‹ Don Carlos VII et l'Espagne carlisteChapitre 8 sur 50 · II · texte numérisé non relu

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mes non mariés de vingt-trois à trente-cinq ans qui se trouvaient encore dans leurs foyers. On donna cependant à ces derniers le droit de se racheter, moyennant 1,350 francs par tête, et comme le plus grand nombre préféra cette exonération aux fatigues d'une guerre pénible et peu glorieuse, les caisses de l'Etat s'en trouvèrent bien, « le gouvernement de Madrid battait monnaie avec l'impôt du sang \ »

On avait pu voir à Estella combien l'artillerie carliste avait été faible, et quel courage il avait fallu déployer pour lutter sans canons contre une armée disposant de pièces rayées d'une puissance redoutable.

Le ministère de la guerre carliste s'occupa donc activement et de presser les commandes déjà faites aux manufactures royales et d'acheter à l'étranger tout ce que l'on pourrait trouver en fait de canons à longue portée. Ces efforts ne furent point vains.

Jusqu'à celte époque, toutes les tentatives effectuées pour débarquer de l'artillerie sur les côtes carlistes avaient assez mal réussi, quand, au commencement de juillet, le capitaine Jefferson, de la manne américaine, offrit un bateau à vapeur pour transporter les armes et les canons qu'on trouverait à acheter à l'étranger.

Ses offres furent d'abord accueillies assez froidement, car l'on avait déjà à se plaindre de plusieurs de ces fai-

1 Bulletin de la réunion des officiers. — La guerre des carlistes, par le capitaine Martner du corps d'état-major.

seurs d'offres, qui, lorsqu'on les mettait au pied du mur, ou ne pouvaient plus les réaliser, ou posaient alors des conditions impossibles; le capitaine Jefferson revint à la charge avec tant d'insistance, que Ton consentit à l'écouter, et comme il proposait de garantir la valeur des objets dont on lui confierait le transport, cela donna en lui la plus entière confiance. Après plusieurs entrevues, il fut décidé que le capitaine Jefferson déposerait dans une maison de banque de Bayonne, avant son départ, une somme de cent mille dollars, représentant approximativement la valeur des pièces d'artillerie, caissons, munitions, etc., dont il se chargeait d'opérer le transport, à ses risques et périls et moyennant le prix de dix mille dollars, de Boston à l'un des ports de la côte cantabrique.

Les choses étant ainsi réglées, le capitaine Jefferson s'embarqua pour son pays, à Brest, a vecquatre pilotes de Biscaye et un agent carliste. Le dixième jour ils débarquaient à New- York. Là, l'agent carliste trouva un correspondant qui depuis bien longtemps était dépositaire des quatre batteries d'artillerie complètes, que le général Maestre.avait commandée à la maison J. G. et compagnie à la fin de l'année 1873. Ce correspondant informa l'agent carliste que la même maison venait de terminer trois pièces d'un modèle et d'un système entièrement nouveaux: pièces de montagne de 4 se chargeant par la culasse, en acier comprimé, ne pesant que 160 livres, et lançant un obus de 4 livres à 6 kilomètres. L'agent carliste, après avoir reconnu l'exactitude du fait, n'hé-

sita pas à acquérir ces trois pièces pour son gouvernement. Pendant ce temps, le capitaine Jefferson mettait la dernière main aux préparatifs de son navire \eLondon. Après avoir embarqué les vivres et rechanges nécessaires, il fit ample provision de combustible, fit choix d'un équipage nombreux et éprouvé, et télégraphia à New- York à l'agent carliste qu'il serait prêt à embarquer les canons à Boston le 14 juin. L'agent carliste ayant alors loué un tug boat, y embarqua les 27 canons avec 250 caisses de munitions, et prit lui-même passage sur le tug boat, qui arrivait le 15 juin au point du jour à Boston.

