pay3, bien qu'il fasse adresser par le maréchal Concha aux incendiaires d'Abarzuza de sévères paroles, il n'en demeurera pas moins acquis que le maréchal Concha ne voulut point punir autrement que par une admonestation sans effet, un crime terrible qui devait amener de sanglantes représailles.

Malheureusement encore pour la mémoire du maréchal Concha, les menaces adressées après Bilbao, aux VascoNavarrais, dans un discours resté célèbre, où le

général en chef disait aux carlistes : « Vous voulez la guerre, vous l'aurez, mais une guerre sans pitié ni merci... » malheureusement, disons-nous, ces menaces adressées à des habitants inoffensifs, quelques jours avant Abarzuza, semblaient indiquer chez le général en chef, une idée préconçue de vengeance et de représailles imméritées .

Toute la nuit l'incendie éclaira les hauteursd'Abarzuza.

Au matin les flammes semblèrent diminuer d'intensité, mais vers onze heures, le feu reprit avec une vigueur nouvelle et s'arrêta seulement quand le village entier n'eut plus formé qu'un monceau de décombres.

Le maréchal Concha ne jugea point à propos d'essayer d'arrêter l'incendie, «parce que, dit le général de La Vega Inclan dans sa relation officielle, » il était déjà une heure de l'après midi et que chaque moment de retard pouvait augmenter les difficultés du combat » tan-

1 Voici le passage de la Relation historique auquel nous faisons allusion :

• Otro incidente, desagradable tambien, vino desde el amanecer del dia 27, ûltimo de su eloriosa vida, à aumentar la inquietud del gênerai en jefe. La aglomeracion de fuezas en Abarzuza y el descuido natural del soldado, dieron occasion al incendio casual de

ALGUNA DE SUS CASAS, COMPLETAMENTE ABANDONADAS POR SUS MORADO-

res. Las fuerzas de ingenieros acudieron en el momento y quedô prontamente estinguido; pero â launa del dia, al salir las fropas para el combate, sea por haber quedado los fuegos sin aparar 6 por otra causa intencional, aunque no es de créer, el incendio tomô nuevas y mayores proporciones, presentandose en varias casas a la vez. No fuéposibledistraer en aquel momento fuerzas para apagarlo

PUES QUE YA SALIAN PARA COMENZAR EL COMBATE, CON LO QUE EL FDEGO

dis qu'il est prouvé que les réserves attendirent devant le village en flammes, jusqua quatre heures et demie, le moment d^pnlrer en ligne.

Quoi qu'il en soit, dès onze heures de matin le marquis Del Duera ayant avec lui le colonel Castro et le commandant Zapata se rendit à la tour d'Abarzuza, d'où la vue s'étendait sans obstacle vers le Caserio de Muru, Murugarren et Bearin.

Il put se rendre compte que l'armée carliste s'apprêtait à une énergique résistance et que le général Dorregaray avait massé devant Abarzuza des forces relativement considérables. Les dispositions du général royaliste, pour la journée du 27, étaient les suivantes:

La brigade Alvarez fut établie à Murugarren avec le 1 er bataillon d'AIava et le 1 er de Navarre : elle avait ordre de tenir jusqu'à la dernière extrémité. Le 8 e et le 3 e de Navarre gardaient le caserio de Muru; à l'ex-

contindô tomando cuerpo en la poblacion. El gênerai en jefe tuvo, . como es de suponer en sa carâcter, un profundo disgusto, monté a caballo y se dirigiô a los sitios donde los batallones estaban formados para emprender el movimiento. Alli les a postrofô dur amen te por semejantes desmanes, les dijo que sobre ellos podia caerlanota de incendiarios, y que estaba resuelto a castigar tamana afrenta con todo el rigor de la ordenanza, annuciandoles la formacion de un consejo verbal para procéder âjuzgar a los que resultasen culpables. El marqués del Duero hubiera querido hacerlo immédiat amente, pero era ya la una de la tarde y despues de tanta contrariedad conocia que cadamomento de dilacion podia aumentar las diiiculdades del combate. »

