CONDUITE DE LÀ COMPAGNIE DU CHEMIN DE FER DU NORD
La Compagnie du chemin de fer du Nord a pris, dès le commencement de la guerre, une attitude offensive, et cela sous toutes les formes : par les armes, par la voie de la presse et parle concours financier qu'elle a prêté à tous les régimes révolutionnaires qui, depuis trois ans, se sont succédé, à Madrid : — Monarchie étrangère d'Amédée, — République unitaire, — République fédérale et canlonaliste, — Dictature de Castelar, — Dictature deSerrano, — et gouvernement alphonsiste*
Par les armes. — La Compagnie du Nord a armé son personnel, fortifié ses gares, stations, têtes de tunnel et jusqu'à ses locomotives. M. Pirels, son ingénieur en chef, par décret inséré dans la Gazette officielle de Madrid, a été nommé grand-croix du Mérite militaire, pour services de guerre.
Par la voie déjà presse. — Il est de notoriété publique que M. Isaac Péreire, président du comité de direction de Paris, rédige lui-même la Semaine financière, industrielle et commerciale, qui paraîk chaque lundi dans le journal la Liberté.
Il nous serait très-facile de citer les assertions erronées sorties de cette plume, depuis plus de deux ans, contre la cause du Roi. Nous nous contenterons d'en citer une seule, non parce qu'elle est Tune des plus graves, mais parce qu'elle est la plus récente et par conséquent la plus répréhensible. M. Isaac Péreire écrivait dans la Semaine financière, industrielle et commerciale, du lundi 19 avril dernier : « La tendance à la hausse sur les actions du chemin de fer
• du Nord est manifeste; elle est en quelque sorte dans l'air,
• tant on a confiance dans l'avenir de celte grande af- » faire... » Et plus loin : € Ajoutons que la guerre civile » est bien près de toucher à son terme. Le Prétendant ne
• saurait tenir longtemps la position en présence de la dis-
• solution, chaque jour plus complète, de son armée, et il
• y a lieu d'espérer la réouverture du chemin de fer du
• Nord pour une époque peu éloignée. •
Or, quand M. Isaac Péreire s'exprimait ainsi, il y avait à peine quarante-huit heures qu'il connaissait l'adhésion du roi Charles YII à la neutralisation, admise en premier lieu par le gouvernement de Madrid. Comment expliquer que M. Isaac Péreire défigure ainsi la vérité, au moment même, où la Compagnie du Nord vient d'obtenir une faveur qui lui a été généreusement accordée par le Roi? Comment qualifier un pareil procédé? À leur tour, les administrateurs de la
Compagnie, qui résident à Madrid, ont fait insérer ou laissé insérer, sans le démentir, dans la Epoca du lundi 10 mai, un avis ainsi conçu, I" page, in fine : « La Compagnie du * chemin de fer du Nord nie que les carlistes aient autorisé » la circulation des trains sur toute la ligne, et affirme que » les carlistes ont seulement promis de respecter la voie, à » la condition qu'aucune locomotive ne circulera entre Mi- » randa et Hendayé. »
Par concours financier. — Le gouvernement al phonsiste et les gouvernements révolutionnaires qui l'ont précédé ont mis l'Espagne en état de faillite. La rente espagnole n'est pas payée depuis deux ans. Le trésor de Madrid est yide, et en Catalogne, en Aragon, dans le royaume de Valence, dans les deux Castilles, dans la Navarre, dans les provinces basques, partout la victoire a déserté le drapeau al phonsiste.
Toutes les recettes du budget réunies ne suffisent pas à payer les frais de la guerre. Les journaux ministériels comme la Epoca et la Corfespondencia se chargent de nous apprendre que le payement des fournitures de Tannée est aujourd'hui même en retard, à Madrid, pour une somme de seize millions. Que doit-il donc arriver dans les autres provinces?
Dans ces conditions, toutes les places de l'Europe lui sont fermées pour émettre un emprunt, et cependant certains administrateurs de chemins de fer du Nord n'hésitent pas à favoriser des emprunts qui creusent davantage l'abîme financier dans lequel l'Espagne est plongée. Je suis autorisé par le Roi à déclarer que jamais il ne reconnaîtra de pareils emprunts.
Nous devons faire remarquer que M. Alonso Martinez, président du conseil d'administration dû chemin de fer du Nord, s'occupe plus que jamais de politique, en ce moment.
Les journaux de Madrid se chargent de nous l'apprendre.
Cela enlève nécessairement au président de la Compagnie une bonne part de sa liberté d'action vis-à-vis du gouvernement alphonsiste. Pourquoi enfin la Compagnie du Nord ne nous a-t-elle pas déclaré franchement, — dès qu'elle l'a su, — que le gouvernement alphonsiste ne voulait plus exécuter l'engagement qu'il avait pris, au lieu de nous expliquer pendant près d'un mois le retard de ses représentants par des difficultés de voyage imaginaires, quand elle savait que des ordres avaient été spécialement donnés aux avant-postes carlistes pour recevoir MM. lbarrola et Polack, et au besoin favoriser leur voyage ?