ACTE TROISIÈME
LE ROI, brusquement.
Je ne veux pas que vous la voyiez ! ...
Comment!.., Vous êtes donc ?...
LE ROI
Le maître de ce logis...
De ce logis... où se trouve la comtesse de Bazan ?... mais, si elle habite ici, si cette demeure est la vôtre... qui êtesvous ?
LE ROI, avec hauteur.
Je SUIS... (Dirigeant ses regards vers la porte de Maritana.) Je Suis le comte de Bazan. (n s’assied.)
DON CÉSAR, ébahi.
Le... le comte de Bazan?,.. (a part.) Ah ça! mais, ma famille brave la mort bien mieux que le phénix!... car on n'a tué qu’un Bazan, et en voilà deux qui renaissent de sa cendre!
LE ROI
Voyons, monsieur, je vous ai dit qui je suis... A votre tour de me dire qui vous êtes.
DON CÉSAR, à part.
Parbleu! voilà un effronté menteur, et je veux.,. (Lazarille
parait à droite.)
LAZARILLE, bas.
Chut !
DON CÉSAR, bas.
Lazarille !
LAZARILLE, de même.
C’est le roi ! (il disparaît.)
DON CÉSAR, ôtant son chapeau.
Le... le roi ici!... à cette heure!... Et ma femme?... Ah ! je comprends tout!...
LE ROI
Répondrez-vous enfin?... Qui êtes-vous?
Qui... je suis?...
LE ROI
Vous hésitez... Cette question vous embarrasse?
DON CÉSA.R.
Mais .. beaucoup, j’en conviens... (a part.) Qui diable veutil que je sois, maintenant qu’il s’est fait moi?...
LE ROI
Votre nom, monsieur! Je veux savoir votre nom!
Eh bien!... si vous êtes don César de Bazan... (Mettant fière ment son chapeau.) Moi, je suis le roi d’Espagne !
LE ROI
Plaît-il?...
Le roi... de toutes les Es pagnes.
LE ROI
Vous êtes le roi d’Espagne ?
DON CÉSAR, s’asseyant et se prélassant.
Comme vous êtes don César de Bazan... Mon Dieu, oui. — Ab! cela vous étonne de voir Sa Majesté... (Se reprenant. )C’est à-dire, Ma Majesté Charles II, sans suite, au milieu delà nuit, près d’une femme qui n’est pas la sienne... Que voulezvous, don César, Ma Majesté s’ennuyait, Ma Majesté vient se distraire... Oh ! il faut à tout prix que cette royale folie demeure secrète... Mais je suis tranquille, ce n’est pas vous qui trahirez ce mystère.
LE ROI, a part.
L’insolent! ... Mais quel peut être cet homme?
Ah ça! mais j’y songe! Ce don César, que vous êtes... a, si j’ai lionne mémoire, tué, en duel, au mépris de notre édit, un capitaine de nos gardes... Ce don César... a été jugé, condamné, exécuté. Il est, ou doit être mort... et, vous, que je trouve ici, bien portant, vous me dîtes : « Je me nomme don César! » (se croisant les bras.) De quel droit vivez-vous, s’il vous plaît?... Savez-vous que, si j’appelais, tout bon Espagnol pourrait et devrait tuer celui qui déclare être don César de Bazan?... (Froidement.) Mais je n’appellerai pas.
LE ROI, qui s’est remis.
Votre Majesté oublie vite.