. Quand une cause ne trouve pas pour sa défense d'arguments plus sérieux et plus convaincants, elle est bien mauvaise.

trôme gauche entre Eraul et Monjiliberri, le bataillon de Durango et le 2* de Navarre eurent ordre de s'opposera un mouvement enveloppantde l'extrême droite libéralç ; les généraux Argonz et Iturmendi commandaient ces diversçs troupes : le général en chef se porta lui-même au village de Murugarren, ayant près de lui le général Torcuato Mendiri et le brigadier Larramendi.

Il était une heure environ après midi quand l'artillerie républicaine ouvrit le feu surMuru et Murugarren : la batterie placée à gauche d'Abarzuza et qui tirait sur les carlistes à un peu moins de 2,000 mètres, ne comptait pas moins de 30 pièces Krupp. Le marquis del Duero l'avait établie lui-même * et l'avait fait protéger par 2 bataillons d'infanterie, une compagnie du génie et les régiments de cavalerie de Pavie, de Numance et de Talavera \

A l'extrême droite des libéraux, le brigadier Beaumont se tenait avec 6 bataillons et une batterie Placencia, avec mission de surveiller Eraul ; trois de ces bataillons devaient protéger une seconde batterie Krupp placée immédiatement en avant d'Abarzuza sur la route

1 « El geneval en jefe pasô à situarse en une gran bateria de 30 piezas Krupp que habia dispuesto formar para bâtir el pueblo de Murugarren y el caserio de Mu ru.

5 Ces soutiens d'artillerie qui, par leur nombre considérable, présentaient un but facile au tir des carlistes, eussent été mieux employés, aussi bien au point de vue militaire qu'humain, à éteindre l'incendie du village d'Abarzuza.

26 DON CARLOS Vil

d'Estella et qui tirait sur l'ermitage de San Pedro de Muni près le caserio du même nom.

Ces dispositions étant prises et les tranchées carlistes ayant été suffisamment ébranlées par l'artillerie, la brigade Blanco, d'avant-garde, s'élança vers trois heures et demie à l'assaut des positions de Monte Muru : aux 2 bataillons royaux dont nous avons parlé étaient opposés, du côté des libéraux, les bataillons d'Alcolea et de Ciudad Rodrigo, 4 compagnies de Guadalajara et 5 de la réserve de Zamora. — En même temps, le général Reyes marchait à l'attaque des positions de Murugarren à la tête de 6 bataillons, soutenus bientôt parles bataillons de Barbastroet d'Estella (libéral) qui arrivèrent de Murillo â .

Sur ces entrefaites, une pluie vint à tomber, qui, violemment entraînée par un vent impétueux, arrêta un moment la marche en avant des libéraux : vers quatre heures cependant, les bataillons de Reyès purent couronner les hauteurs de Murugarren et marcher sur Bearin et Grocin ; mais là, il devint impossible aux libéraux d'accentuer davantage leur mouvement en avant. Les hauteurs qui dominent Bearin, Murugarren, Zurucuain et Grocin sont ce que l'on nomme à proprement parler les monts d'Estella. — Coupés de ruisseaux, de rochers, de trous profonds, de ravines, de carrières, ces montagnes sont d'un accès très-pénible : cette confor-

Voir la planche V.

mation même du sol empêche les fractions constituées tels que pelotons ou compagnies de s'y mouvoir groupées ; les libéraux durent donc se diviser et bientôt un désordre extrême régna parmi toutes ces troupes, mêlant les bataillons aux bataillons et empêchant les officiers d'avoir sur leurs soldats aucune action bien efficace.

