CANTABILE
Si mon désespoir vous semble Sincère et touchant ;
Ayez pitié d’un enfant Qui tremble !
Sans soutien et sans appui,
Jeté seul sur terre,
Dans mon ciel jamais n’a lui Un seul jour prospère.
Plutôt que de souffrir tant Mieux vaut que je meure...
Ayez pitié d’un enfant Qui pleure!
LE CAPITAINE, aux soldats.
Allons, finissons-en !
DON CÉSAR, à part.
Allons, finissons-en !
(il va au capitaine et se découvre.)
Capitaine, des gentilshommes
Braves et francs, tels que nous sommes,
Savent ce que vaut un serment ;
Et j’ai juré, quoi que l’on fasse,
Que cet enfant aurait sa grâce,
(Avec humilité.)
Et je la demande humblement.
LE CAPITAINE
Au large, pauvre hère!
Passez votre chemin, on ne peut rien vous faire.
DON CÉSAR, furibond, se couvrant.
Je vais vous faire, moi, quelque chose, mon cher!... Car c’est trop d’insolence, et la mesure est pleine.
(Le toisant.)
Votre embonpoint est riche et puissant, capitaine; Le jeûne gâterait ce teint vermeil et clair.
Il n’est, je crois, pour Lucifer,
Carême ni sainte semaine :
Ce soir même, il pourra faire gras en enfer...
Allons, au vent l’épée !
DON JOSÉ
Quelle folle équipée!
LE CAPITAINE
Avec les mendiants se bat-on par hasard?
Tout l’honneur est pour vous, car j’ai nom don César, Comte de Garofa, près de Yelalcazar.
Ce n’est jamais en vain, monsieur, que l’on me fâche. Et vous allez vous battre ou vous n’êtes qu’un lâche !
LE CAPITAINE
Partons !
DON JOSÉ, à don César.
Vous oubliez l’édit...
Il est trop tard !
ENSEMBLE
Au diable la semaine sainte!
Ah! morbleu ! c’est trop de contrainte ! '
Je vais régler ce compte-là Avec le drôle que voilà!
LE CAPITAINE
Sur le terrain je vais sans crainte,
Bientôt la terre sera teinte Du sang de cet impudent-là,
Et sous mes coups il périra!
DON JOSÉ, à don César.
Songez à la semaine sainte!
Car, fei l’ordonnance est enfreinte,
C’est de la tête qu’il y va!
Laissez le drôle que voilà!
LAZARILLE, à don César.
x Songez à la semaine sainte,
Mon bon seigneur; toute ma crainte