ACTE DEUXIÈME
Où ruisselaient le vin et l’or ;
Longs festins que le soir commence El que le jour ranime encor. —
Raconter ce que j’ai pu faire,
Nul jamais n’en viendrait à bout !
Mais ma confession est claire :
J’ai fait.., tout!
Pauvre, j’ai traîné ma misère Royalement, sous le ciel bleu,
Chantant toujours, ne dînant guère,
Vivant à la grâce de Dieu.
Parmi les bandits qu’on redoute J’ai fait parfois d’assez bons coups;
Avec eux j’ai battu la route Et j’ai hurlé parmi les loups.
Maintenant, qu’on m’envoie en terre :
Mon roman s’achève fort bien...
Ici-bas qu’ai-je encore â faire?
Ma foi... rienl
LAZARÏLLE, se jetant à ses genoux.
Et c’est pour moi, pour moi que vous allez mourir !
(il sanglotte en lui baisant les mains.)
Eh bien! eh bien! veux-tu ne pas pleurer? Regarde, tu as chiffonné mes manchettes !
LAZARÏLLE, arec rage.
Et personne!... pas un ami... pas un parent, rPest allé tomber aux pieds de monseigneur le roi et demander votre grâce !
DON CESAR, sévèrement.
Lazarille, tu calomnies l’humanité ! (Avec émotion.) Si fait, Lazarille; un homme, un vieillard... s’est allé porter sur le passage du roi... s’est jeté sous les roues du carrosse... a tendu ses mains tremblantes, et, tandis que des larmes éloquentes sillonnaient son visage, a crié à travers ses sanglots: « Grâce! grâce pour don César ! »
LAZARILLE, avec élan.
Ah! c’était le vieux comte de Bazan !...* C’était votre père!
DON CÉSAR, froidement.
C’était mon plus gros créancier.. Quant à mes autres fidèles
amis, cela leur eût fait tant de peine de me voir ici, que pas un n’cst venu.
DON JOSE, qui vient d’entrer.
Excepté moi !
DON CÉSAR, so levant.
Don José ! (Sur un geste de don José, Lazarille sort.)