L'infanterie carliste qui était demeurée silencieuse tant que les colonnes assaillantes ne s'étaient point suffisamment approchées de ses tranchées, commença alors, à 300 mètres, un feu de mousqueterie des plus meurtriers. La colonne Reyès était néanmoins parvenue à s'emparer des premières maisons de Murugarren et à en déloger les 2 compagnies de Castille qui en occupaient les abords, quand 3 compagnies du 4 e d'Alava, chargèrent à la baïonnette, refoulèrent jusqu'au pied des hauteurs les colonnes assaillantes et reprirent possession des tranchées un instant perdues.

Ce sanglant combat à la baïonnette fut le signal d'un mouvement général en avant, de toute la ligne carliste. En effet, le général Reyès ayant appelé à son aide sa 2 e division qui était demeurée en réserve à Zabal, sous les ordres du brigadier don Jorge de La Malina , ces troupes, appuyées de deux sections de Villarobledo, entrèrent en ligne, face à Murugarren et se portèrent assez résolument en avant, mais ces troupes n'avaient pas commencé le feu depuis une demi-heure encore, qu'une seconde charge du 4 e et du 3 e d'Alava, les ramena en désordre jusqu'à Zabal : le général Molina y fut griè-

28 DOiN CARLOS VII

vement blessé. En même temps, à la gauche carliste, les volontaires tentaient sur les hauteurs d'Abarzuza et sur le village même une attaque de front si vigoureuse, que 7 compagnies royalistes contraignirent à la retraite 3 bataillons libéraux *.

Ce retour offensif du général DoTegaray sur les hauteurs d'Abarzuza sont un de ces faits qui dénotent chez un homme la véritable science de la guerre et le coup d'œil du champ de bataille.

Si Ton se souvient en effet qu'une partie des corps Echague et Martinez Campos combattaient à l'ouest d'Abarzuza, vers Monjiliberri, le port d'Echavarri et Eraul, on voit immédiatement qu'en reprenant Abarzuza, le général en chef carliste coupait en deux l'armée libérale et n'en faisait plus que deux tronçons sans valeur.

Le brigadier Beaumont et le marquis del Duero comprirent également le danger et firent immédiatement entrer en ligne tous les soutiens d'artillerie, un bataillon des Asturies et un autre de Valence qui n'avaient point encore donné. Entraînés par leurs officiers, et particulièrement par le colonel Castro, les capitaines d'état-

1 « A la vez los carlistas, desde los primeros momentos de iniciarse el ataque de frente, corrieron fuerzas considérables para apoderarse de las alturas de Abarzuza y del pueblo mismo, atacando à los très batallones de Soria, Luchana y réserva de Guadalajara que las ocupaban.

« Este ataque fué muy rudo tambien. »

Relation de la ultima campana del marqués del Duero.

major Galvos et Gonzalès Irribarren, ces troupes parviennent un instant à arrêter les carlistes et à regagner un peu de terrain sur Monte Muru. Mais ce succès est de courte durée : désormais la bataille était gagnée par l'armée royale qui avait changé les rôles et pris hardiment l'offensive, dans une bataille qu'elle soutenait défensivemerit depuis deux jours.

C'était de la bonne guerre, bien conduite et bien menée ; à tous les points de vue le général carliste méritait de vaincre.

Il est si vrai que, dès quatre heures et demie, l'armée républicaine était obligée de se borner à arrêter le retour offensif des troupes royales, que le général Martinez Campos, qui avait à attaquer les hauteurs de Zurucuain, n'essaya même pas un commencement d'action et se contenta, ainsi que le 1 er corps, d'escarmoucher devant Grocin, en avant de Murillo, Arandigoyen et Vilîatuerta : ce fait est consigné tout entier dans la relation officielle du général de La Vega Inclan, 4 pour

« ' El gênerai Martinez Campos, preparado para el ataque de las al taras de Zurucuain en cumplimiento de las instrucciones que babia recibido y a que hemos hecho anteriormente referencia, no pudo emprenderlo, pues que habia de verificarlo al ser conquistado Murugârren por las tropas del gênerai Reyes; y el l ep cuerpo que amagaba la torna de Grôcin desde la posiciones de Murillo y entretenia el combate por la parte de Villatuerla y Arandigoyen, hubo tambien de satisfacerse con ello, sin intentar ataque alguno serio y decisivo. »

Relation de la ultima campana del marques del Duero.

lequel les défaites doivent être bien claires avant d'être avouées.