On se disposait à opérer le transbordement lorsqu'un ordre de la 6ecrétairerie d'Etat de Washington vint l'empêcher : le cabinet de la Maison-Blanche faisait savoir au capitaine Jefferson que, les Etats-Unis ayant reconnu le gouvernement républicain espagnol, il ne pouvait permettre que l'on chargeât dans un port de l'Union des armes destinées aux ennemis de ce même gouvernement. On croyait tout perdu de nouveau, et déjà l'agent carliste était au moment de remettre l'artillerie en magasin, lorsque le capitaine Jefferson trouva un biais pour tourner . la difficulté : il prit le chemin de fer, arriva à Washington, et par le moyen de son beau-frère Lewis, qui était employé à la secrétairerie de la marine, il obtint que la destination de son bateau le London serait changée : au lieu de l'expédier pour l'Espagne, il lui donna la destination du Japon. Dès lors la surveillance cessa. Le 24 juin, jour de Saint-Jean-Baptiste, le Lon-

don appareillait ostensiblement pour le Japon ; mais à la tombée de ia nuit, il revenait sur ses pas, et venait mouiller une ancre à l'abri du cap Farewel, à six milles N.-E. de Boston. Le capitaine du tug boat, gagné par l'offre d'une gratification de 1,000 dollars, faisait chauffer son bateau et le conduisait au même point. Là, pendant une nuit splendide éclairée par la pleine lune, le transbordement commença : les canons furent d'abord placés à bord du London ; puis les caissons, les caisses de munitions, etc., et, enfin, le 27 juin, à huit heures du soir, le tug ayant remis tout ce qu'il avait à bord du London, s'éloigna en reprenant le chemin de New-York, tandis que le London, poussant ses feux, disparut rapidement dans la direction de l'ouest.

Ce t^au vapeur, doué d'une puissante machine et d'une marche extraordinaire, filait jusqu'à seize nœuds.

La traversée ne fut marquée par aucun incident sérieux. Le 5 juillet dans la matinée on reconnaissait l'embouchure de la Gironde : l'agent carliste, après être parfaitement convenu de tout avec le capitaine Jefferson, quitta le navire, et, ayant été recueilli par une barque de pilote, fut débarqué à Arcachon dans la même matinée ; le soir il était à Bayonne, d'où il partait immédiatement et se dirigeait sur le port de Bermeo, à 7 kilomètres de Bilbao, point désigné pour le débarquement. Là, en effet, on avait réuni 4 bataillons carlistes pour protéger les opérations; en outre, une centaine de lanchas inutilisées pour la pêche, puisque les croiseurs républicains les saisissaient', attendaient avec leurs équi-

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pages vaillants et déterminés, prêtes à se transporter au point qui leur serait indiqué.

Depuis deux jours le télégraphe de Bilbao avait signalé au gouverneur de Madrid que les Etats-Unis venaient r yer un croiseur sur les côtes, afin d'empêcher tout .avire américain d'opérer des débarquements d'armes pour les carlistes. Serrano s'empressa d'écrire au ministre du Pavillon étoile à Madrid pour le remercier de cette preuve de courtoisie et d'amitié de la République sœur. Le ministre des Etats-Unis n'y comprenant absolument rien, et n'ayant reçu aucun avis de l'arrivée de ce nouveau croiseur, télégraphia à Washington le 8 juillet. La réponse lui arrivait le 9, et disait en substance que les Etats-Unis n'avaient envoyé aucun nouveau croiseur sur les côtes d'Espagne. Le ministre, tout ému, s'empressa de communiquer celte réponse à Serrano, qui à son tour télégraphia à la flotte du golfe de Biscaye de surveiller ce navire suspect. Mais il était trop tard : le prétendu croiseur américain, qui n'était autre que le London, avait pu entrer le 8 au soir dans le port de Bermeo.

Les mesures nécessaires avaient été si bien prises, et les opérations furent poussées avec une si prodigieuse activité, que dès le 9, à cinq heures du matin, tout son déchargement était opéré et que le London ressortait tranquillement du port de Bermeo, sans avoir été même aperçu par la flotte espagnole et spécialement par la goélette Consuelo qui était tout près de là.

Le capitaine Jefferson avait, en effet, si bien déguisé

son navire, mettant en batterie 18 des pièces qu'il

transportait, faisant manœuver son nombreux équipage

avec la discipline et l'ensemble d'un véritable man of

war^ que tout le monde y avait été trompé, et que le

pacifique London avait été pris pour un aviso de la ma;

rine américaine ' •

Cependant il y avait un mois que s'était livrée la bataille d'Estella, et de part ni d'autre on n'avait encore recommencé les opérations : ce fut le général Dorregaray qui prit cette fois l'offensive.

