‹ Don Carlos VII et l'Espagne carlisteChapitre 48 sur 50 · CONDUITE DU GOUVERNEMENT DU ROI CHARLES VII · texte numérisé non relu

CONDUITE DU GOUVERNEMENT DU ROI CHARLES VII

Combien est différente la conduite du Boi, mon auguste maître ? Il y a déjà plus d'un an qu'il a autorisé la Compagnie du Nord à réparer tous les dégâts causés par les nécessités de la guerre, de telle sorte que, dans le délai de vinglquatre heures, la circulation des trains de voyageurs et de marchandises sur la voie ferrée, peut être rétablie entre Hendaye et Madrid.

En outre, dès qu'il a engagé sa parole de Roi, dès qu'il a accepté, à son tour, le principe de la neutralisation de la ligne entre la frontière française et l'Ebre, voici les différentes mesures administratives et militaires qui été prises par son ordre :

1° S. E. le comte de Belascoain, directeur général des communications, adresse, eh date du 19 avril, une circulaire auxdéputations des provinces traversées par le chemin de fer, pour les invitera rappeler aux populations le res-

pect gai est dû à la voie ferrée, aux stations et au matériel de toute sorte, sous peine d'être poursuivi devant les tribunaux compétents.

2° La députation de la province de Guipuzcoa adresse une circulaire dans ce sens à tous les alcades (maires). Celte circulaire est affichée à la porte de tous les ayunlamientos (mairies) et publiée suivant l'usage adopté pour la publication des actes de l'autorité.

La députation du royaume de Navarre adresse, en date du 23 avril dernier, une circulaire à tous les alcades, et les mêmes mesures que dans le Guipuzcoa sont prises dans ce royaume.

Ces trois circulaires ont été publiées dans la partie officielle du journal intitulé le Cuartel Real.

3° Enfin, S. Exe. le capitaine général duc d'Elio, ministre de la guerre, a adressé, en date du 27 avril, un ordîe dans le même but à tous les commandants en chef des armées de Sa Majesté, aux gouverneurs et commandants d'armes. Cet ordre a été publié aussi dans la partie officielle du Cuartel Real.

Ces mesures ainsi exposées, il me parait nécessaire de bien faire connaître une fois pour toutes la manière de voir de Sa Majesté sur la marche ou l'interruption des chemins de fer en temps de guerre. Il faut que la vérité finisse par triompher des épais nuages de mensonges et de calomnies amoncelés sur cette question par les Compagnies de chemins de fer, par la presse révolutionnaire, nous pouvons ajouter par la presse à demi-hostile, parce qu'elle est certainement mal éclairée et mal informée.

S. M. le Roi Charles Vit ne connaît pas la sentimentalité vague et hypocrite du siècle ; à l'audace du mensonge il oppose la force de la vérité.

S'il est une mesure adoptée sans protestation depuis l'origine du monde et insciite dans le code de la guerre chez

toutes les nations, c'est la mesure qui consiste à couper les routes en temps de guerre. Or, un chemin de fer n'est qu'une route, et pour tout homme judicieux et impartial qui se place au point de vue de la guerre, il ne peut y avoir aucune différence entre le fait d'intercepter un chemin de fer et le fait d'intercepter un simple chemin vicinal.

C'est pourquoi Sa Majesté le Roi, soucieux avant tout de la vie de ses volontaires, devait nécessairement inutiliser des engins aussi puissants que les chemins de fer, et ce n'est pas dans la patrie de Zumalacareguy qu'on subira jamais l'affront de voir les trains de chemin de fer circuler sans neutralisation préalable, comme on les a vus circuler dans des guerres récentes entre Berlin et les portes de Vienne et entre Berlin et les portes de Cherbourg.

En temps de guerre, quand on ne possède pas un chemin de fer, il faut savoir le conquérir, et quand on le possède, il faut savoir le conserver.

