‹ Don IsaacChapitre 18 sur 27 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les mêmes, Héraut d'armes, Crieur public. Ecrivain public, Hallebardiers, Trompettes, puis Don Carlos

(Des sonneries de trompettes se font entendre vers le palais et la foule se précipite de ce côté , les sonneries se rapprochent et ira héraut d'armes fait son entrée à cheval, accompagné de halebardiers, des trompettes, d'un page gui tient la bride du cheval, d'un crieur public et d'un écrivain public. Ce groupe s'arrête au milieu de la place et la foule se masse autour de lui attentive et anxieuse.)

Homme du Peuple. (A un voisin)

Que se passe-t-il?

Premier Soldat Est-ce que la guerre va recommencer ?

Homme du Peuple

C'est encore un impôt sans doute.

(Sonneries de trompettes, sur un signe impératif de l'écrivain public.)

Le Crieur (A très haute voix.)

Gens de ce pays, fidèles sujets, écoutez tous l'édit de notre puissant Ptoi !

[Sonnerie de trompettes.)

Le Crieur. (A très haute voix.)

Et vous étrangers et hérétiques écoutez tous l'édit de notre puissant Roi !

[Sonnerie de trompettes)

Le Héraut. (Sur un nouveau signe de l'écrivain public, dépliant un rouleau de parchemin et lisant à haute voix.)

(*) Don Ferdinand et Dona Isabelle, par la grâce de Dieu,

(*) Traduction du document officiel [Biblioleca National de Madrid, JfJSS.)

Roi et Reine de Castille, de Léon, d'Aragon, de Sicile, de Grenade, de Tolède, de Valence, de Galice, de Majorque, de Séville, de Sarclaigne, de Corse, de Murcie, de Jahen, des Algarves, d'Algésiras, de Gibraltar, des lies Canaries, Comte et Comtesse de Barcelone et Seigneurs de Biscaye et de Molin a, Duc et Duchesse d'Athènes et de Néopatrie, Comte et Comtesse du Roussilîon et de Cerdagne, Marquis et Marquise d'Oristano et de Gociano.

Au Prince Don Juan, notre très cher et très aimé fils, aux enfants, Prélats, Ducs, Marquis. Comtes, Maitres des Ordres, Pairs, Nobles, Commandeurs, Gouverneurs de nos foiteresses, aux Conseillers, Corregidores, Alcades, Alguaziles, Baillis, Prévôts, Echevins, Chevaliers, Ecuyers, Officiers, Jurés et hommes de bonne volonté de toutes les villes, bourgs et villages de nos royaumes et seigneuries, *à tous les Juifs, aussi bien en communauté qu'individuellement, hommes ou femmes de tout âge, — à tonte autre p'ersonne quels que soient leur état, religion, dignité rang et condition, — à tous ceux enfin que concerne le présent édit, — salut et grâce !

{Sonnerie de trompettes)

Sachez que nous avons été informés qu'il existait et qu'il existe dans nos Royaumes et Seigneuries de mauvais chrétiens judaïsant notre Sainte Foi Catholique, très grand mai, dont la cause se trouve dans les rapports des Juifs avec les Chrétiens. Dans les Cortès tenues Tannée dernière à Tolède, nous avons ordonné d'accorder aux Juifs des lieux séparés dans toutes les villes pour y vivre dans leur péché et leur remords, et déjà nous avions ordonné d'établir l'Inquisition. Depuis douze ans qu'elle existe, elle a trouvé— ainsi que nousen avons été informés par les inquisiteurs — beaucoup de coupables qui ce sont laissés entraîner par leurs relations, leurs entretiens et leurs communications avec les Juifs.

Il est avéré que ces derniers usent de plusieurs moyens pour soustraire les fidèles à notre Sainte Foi et les initier dans leurs dangereuses croyances et les cérémonies de leur Loi, les imitant à des réunions où ils leur expliquent les fêtes Juives, essayant de les circoncire eux et leurs enfants, leur donnant des livres de prière, les avertissant des jeûnes à observer, leur enseignant à transcrire des copies de la Loi, leur annonçant rapproche des Pâques et leur expliquant lamanière de les célébrer, leur donnant de leurs pains azymes et de leurs viandes égorgées suivant leur rite, les mettant en

garde contre les choses prohibées, les persuadant de la supériorité <!e la Loi de Moïse et leur expliquant qu'il n'y h point d'autre loi, ce qui porte détriment et opprobre à notre Sainte Foi Catholique.

Pour obvier et remédier à cet état de choses, pour faire cesser cet opprobre et cette offense, nous avons convoqué en Conseil plusieurs Prélats, Grands et Chevaliers de nos Royaumes et d'autres personnes de science et de conscience.

