SCÈNE
YII
DON JOSÉ, puis MARITANA.
DON JOSÉ
Don César est une bonne lame... Je craindrais fort pour son adversaire, s'il m’intéressait le moins du monde.
MARITANA, entrant joyeuse.
La reine ! Cette fois encore, j’ai vu la reine. Elle a daigné me sourire !...
DON JOSÉ, à part.
La Maritanal... Mettons-nous à l’œuvre !... Qui sait?... Ce fou de don César travaille peut-être, en ce moment, à l’accomplissement de mes projets? (Allant à Maritana.) Un mot, belle Maritana...
MARITANA.
Vous désirez me parler, monseigneur?
DON JOSÉ
Oui, des choses les plus graves...
MARITANA©
En vérité?
DON JOSÉ
Maritana, n’êtes-vous pas... un peu... ambitieuse?
MARITANA, avec effroi.
Ambitieuse?... D’où savez-vous cela?
DON JOSÉ
Je m’intéresse à vous, mon enfant; ouvrez-moi franchement votre âme.
MARITANA.
Hélas! monseigneur, vous ne vous êtes pas trompé. Lorsque j’étais enfant, ceux que mes chansons importunaient me jetaient quelque petite monnaie pour se débarrasser de moi.
Maintenant que je suis femme, on ne me renvoie plus, on m’écoute... On ne m’écoute pas seulement, on me regarde... On ne me jette plus dédaigneusement un maravédis, on m’offre des réaux, et quelquefois de l’or !
DON JOSÉ
Eh bien?
MARITANA.
Eli bien! cet or a chassé de mon àme la paix et la sérénité... A présent, je fais des rêves d’ambition et. d’orgueil... Ces pièces d’or qu’on me donne, je les compte chaque soir, et je me désespère en songeant combien il en faudrait encore pour payer de riches parures, des joyaux, des pierreries, tout ce que je rêve enfin!
DON JOSÉ, à part.
Ambitieuse et coquette! C’est bien.
Tous riez de ma folie, n’est-il pas vrai, monseigneur?
DON JOSÉ
Moi?... Non pas, je vous jure! Je pense même que tous vos beaux rêves pourraient bien s’accomplir un jour...
MARITANA.
Oui, j’ai comme un vague pressentiment... une secrète espérance. Et puis, on s’occupe de moi, on parle de moi dans Madrid... Des personnes du plus haut rang... et il en est une, plus puissante et plus élevée que les autres...
DON JOSÉ, à part, frappé de surprise.
Le roi! (Haut.) De qui donc parlez-vous?
MARITANA.
De la reine !
DON JOSÉ, surpris.
La...
MARITANA.
La reine qui, plusieurs fois, comme tout cà l’heure encore, a fait arrêter son carrosse pour m’entendre chanter, qui a daigné jeter sur moi un regard plein de compassion et de bienveillance, qui a souri à mes chansons joyeuses, qui a pleuré à mes ballades plaintives. (Avec fierté.) Oui, monseigneur, j’ai fait pleurer la reine!,.. (Druit ou dehors. Tout le peuple entre en scène.)
Silence !