Les Compagnies de chemins de fer, et je m'adresse plus particulièrement à celles qui ont été constituées avec des capitaux provenant en majeure partie de l'étranger, doivent rester neutres, en temps de guerre civile. A l'avenir nous invitons les Compagnies à prendre notre manière de voir en très-sérieuse considération. Toutefois, Sa Majesté, qui se place toujours au point de vue le plus élevé et le plus généreux, continuera à tenir compte, dans une certaine limite, de la nécessité où sont les employés de chemins de fer de subir quelquefois la loi du plus fort.

Quant au passé, il faut tenir pour certain que les autorités royales n'ont jamais pris des mesures de rigueur, soit contre les Compagnies, soit contre les employés, qu'après leur avoir donné des ordres et qu'après s'être assurées que ces ordres étaient parvenus à leur connaissance.

Ajoutons, du reste, que Sa Majesté n'a fait, dans cette guerre, que ce qui s'est pratiqué avec une rigueur bien plus

grande dans la guerre de sécession, aux Etats-Unis, et avec cette différence qu'elle s'est toujours empressée d'adhérer à la neutralisation des voies ferrées, chaque fois qu'elle a été préalablement acceptée par le gouvernement alphonsiste.

C'est sur cette base que tous les chemins de fer de Catalogne circulent, en vertu de conventions signées par les généraux Raphaël Tristany et Martinez-Campos, commandants en chef des armées royale et alphonsiste dans ce principat, conventions qui sont religieusement observées.

Dans quelques jours doit être inaugurée dans le territoire carliste une nouvelle ligne de Barcelone à Yich. Bien plus, trois ou quatre cents ouvriers travaillent actuellement, sous la protection des autorités carlistes, à la construction du chemin de fer de Girone à la frontière française par les Pyrénées-Orientales.

Nous vous le demandons, monsieur le président : de quel côté se trouvent la mauvaise foi et l'abus des nécessités de la guerre, et de quel côté se trouvent l'humanité et la protection accordées au commerce et à l'industrie?

Comment comprendre que le gouvernement alphonsiste autorise en Catalogne ce qu'il refuse aux provinces basques ? Comment comprendre surtout qu'après avoir donné sa parole, il la viole?

Mais revenons à la conduite observée par Sa Majesté le Roi, notre auguste maître, dans la question relative à la circulation du chemin de fer du Nord. Sa Majesté était désireuse d'abord de donner au commerce et à l'industrie en général une preuve efficace de sa protection, et plus particulièrement à la France, malgré l'hostilité chaque jour croissante de son gouvernement, à cette nation sœur, dont les capitaux ont puissamment contribué à la construction du chemin du fer du Nord et au développement des voies ferrées en Espagne.

Elle avait à cœur de voir reprendre Je travail dans les II. i8

manufactures et fréquenter, comme en pleine paix, les stations thermales et les établissements de bains de mer. Les travaux de la paix n'auraient pas fait concurrence à ceux de la guerre.

Sa Majesté voulait, en un mot, faire cesser ce nouveau blocus continental qui pèse sur l'Espagne par la faiblesse des puissances étrangères, parce que ces puissances se sont empressées, — sauf la Russie, — de reconnaître tous les gouvernements de fait qui s'installent à Madrid, et par conséquent encouragent toutes les révolutions.

Des commotions prochaines leur prouveront combien leur politique a été imprévoyante, et ces puissances, qui pour s'excuser, déclarent agir ainsi dans l'intérêt de la paix, reconnaîtront, mais trop tard, qu'elles ont amené la guerre par leur égoïste effacement.

Sa Majesté voulait prendre les mesures les plus favorables à l'importation comme à l'exportation, et favoriser le transit international.

Elle voulait ouvrir ses Etats à tout le monde et permettre aux amis comme aux ennemis de la Légitimité de prendre la calomnie et le mensonge sur le fait.

Us auraient assisté à ces juntas générales, organisées d'après les fueros, et où le problème de la décentralisation est résolu depuis des siècles.