Le 2 août, au point du jour, le général carliste, à la tête de 5,000 fantassins et de 10 escadrons, environ 1 ,000 chevaux, marchait sur Miranda de Ebro, dans le but de s'emparer de la ville. En même temps, une avant-garde de 1,500 hommes, dont 500 cavaliers, passait l'Ebre au-dessus de la gare, coupait le télégraphe, dévastait la voie et cherchait à attirer la garnison; mais la terreur du commandant républicain devait faire échouer ce plan. Laissant les 1,500 volontaires opérer tranquillement leur besogne, il se tint coi dans la place et put télégraphier à temps à la brigade Blanc o le danger que courait Miranda.

Dorregaray voyant ses combinaisons déjouées, battit

1 Ces détails ont été pris textuellement dans la très-intéressante lettre signée: D. Juan Maria de A, publiée par la Semaine deBayonne, au mois de juillet de Tannée dernière (1874).

en retraite à quelques kilomètres de la ville, et Blanco n'osa point aller l'y chercher. On avait fait quelques prisonniers et détruit un matériel de voies ferrées considérable : l'expédition avait en partie réussi.

Trois jours après l'affaire de Miranda, c'est-à-dire le 5 août, le brigadier carliste Alvarez tenta un coup de main des plus hardis sur la place forte de La Guardia que Primo de Rivera, à la tête de 15,000 hommes, avait mfs huit jours à prendre * au mois de février précédent.

La Guardia esta trois lieues et demie de Logrono :cette place renfermait au mois d'août une garnison de 400 hommes, était convenablement armée, et se croyait, surtout à cause de sa proximité de Logrono, à l'abri de toute surprise.

Dans les premiers jours d'août, le général Alvarez reconnut lui-même la forteresse et remarqua une maison abandonnée, située assez près de la porte, où l'on pouvait dissimuler facilement une centaine d'hommes.

Son plan fut immédiatement tracé. Le 4 août, vers minuit, il détacha à Samaniegos le brigadier Albarrain avec 3 bataillons et 4 pièces pour barrer la route de Haro et" de Miranda de Ebro, et se porta lui-même avec les quatre premiers bataillons d'Alava, le bataillon de la Rioja et 2 pièces de canon sur les hauteurs qui domi-

* Voyez page 177, tome premier

nent la ville : un bataillon surveillait la route de Logrono.

Aussitôt les troupes bivaquées, le commandant Faustino Urbina eut Tordre de se dissimuler avec la 1" compagnie du' 4 e d'Alava, et la 2 e du 2 e dans la maison abandonnée dont il a été parlé.

Au point du jour, le pont-levis fut baissé et le poste républicain fit une prétendue reconnaissance aux environs de la porte, suivant le règlement. Au moment où, cette reconnaissance terminée, ce poste rentrait dans la place, les compagnies du commandant Urbina, qui n'avaient pas soixante mètres à franchir, s'élancèrent sur lui et entrèrent à sa suite dans la place en poussant les républicains à coups de baïonnette ; le poste entier fut tué ou garrotté, et le commandant Urbina, après avoir laissé quelques hommes pour garder Ja porte, marcha sur le château. Au bruit de la fusillade, la garnison s'était misé en défense, et le canon du château commença à tirer sur les troupes carlistes auxquelles le général carliste Alvarez avait fait suivre le mouvement du commandant Urbina.

L'artillerie carliste eut bientôt fait taire l'unique pièce des républicains, et le gouverneur, qui venait d'être blessé, sommé de se rendre, capitula.

La garnison défila sans armes devant le vainqueur et eut la liberté de se retirer à Logrono : elle laissait aux mains des carlistes 3 pièces d'artillerie, 325 Remington ou Berdan, 600,000 cartouches, et 800 obus.

Cependant, au bruit du canon, le général en chef Zabala, qui avait succédé au maréchal Concha à la tête

de l'armée du nord et qui, depuis sa prise du commandement, n'avait pas encore donné signe de vie, jugea qu'il avait enfin là une occasion de se montrer, et ayant envoyé quelques éclaireurs aux renseignemertts, il partit de Logrono à la tête d'une brigade du 2 e corps pour porter secours à La Guardia. Comme il sortait de Logrono, le canon cessa de se faire entendre; il n'en continua pas moins sa route, mais n'arriva que pour recueillir la garnison désarmée qu'il rencontra à moitié chemin 'déjà de La Guardia. 11 jugea en avoiF fait assez et rentra à Logrono, assez piteux de cette faussé sortie.