Après mûre délibération nous ordonnons que tous les Juifs soient expulsés de nos Etats et qu'ils n'y reviennent jamais.

C'est pourquoi, par le présent édit, nous ordonnons à tous les Juifs et Juives qui vivent, demeurent, et se trouvent sur nos territoires d'en sortir au plus tard avant la fin de Juillet prochain, eux, leurs fils et leurs filles, serviteurs et servantes, petits et grands, quel que soit leur âge, et de n'y point revenir, définitivement, de passage, ni d'aucune autre manière. En cas de contravention au présent édit, ils encourront (en appuyant sur les mots) LA PEINE DE MORT et la confiscation de tous leurs biens par notre chambre de fisc, sans qu'il soit besoin de procès, sentence ni déclaration.

Nous mandons et défendons à tous nos sujets ou étrangers d'avoir jamais l'audace — maintenant et à perpétuité — d'accueillir, recevoir ou protéger publiquement ou secrètement Juif ni Juive. Toute contravention à cet ordre entraînera pour le coupable la perte de tous ses biens, vaisseaux, forteresses et d'autres héritages.

Et à fin que lesdits Juifs et Juives prennent leurs mesures durant ie délai qui leur est concédé, nous leur accordons notre protection royale, pour qu'ils puissent en toute sécurité vendre, échanger et se défaire de tous leurs biens, meubles et immeubles, et en disposer à leur volonté. Nous leur donnons donc pleine faculté de faire sortir de nos Royaumes leurs biens et trésors par mer et par terre {en appuyant sur les mots) à l'exception de l'or, de l'argent et de toute espèce de valeurs monnayées et aussi de toute chose marchandise et denrée dont l'exportation est prohibée.

Nous faisons savoir à tous nos Conseils et tribunaux, à tous nos vassaux et hommes de bonne volonté qu'ils doivent mettre à exécution notre mandement et prêter aide et assistance en cas de besoin. Tout contrevenant encourra la peine de la confiscation de ses biens par notre chambre de fisc.

Et pour que nos ordres parviennent à la connaissance de tous et que personne ne prétende les ignorer, nous mandons que le présent édit soit annoncé publiquement sur les places et marchés par le crieur public et par devant l'écrivain public.

Fait dans la ville de Grenade, le trente et unième jour du mois de Mars, Tan mille quatre cent quatre-vingt-douze de N. S. Jésus-Christ.

Moi le Roi : Ferdinand Moi la Reine : Isabelle

[Sonnerie de trompettes)

Le Crieur. [A très haute voix.)

Gens de ce pays, fidèles sujets, et vous étrangers et hérétiques, obéissance et respect à Tédit de notre puissant Roi I

(Le cortège s éloigne avec le Itérant d'armes et les son* neries de trompettes qui s'éteignent dans le lointain, tandis que sur la place la foule tumultueuse pousse des cris et que Don Isaac se retrouve sur le devant de la scène vers la gauche avec Sarah et les esclaves qu'il vient de délivrer.)

Une Voix

Vive le Roi !

Autre Voix

Sus aux hérétiques !

Plusieues Voix

A mort les Juifs !

Une Voix

Au feu !

Plusieurs Voix

Brûlons les Juifs !

Une Esclave. (Avec effroi.) Grand Dieu !

Un Esclave Qu'allons-nous devenir ?

Don Isaac IV

Do^S1 ISAAC

Frères courbons-nous sous la volonté de l'Eternel.

Une Voix. (Indiquant AbravaneL) Voilà des Juifs, à mort !

Tous

À mort !

(La foule s'avance menaçante prête à se ruer sur Don haac et ses compagnons.)

I'nk Voix

Chiens maudits !

Autre Voix

Suppôts de Satan !

Troisième Voix Assassins de notre Sauveur !

Sarah. [Qu'un des soldats veut saisir— jetant un cri.)

Mon père !

Soldat. (Insistant pour r entraîner.)

Eh, la belle fille \

Don Carlos. (Apparaissant soudainement entre le groupe de Don haac et la foule.)

Arrière, manants, arrière !

{Murmure dans la foule qui recule.)

Plusieurs Voix

Au feu les Juifs, au bûcher !

Don Carlos. (Tirant et élevant son èpèe.)

Celui qui fait un pas est un homme mort ? (S' avançant vers la foule qui recule encore.) Si un cheveu tombe delà tête de ces gens, par la Sainte-Croix, je foulerai vos cadavres sous les sabots de mon cheval ! (Etendant son èpèe vers le groupe qui est derrière lui.) Ils sont sous ma protection, à moi, Don Carlos de Castille !

(7{ideau)

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