BERCEUSE
LAZARILLE
Dors, ami, dors et que les songes T’apportent leurs riants mensonges Et le bercent de doux accords;
Dors, ô mon seul ami, dors... dors!
Tandis que tu reposes,
D’un soleil radieux Les rayons blancs et roses Semblent se jouer sur tes yeux.
Non, la clarté qui dore Ton front calme et vermeil Ne saurait être encore Celle de ton dernier soleil.
Dors, ami, dors, et que les songes T’apportent leurs riants mensonges
El te bercent de doux accords;
Dors, ô mon seul ami, dors, dors !
(il tourne ses regards sur don César.)
En vingt-quatre heures, arrêté, jugé, condamné! (on entend sonner l’horloge.) Il n’a plus que deux heures à vivre... et il dort!... (il lui prend la main.)
DON CÉSAR, s’éveillant en sursaut.
Hein!... qui m’éveille?... Ah! c’est loi, enfant... Maladroit !... tu viens d’interrompre le plus beau songe!... (Avec expansion.) Je rêvais que tous mes créanciers étaient pendus!
LAZARILLE
Quoi !... C’était...
C’était délicieux!... Quelle heure est-il?... (Lazarille lui montre le cadran.) Que cela? J’ai encore deux heures d’avenir! A quoi diable vais-je les employer?.*. Lazarille !...
LAZARILLE
Monseigneur?
Si tu étais condamné à mourir, et que tu eusses encore deux heures devant toi, à quoi les emploierais-tu?
LAZARILLE
A me confesser de mes péchés, monseigneur.
Deux heures te suffiraient?... (a part.) C’est si jeune!.... (Haut.) Moi, je ne sais pas trop si, vivant soixante ans, j’aurais assez de la seconde partie de ma vie pouf raconter la première... Je ne me confesserai donc pas, ce serait trop long... Si je faisais mon testament ?... Non, ce serait trop court, (s’étalant et se prélassant.) Ah! j’ai largement et amplement vécu, moi... J’ai épuisé, vois-tu, la coupe des voluptés terrestres.