Ils auraient admiré une armée qu'ils savent vaillante, depuis longtemps disciplinée et munie de fusils perfectionnés, tels que Berdan réformés et Remington;

Une artillerie composée de canons Whitworth, Woolwich, Vavasseur, Krupp, sans compter ceux pris à l'ennemi ou fondus à l'arsenal d'Azpeitia;

Un service des postes et des télégraphes qui dessert le moindre village et nous met en vingt-quatre heures en communication avec Paris et Londres ;

Le chemin de fer du Nord rétabli, pour service de guerre,

sur la partie de la ligne qui est occupée par nos forces entre Andoain et Salvatierra ;

Une université catholique à Onate;

Un grand collège d'instruction secondaire à Vergara;

Des écoles primaires, jusque dans les moindres hameaux, où l'instruction est donnée gratuitement sur les bases de la religion et d'après les Meilleures méthodes d'enseignement;

Des tribunaux, composés déjuges intègres et instruits;

Une administration des douanes, honnête et polie ;

Une police vigilante et pas tracassière ;

Des campagnes riantes et couvertes de moissons, comme avant la guerre, grâce à un système de congés, donnés tour à tour à chaque volontaire et grâce aussi à ces femmes énergiques et courageuses, habituées de tout temps aux durs travaux de l'agriculture, qui manient aussi facilement ïaya que le fuseau. Gela, nous le savons, fait l'étonnement de l'étranger, qui s'imagine qu'une grande partie de nos campagnes reste sans culture ; en venant parmi nous, il se serait convaincu de la parfaite exactitude de notre langage. En fait de dévastations et de "ruines, on ne voit que les maisons froidement incendiées, au pétrole, à Oyarzun, Irun et Abarzuza par les troupes du général Loma.

Nous pouvons, du reste, invoquer le témoignage de ces nombreux étrangers de distinction, Français, Anglais, Russes, Autrichiens, Prussiens, Italiens et Américains, qui sont venus nous visiter. Nous invoquons surtout le témoignage des Anglais, protestants comme catholiques, dont l'esprit d'observation et de positivisme laisse peu de place à l'optimisme et à l'illusion.

JSnfin, nous ne pouvons terminer ce tableau, sans parler du service des hôpitaux et des ambulances, fait par l'association catholique la Caridal, fondée et dirigée par S. M. la Reine Marguerite, qui pourrait prendre pour nouveau pré-

nom ce mot même de « Caridad » qu'elle a si bien conquis sur le champ 'de bataille d'Abarzuza. Cette association compte trente-deux hôpitaux dont deux surtout doivent être cités, Irache et Lesaca.

Voilà ce que S. M. le" roi Charles VII pouvait montrer avec fierté aux amis comme aux ennemis de la Légitimité, et voilà précisément ce que le gouvernement de Madrid a voulu cacher, en manquant à sa parole.

Peu importe maintenant que l'engagement n'ait pas été exécuté; peu importe qu'il n'ait point passé du domaine de la parole donnée dans le domaine de l'action. Ce qu'il importe de constater, c'est que le gouvernement alphonsiste ne peut pas détruire l'effet moral de son engagement, en manquant à sa parole.

En résumé, nous croyons avoir bien établi pour le commerce européen et pour tous les esprits impartiaux:

1° Que le Roi seul a tenu tous ses engagements et qu'il a même pris spontanément des mesures propres à en rendre l'exécution plus facile ;

2° Que le gouvernement alphonsiste n'a pas tenu sa parole, et que sur lui avant tout pèse la responsabilité de ce qui arrive ;

3° Que la Compagnie du Nord auraitdû au moins avoir le courage du silence et ne pas venir en aide à la mauvaise foi du gouvernement alphonsiste par des allégations qu'elle savait contraires à la vérité.

Dans ces circonstances, les actionnaires de la Compagnie du chemin de fer du Nord de l'Espagne pourront certainement demander des comptes sévères à leurs administrateurs pour leur conduite peu habile et peu correcte, et vous verrez, monsieur le président, quelles sont les mesures les plus opportunes que vous pourrez adopter pour mettre fin à un

pareil état de choses, dans l'intérêt du commerce et de l'industrie.

Agréez, monsieur le président, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

Le secrétaire d'Etat au département des finances, Comte del'Pinar.

Au quartier roj al de Tolosa, le 27 mai 1875.

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