Le maréchal Concha ne potfvait plus se faire illusion sur la périlleuse situation dans laquelle se trouvaient ses troupes ni sur l'imminence de leur défaite. Avec une énergie remarquable et ce coup d'œil rapide que nous avons loué plusieurs fois déjà, il jugea qu'il fallait essayer une fois encore de reprendre l'offensive.

Dans les circonstances où combattait l'armée libérale, la position de Monte Muru était indispensable pour donner un point de refuge solide à des troupes démoralisées et harassées : si ce point ne pouvait être emporté, on devait renoncer à garder Abarzuza et Zabal, c'est-àdire perdre non-seulement la journée, mais celles de la veille, de l'avant-veille et tout le fruit d'une laborieuse campagne de trois mois.

« Je vois, dit le vieux général au ^colonel Astorga, son aide de camp, qu'il me faut agir comme à Munecas, » faisant ainsi allusion à la part qu'il avait si brillamment prise à l'attaque du pic de J'Haya. 11 était alors à cheval au milieu des officiers de son état-major et descendit, au pas, la route d'Abarzuza à Estella, dans la direction de Muru. En sortant d'Abarzuza, cette route descend, -pendant 500 mètres environ, jusqu'à un ruisseau qui se jette dans Tlranzo, franchit ce ruisseau sur un petit pont et remonte vers Bearin entre le caserio de Muru et Murugarren; du caserio de Muru au pont, on compte en ligne droite environ i ,800 mètres.

Ayant traversé le petit pont dont nous venons de

parler, le maréchal laissa la route et prit à droite la direction du caserio de Muru; au bout de quelque temps, le terrain devint trop difficile pour continuer à à s'avancer à cheval ; on descendit donc et Ton mit les chevaux derrière un pli de terrain sous la garde de quelques cavaliers ordonnances.

A 1200 mètres en avant du maréchal, la brigade d'avantgarde du brigadier Blanco, déployée en tirailleurs, avait la plus grande peine à soutenir le feu des royalistes, qui, sortis de leurs tranchées, gagnaient peu à peu du terrain en avant, Touies les réserves du maréchal Concha étaient en ligne : à gauche, les trois régiments de cavalerie de Numance, de Pavie et de Talavera étaient déployés en avant de Zabal; près de ces régiments se tenaient massés les réserves de Léon et de Valence et les soutiens d'infanterie des 2 batteries Krupp qui tiraient sans interruption; enfin les généraux Reyès et Martinez Campos recevaient en même temps Tordre d'abandonner Villatuerta, Arandigoyen et Murillo, pour concourir à l'attaque de Monte Muru. Plus de 75,000 hommes allaient être aux prises sur un champ de bataille qui n'avait pas 3 kilomètres de longueur.

Le maréchal Concha, arrivé à 1,200 mètres destranchées carlistes, donna ordre à son état-major de s'arrêter et continua quelques pas encore jusqu'à une petite éminence d'où il pouvait distinguer nettement les lignes ennemies, sans être lui-même trop en danger, llvoyait . avec désespoir que la brigade Blanco, découragée, ira-

puissante à reprendre l'avantage, perdait à chaque instant du terrain, et il regardait, plein d'anxiété, vers sa gauche, par où, à chaque instant, devaiet.it déboucher les divisions Reyès etMartinez Campos, les seules troupes qui pussent désormais empêcher la déroute de l'armée républicaine.

Bien que six officiers d'ordonnance eussent été envoyés aux généraux Reyès et Campos, aucun, indice n'indiquait que ces officiers généraux eussent été prévenus de la détresse de l'aile droite.