A la nouvelle de ce nouvel insuccès, le général Morionès, qui gardait la ligne de l'Arga et avait son quartier général à Larraga, demanda au général en chef la permission de tenter un coup de main sur la ligne Oteiza- Cirauqui qu'occupait, depuis sa dernière victoire, le général Mendiri. L'autorisation fut accordée, et le 10 août au matin le corps Morionès, fort de 16,000 hommes, marcha sur Oteiza.

Le général carliste n'avait, pour la défense d'une ligne qui ne comptait pas moins de 10 kilomètres, que 13 bataillons.

L'attaque républicaine s'effectuait sur trois colonnes: à gauche, la brigade Marini se dirigeait entre More n tin et Oteiza \ pour se rabattre sur Oteiza ; au centre la

* Voyez les planches V et VI.

division Catalan marchait directement sur Oteiza par la route; à la droite, la cavalerie et une brigade d'infanterie devaient enlever le mont Esquinza et couper la ligne carliste.

Après cinq heures d'un combat acharné, la brigade Marini et la division Catalan parvinrent enfin à déloger les 5* bataillons carlistes d'Oteiza, mais la colonne de droite fut impuissante à couper la ligne Oteiza-Cirauqui : les carlistes laissaient 500 hommes sur le champ de bataille et Morionès un peu plus du double. Ce n'était même point un demi-succès, et le général républicain, dont la position était fort risquée au sommet de l'angle Cirauqui-Oteiza-Dicastillo, battit en retraite dans la nuit même,- laissant ses morts sur le champ de bataille. Au soir, Oteiza était réoccupé par les royalistes qui n'avaient que quelques braves de moins et un nom de plus à ajouter à leurs succès.

La fin du mois d'août vit encore quelques revers des républicains.

Le 23 août, le général Dorregaray franchit l'Ebre audessous de Lodosa, et entra le lendemain 24 dans Calahorra, ville de 6,000 habitants, sur la rive droite de l'Ebre.

Après avoir désarmé la garnison, perçu une forte contribution, prrs 300 fusils, détruit la gare et tout le matériel de la voie, le général carliste rentra dans ses lignes avant que le général Zabala eût été informé de cet audacieuxcoup de main.

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Plus au nord, c'est-à-dire à Vitoria, la vigilance da brigadier carliste Alvarez, chargé du blocus, avait été surprise, et 20 canons avaient pu être entrés dans la place.

Le général Zabala, que ce premier succès d'un de ses lieutenants avait encouragé, résolut de renouveler ce coup de main, et le 28 août fit passer à son tour dans Vitoria un convoi de munitions et de vivres ; mais comme il regagnait le lendemain sonquartier général, il fut attaqué au village d'Arminon par Alvarez, qui faillit le faire prisonnier. Bien que disposant de 15 bataillons, environ i i ,000 hommes et d'une puissante artillerie, le général républicain dut battre précipitamment en retraite, abandonnant plusieurs voitures, des prisonniers et des chevaux.

C'était l'époque où l'Europe, sauf la Russie, s'apprêtait à reconnaître le gouvernement du maréchal Serrano.

Né d'un coup de force et d'une conspiration de caserne, ce gouvernement n'avait dominé jusque-là que par la violence et par les lois d'exception les plus despotiques : toutefois le maréchal Serrano n'hésitait point à parler de légalité aux puissances et essayait de faire croire à une force qu'il était loin de posséder. Le ministre des affaires étrangères de Madrid eut à rédiger une note * imputant aux carlistes toutes sortes de crimes dont ils étaient parfaitement innocents et essayant de

* Voyez la note du marquis de La Vega de Armijo, aux pièces justificatives.

les représenter comme vivant en barbares, en dehors de toutes les habitudes des nations civilisées. Les massacres d'Abarzuza, c'est-à-dire les prisonniers fusillés sur l'ordre de Dorregaray, étaient habilement exploités, maison se gardait de parler de l'incendie du village et des carlistes jetés dans les flammes.

Le roi d'Espagne crut devoir protester contre ces calomnies, et de son quartier général de Lequeitio, il adressa aux puissances chrétiennes le magnifique manifeste qu'on va lire :

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