Il était environ sept heures du soir, et le général Dorregaray, assuré désormais de garder ses positions, voulut essayer encore une fois de couper les lignes ennemies et de reprendre Abarzuza. Sur son ordre, le général Mendiri réunit les bataillons de réserve groupés en arrière de Murugarren etMuru ; cette vaillante troupe, un peu moins de 4.000 hommes, bondit hors de ses tranchées, en poussant « un hourra formidable, » (una espantosa griteria^^et s'élance la baïonnette haute sur les tirailleurs libéraux qui plient bientôt en désordre.

C'était la fin, on n'en pouvait plus douter, et le maréchal Concha devait regagner rapidement Abarzuza, s'il ne voulait courir le danger de tomber lui-même aux mains des royalistes. On dit qu'il refusa tout d'abord d'acquiescer aux prières de ses officiers d'ordonnance

1 Voici toute la phrase : « Las saltô (las trincheras) una gran masa de infanteria navarra para lanzarse sobre nuestros soldados â la bayoneta y con una espantosa griteria. »

qui le suppliaient de se retirer à temps et que, voyant l'infanterie carliste marcher vers Abarzuza, dans la direction des 30 pièces Krupp qui composaient la grande batlerie de position dont nous avons parlé, il demanda son cheval, voulant charger à la tête de 2 escadrons de Talavera qui étaient déployés à la gauche du petit p ont.

En ce moment, les balles commençaient à siffler avec assez d'intensité autour du petit groupe qui entourait le maréchal: bientôt le colonel Astorga, son aide de camp, tomba blessé, et quelques inslants après, son trompette d'ordonnance fut jeté à terre d'un autre coup de feu.

On était arrivé au pli de terrain où avaient été laissés les chevaux. Le maréchal s'arrêta un instant, regardant une dernière fois vers Zabal, interrogeant l'horizon, et cherchant à y découvrir les têtes de colonnes si impatiemment attendues et qui ne devaient point arriver.

N'apercevant rien, et averti par le sifflement plus intense des balles que l'ennemi s'avançait avec rapidité vers la rivière, il adressa à son ordonnance Ricardo Tordesillas ces paroles, les dernières qu'il ait prononcées : « Ricardo, mon cheval. »

Ricardo lui amena son cheval et le plaça en travers de la pente de la route, de telle sorte que son maître se mît plus facilement en selle.

Le maréchal, sans mot dire, mit le pied à rétrier, s'enleva de terre et retomba tout d'un coup comme une masse inerte entre les bras de son ordonnance, qu'il faillit entraîner dans sa chute. Une balle, partie vrai- II 3

semblableraent des tranchées de Murugarren, l'avait

frappé au cœur et littéralement traversé.

Il était raide mort; sa tête était retombée sur sa poitrine, ses bras, pendants, inertes le long du corps. Il n'avait fait entendre ni un cri ni un soupir.

C'était une mort digne d'éloges : la plus belle mort que puisse souhaiter un soldat : elle lui évitait d'ailleurs de voir un désastre que son énergie et ses talents militaires n'avaient pu conjurer.

A peine la nouvelle de la mort du général en chef fut-elle connue qu'une véritable panique s'empara des troupes libérales. Dans de telles circonstances et devant les progrès des carlistes qui gagnaient constamment du terrain vers Abarzuza etZabal, la retraite s'imposait fatalement aux généraux républicains : elle commença immédiatement.

A minuit et demi, et toujours harcelées par l'armée royale, les troupes libérales, en désordre, quittaient Abarzuza, v ou, pour mieux dire, ce qui avaii été Abarzuza, et reprenaient à étapes forcées le chemin de Larraga, Miranda et Berbinanza.

Ainsi une armée de plus de 40,000 hommes, disposant d'une artillerie formidable, composée de troupes aguerries, commandées par le premier général de *

Madrid, venait d'essuyer un véritable désastre de la part de soldats volontaires relativement mal armés, mal équipés et peu instruits.

Abarzuza est, au point de vue militaire, la victoire la plus mémorable qu'ait remportée l'armée carliste, aussi bien dans la campagne actuelle que dans la première guerre de sept ans : l'habileté du chef y eut une part plus grande encore que le. courage héroïque du soldat.

Les pertes de l'armée républicaine s'élevaient, pour les trois jours, à 2,700 hommes tués ou blessés et 250 prisonniers : l'armée royale n'avait eu que 200 atteints, et, parmi eux le colonel Eguileta tué, le brigadier Fontecha et le colonel Cavero blessés

De terribles scènes devaient suivre cette journée mémorable. Nous empruntons à un témoin oculaire la page suivante à laquelle nous n'avons rien à ajouter.

« Dès leur entrée à Abarzuza, les bataillons de l'armée royale ne virent devant eux qu'un amoncellement de ruines et de cendres. Les trois quarts du village n'étaient plus qu'un amas de décombres d'où partait une fumée noire et épaisse.

Au milieu des ruines s'élevait une maison intacte... C'était celle où le maréchal Concha venait d'expirer 1 . Les habitants, épars dans les rues, devant leurs maisons en cendres, se jetaient aux pieds des officiers de l'ar-

1 L'auteur se trompe pour ce détail, mais cette erreur n'enlève rien à la valeur du récit.

mée royale et demandaient vengeance en indiquant les maisons où les soldats de Serrano avaient jeté dans les flammes plusieurs prisonniers carlistes *. »

Des restes informes de cadavres calcinés apparaissaient, en effet, au milieu des décombres dans le réalisme le plus horrible à voir! Jamais armée vaincue, dans la rage de l'acharnement bestial, ne s'était livrée à de telles atrocités.

Les populations, l'armée, les frères d'armes des victimes, la justice humaine, celle de Dieu réclamaient de justes représailles.

Le général Dorregaray donna le jour même l'ordre de décimer les prisonniers de l'armée libérale et cet ordre fut exécuté.

A l'heure même où la justice avait reçu son tribut, une femme avait dans ses mains la grâce des incendiaires et se dirigeait en toute hâte vers le champ d'exécution.

Elle apprit, non loin d'Abarzuza, que son élan de bonté souveraine n'avait pu devancer le signal de l'expiation.

Cette femme était la reine dona Margarita.

Les prisonniers moururent noblement, presque avec

1 La confirmation de cet horrible 'détail nous est donnée dans le rapport officiel du général Dorregaray sur la bataille d'Abarzuza : « Les quelques prisonniers qu'ils ont pu nous faire (6 ou 8), ont été fusillés sur la place d'Abarzuza, et leurs cadavres jetés dans les flammes. »

fierté. Un seul rampa aux pieds de l'officier qui commandait le peloton d'exécution : « Je servirai dans vos rangs... Désormais ma vie est au roi et à sa cause: mais de grâce laissez-moi vivre, » s'écriait-il en poussant des cris désespérés.

Cet homme était le Prussien Schmidt . »

Ne nous arrêtons pas plus longtemps sur ces terribles scènes et examinons plutôt les suites de la victoire d'Estella.

Elles étaient importantes et l'auraient été bien davantage si l'armée carliste eût pu poursuivre son ennemi : malheureusement l'absence de cavalerie, le manque de voitures, de mulets et de tout le service du train et des transports empêchaient encore à cette époque de compléter un succès qui eût pu être décisif.

Toutefois, l'armée libérale demeurait sans forces pour plus d'une demi -année. Le pays carliste, un instant menacé, rentrait dans sa tranquillité première et allait être doté de cette organisation politique dont nous avons donné une idée dans la première partie de cet ouvrage. Enfin la première place du nord de l'Espagne, Pampelune, allait être étroitement bloquée et la Navarre entièrement fermée aux troupes républicaines.

1 Louis de Joantho. Don Carlos et les carlistes. —Notes, esquisses, portraits à la plume.

Abarzuza était une royale réponse à ceux qui avaient demandé s'il restait encore des carlistes après la levée du siège de Bilbao.

C'est ainsi que sait agir un prince énergique : ses actes parlent pour lui.

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